Pour ou contre la Sixième république ?
"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire : ce n'est pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe " Jean Jaurès
| Pour aller plus loin | Pour ou contre la Sixième république ? Les "leçons" de l'Histoire |
|
Retisser un lien entre les militants associatifs et les politiques Respecter l'autonomie du politique Oui à la régulation de l'économie Précarité, pauvreté et exclusion en milieu rural Le droit de vote des étrangers Pour ou contre la Sixième République ? |
Depuis des années, la Cinquième république, la république gaullienne fait l'objet de moult critiques venues de tous bords. Du Front national en son temps à la Gauche socialiste, des amis de Jean Poperen au duo Peillon / Montebourg, des familles politiques qui n'ont rien à voir veulent changer de république. Si pour le FN on se doute que la Sixième république sera le fruit d'une révolution nationale conservatrice, la gauche a de très bonnes raisons de vouloir en changer. D'abord, parce que la Cinquième république est dans son esprit une des moins démocratiques qui soient puisqu'elle fut taillée sur mesure par Michel Debré pour de Gaulle. Toute la gauche, sauf la SFIO molletiste avait milité contre en 1958. Ensuite, parce que dans sa fonction, le président est intouchable, dans leurs mandats les députés n'ont pas tous les moyens nécessaires à l'accomplissement de leur mission, et enfin parce que le Sénat reste inamovible. On a donc raison de vouloir réformer nos institutions. Même si, l'insatisfaction est aussi importante que l'efficacité d'un système politique. Pourtant, c'est ignorer l'Histoire que de croire qu'en France une république tombe pacifiquement des urnes. Toutes les républiques il y en a suffisamment dans notre histoire pour qu'on arrive à déterminer des " tendances " sont nées d'une crise de régime profonde, dans un pays parfois au bord de la guerre civile. La première république est née en 1792 de l'échec de la monarchie constitutionnelle. Le Roi, n'a pas la confiance du pays, le pays est en guerre et pour rassembler la nation contre ses ennemis, soutenus par les partisans du roi, la Législative cède la place à la Convention, la monarchie est abolie. Cette république dure jusqu'en 1804 où son " gouvernement est confié à un empereur ". La deuxième république naît sur les cendres de la monarchie de Juillet en février 1848. La révolution a chassé Louis-Philippe et les meneurs des journées de février tirant les leçons de 1830 proclament la république. La peur des " rouges " renforce le parti de l'ordre autour du Président Bonaparte qui renverse le régime pour ne pas prendre le risque d'être battu à sa réélection. La troisième république est d'abord proclamée le 4 septembre 1870 alors que le pays subit le désastre d'une guerre contre la Prusse. Mal affermie après la guerre, elle ne doit son salut qu'à une histoire de drapeau (le Comte de Chambord ayant réussi à rassembler les monarchistes et l'assentiment d'une partie de la droite refuse le drapeau tricolore). Sans candidat à la couronne, la droite laisse voter trois lois constitutionnelles en 1875 qui installent de fait et dans le droit un régime républicain. En 1940, la débâcle militaire conduit à une démission politique. Les parlementaires votent les pleins pouvoirs à Pétain qui abolit la république. En 1958, le bourbier algérien engloutie une république déjà faible. L'armée appelle de Gaulle au pouvoir. Devenu président du conseil, il fait voter une constitution pour une cinquième république. On le voit, la France a une tradition révolutionnaire bien ancrée et entre ces césures, bien sûr, le régime ne compte plus ses détracteurs, à gauche comme à droite. Toute structure politique produit un jour où l'autre ses Jeunes-Turcs. C'est le signe qu'elle fonctionne Si on prend pour exemple la IIIe République, il lui a fallut deux guerres pour mourir, et ceux qui la sauvèrent après les événements du 6 février 1934, c'est la gauche qui la sauva (socialistes et communistes), au nom de la défense d'une patrie en danger (le danger venant cette fois de l'intérieur). Aujourd'hui, la vie politique française s'est profondément pacifiée au point que la gauche, écartée si longtemps du pouvoir se moule dans les institutions, qu'elle arrive à utiliser pour commencer à changer la société. Dès lors, faut-il changer de république alors que tout va " mieux " ? N'y a-t-il pas un paradoxe à voir de nouveaux hussards autour de notre ami Arnaud Montebourg se réunir en convention pour une sixième république alors que l'action de réforme des institutions a commencé en profondeur avec le retour de la Gauche au pouvoir ? C'est que le rapport de la droite à l'éthique est de plus en plus obscène. Jean Tiberi, maire de Paris a plus fait parler de lui par les libertés qu'il a prises avec le respect de la loi que par son action de maire de Paris. Aucun chef d'état n'a jamais autant démérité de la fonction que Jacques Chirac. Le président est " sympa ", et proche du peuple, mais pas trop quand même, il n'est pas comme les autres Il est au-dessus des lois et au-dessous du droit puisque selon lui " il ne peut pas se défendre ". Mais si témoigner pour lui c'est se défendre, c'est qu'il en a des choses cachées Alors une sixième république ? Elle est en marche, petit à petit, dans la logique d'un nouveau cycle politique ouvert en 1981. L'alternance qui s'est alors produite ayant réussi, on a vu que même si les institutions étaient dangereuses avant François Mitterrand et pour la gauche, elles n'avaient pas dysfonctionné avec le changement du 10 mai. Mitterrand, en se fondant plus que parfaite dans un système quasi monarchique, réconciliait comme Blum avant lui la gauche avec l'exercice du pouvoir, au risque, on l'a vu, des contradictions. Ce nouveaux cycle n'est pas seulement caractérisé par l'alternance politique, il est aussi marqué par la pacification des luttes politiques. Faire grève est moins dangereux et on a moins de chances d'être inquiété comme par le passé pour ses opinions. Il est donc possible de procéder à des réformes en profondeurs en harmonie avec une société pour peu que l'on reste à l'écoute de celle-ci désormais plus exigeante, plus éduquée, plus " conscientisée ", plus libérée et plus complexe en même temps. La démocratie c'est aussi choisir de réformer par une stratégie des petits pas. A " l'ère de la communication ", il ne faut pas heurter les gens, il faut les persuader. Mais, si une nouvelle république doit surgir pour remplacer l'ancienne, il faut savoir quelle république nous voulons et poursuivre les réformes déjà engagées. Pour ne pas se laisser enfermer dans un débat entre républicains traditionalistes (jacobins, laïcards, tendance IIIe république égarés au XXIe siècle) et républicains démocrates (partisans de la décentratisation, des langues régionales, d'une Europe fédérale, d'une laïcité apaisée), il faut en effet oser penser neuf, enracinés dans nos valeurs communes et à l'écoute du monde qui bouge. |