Les acteurs israéliens de la guerre des Six Jours

Publié le par david castel

Histoire : les hésitations d’Israël à annexer la vieille ville de Jérusalem
lundi, 11 juin 2007 / Jean-Marie Allafort

Depuis les débuts de l’aventure du sionisme politique, la question des Lieux saints de Jérusalem a souvent été abordée. Dans bien des cas, les dirigeants ont tenu à rassurer les musulmans et les chrétiens en leur promettant, dans un futur Etat hébreu, l’autonomie des Lieux Saints.

David Ben Gourion, dans les années 30, accepta l’idée d’un gouvernement britannique ou international sur les Lieux Saints chrétiens et musulmans à Jérusalem. Il fut en fait le premier qui proposa la division de la ville sainte en trois zones : à l’ouest, la ville juive ; à l’est la ville arabe et enfin les Lieux Saints « comme un territoire international sous le pouvoir britannique ». Hayim Weizmann émit également des réserves quant à une éventuelle souveraineté du futur Etat Juif sur la vieille ville de Jérusalem. Il s’exprima ainsi le 8 juillet 1937 : « Je n’accepterais pas la vieille ville, même si on me la donnait en cadeau. »

Dix ans plus tard, lors du partage de la Palestine en 1947, le chef du département politique de l’Agence juive, Moshé Sharet, déclara que le mouvement sioniste trouvait juste l’internationalisation de la ville de Jérusalem et était prêt à renoncer à la ville sainte « en contre partie d’un bien plus grand : un Etat. » Ben Gourion et les autres dirigeants de la communauté juive acceptèrent les conditions des Nations Unies non sans difficultés. S’ils étaient prêts à renoncer à la vieille ville, ils étaient moins enclin à renoncer à Jérusalem comme capitale du futur Etat Juif.

Au terme de la guerre d’Indépendance, la vieille ville de Jérusalem était aux mains des Jordaniens qui refusèrent de mettre en application l’internationalisation de la ville prévue par le plan de partage du 9 novembre 1947. La Ligue Arabe n’accepta jamais que le roi Abdallah se proclame gardien des Lieux Saints de Jérusalem et joignit ses efforts à ceux du Vatican en exerçant des pressions sur le royaume Hachémite. En 1949, Israël exposa sa position et demanda l’internationalisation des Lieux Saints de toutes les religions. Ce sera la position officielle de tous les gouvernements d’Israël jusqu’au 7 juin 1967.

Suite à la victoire éclatante d’Israël et à la prise de la vieille ville de Jérusalem lors de la guerre des Six Jours, tout fut bouleversé. Israël tenait les lieux saints de l’islam et du christianisme. Que fallait-il faire ? Très vite, les ministres du gouvernement de Lévi Eshkol s’opposèrent sur cette question. Fallait-il annexer la vieille ville immédiatement ou entamer des discussions avec le monde arabe et la communauté internationale ? Certains ministres, enivrés par la victoire de Tsahal, firent pression et demandèrent l’annexion immédiate des Lieux Saints du christianisme et de l’islam même au prix d’un affrontement avec la communauté internationale et le monde musulman. D’autres, à l’opposé, furent d’avis de poursuivre la position soutenue par le mouvement sioniste depuis le 19ème siècle et refusèrent l’idée d’annexer les Lieux Saints, voire la vieille ville.

Déjà lors de la bataille de Jérusalem, Moshé Dayan avait hésité à pénétrer dans la vieille ville. Alors que les parachutistes encerclaient les murailles, le général Uzi Narkiss vint demander à Dayan, posté sur le mont Scopus, l’autorisation de pénétrer dans la vieille ville. La Légion jordanienne était en en pleine débandade. Dayan lui répondit : « En aucun cas, qu’avons-nous besoin de ce Vatican-là ? » Il était persuadé qu’au bout de quelques heures, les drapeaux blancs flotteraient sur la vieille ville. Il n’avait pas peur de perdre de nombreux soldats dans les combats de rue mais craignait qu’Israël ne paye un prix politique très élevé par la suite. Finalement, suite aux pressions exercées par certains ministres dont Ygal Alon et Menahem Begin, il donna son feu vert à une opération militaire en vieille ville de Jérusalem.

Entre le 7 et le 11 juin 1967, où les ministres devaient se prononcer sur le statut de Jérusalem, certains proposèrent des solutions alternatives en vue d’éviter l’annexion de la vieille ville. A la demande de Lévi Eshkol, un comité de spécialistes, dont le professeur Avigdor Levontin et l’historien Yaakov Talmon préparèrent un dossier sur la question. Ils mirent en garde contre une annexion de la vieille ville de Jérusalem parce que, selon eux, le monde arabe n’accepterait jamais la domination israélienne sur l’esplanade des mosquées. Par contre, ils déterminèrent que le monde chrétien ne devrait pas poser de problèmes majeurs tant l’influence du Vatican avait diminué.

Lévi Eshkol dans la vieille ville de Jérusalem en 1967
Lévi Eshkol dans la vieille ville de Jérusalem en 1967
Au ministère des Affaires étrangères, un autre comité se mit au travail comprenant entre autres David Kimhi, Itzhak Oron et le général Har-Even. Ils mirent en garde contre l’enthousiasme et la pression de l’opinion publique d’annexer immédiatement la vieille ville. Ils proposèrent comme solution politique la création d’un Etat palestinien sans armée et pour Jérusalem-est, la mise en place d’une municipalité arabe autonome et un statut spécial pour les Lieux Saints chrétiens et musulmans afin qu’ils ne soient pas sous souveraineté israélienne. Ils pensèrent que l’adoption de leurs propositions donnerait un avantage stratégique à Israël.

Lors du conseil des ministres du 11 juin 1967, sept ministres émirent des réserves sur l’annexion pure et simple de Jérusalem. Le ministre des Postes, Eliyahou Sasson, proposa la création d’une seule municipalité sans pour autant que la vieille ville soit sous souveraineté israélienne. Le ministre de la Justice, Yaacov Shimshon Shapira, prit la tête des opposants à l’annexion de la vieille ville et demanda qu’elle ait le même statut que les territoires de Judée et de Samarie récemment conquis. Le ministre de l’Intérieur, Moshé Hayim Shapira, alla plus loin et proposa l’internationalisation de la vieille ville.

Le ministre de l’Education, Zalman Aran, lui aussi s’opposa avec fermeté à l’annexion de la vieille ville en rappelant la position traditionnelle des gouvernements d’Israël pour l’internationalisation de Jérusalem. « Il faut promettre aux Juifs d’accéder aux Lieux Saints et au Mont Scopus, déclare-t-il. Je m’étonne que le ministre des Affaires étrangères soit pour l’annexion. »

A l’opposé, la majorité des ministres dont Lévi Eshkol, Ygal Alon (vice Premier ministre), Menahem Begin (ministre sans portefeuille) étaient pour l’annexion de la vieille ville. Eshkol fut sans doute influencé par David Ben Gourion qui le critiqua pour son hésitation. Pour l’ancien Premier ministre, l’occasion manquée en 1948 ne devait pas l’être une nouvelle fois en 1967. Eshkol déclara lors de ce fameux conseil des ministres : « De même que Jérusalem-est a été sous souveraineté jordanienne, ainsi elle sera sous celle d’Israël. Les chances de paix sont identiques dans les deux cas de figure. »

Certains ministres demandèrent de reporter la décision de quelques jours mais Abba Even, ministre des Affaires étrangères, qui se trouvait au siège de l’ONU à New York envoya un message : « Il faut créer un état de fait. »

Lévi Eshkol fit procéder à un vote. Quatre ministre s’opposèrent à l’annexion de Jérusalem-est : Zalman Aran, Eliyahou Sasson, Mordechaï Bentov (ministre de l’Habitat) et Israël Barzilaï (ministre de la Santé). Moshé Dayan finit par se rallier à la majorité et vota pour l’annexion.

Quelques années plus tard, un colonel de Tsahal ,Yaakov Salman, demanda à Dayan pourquoi il avait finalement voté l’annexion. Il lui déclara : « Si j’avais voté contre, il ne me serait plus resté assez de doigts... »

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Les acteurs israéliens de la guerre des Six Jours
dimanche, 10 juin 2007 / Jean-Marie Allafort , / Eliane Ketterer , / Cecile Pilverdier

Depuis Lévi Eshkol jusqu’à Ariel Sharon en passant par Itzhak Rabin et Moshé Dayan, les acteurs de la guerre des Six jours furent nombreux. Voici une brève présentation de ceux qui ont laissé une trace dans l’Histoire.

Lévi Eshkol : Premier ministre. Suite aux pressions des leaders de son parti (Mapaï), il décide de quitter ses fonctions de ministre de la Défense et de nommer à sa place Moshé Dayan lorsque le parti Rafi décide de rallier le gouvernement avec l’accord de David Ben Gourion. Eshkol multipliera les efforts diplomatiques pour résoudre la crise avec l’Egypte qui seront interprétés comme des signes de faiblesse par le public israélien.

Moshé Dayan : ministre de la Défense. Dayan avait été chef d’état-major de Tsahal de 1953 à 1958. Il avait rejoint le parti Rafi de Ben Gourion. Le 1er juin 1967, bien que peu apprécié du premier Ministre, Lévi Eshkol, ce dernier fut obligé sous la pression de l’opinion publique, de lui confier le portefeuille de la Défense. Il fut un acteur prépondérant de la guerre des Six jours dans la mesure où il fut à la tête de ceux qui prirent les bonnes décisions. A la suite de cette victoire d’Israël, la popularité de Moshe Dayan ainsi que son influence politique atteignirent un sommet.

Itzhak Rabin : chef d’état-major de Tsahal. Quelques jours avant la guerre, Rabin épuisé et seul à prendre les décisions craque. Il présente sa démission à Eshkol qui la refuse. Il critiqua les hésitations du Premier ministre dans la période qui précéda la guerre. Il dirigera la guerre avec beaucoup de rigueur et de fermeté et conduira Tsahal à la victoire.

Abba Even : ministre des Affaires étrangères. Il fut il fut au centre de l’activité qui précéda la guerre, lorsque dans le cadre de ses efforts pour empêcher la guerre, il rencontra le président de la république française, Charles de Gaulle, qui parla avec lui avec une présomption mêlée de menaces, qui finalement conduisit à l’embargo contre Israël. Après la guerre des Six jours, Abba Even prit part à la rédaction de la résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, selon laquelle il n’y aurait pas de retrait sans paix.

Motta Gur : lors de la guerre des Six jours, Gur fut à la tête de l’unité des réservistes qui conquit Jérusalem-Est. A la fin du combat sur le mont du Temple, il annonça au service des transmissions : “Le mont du Temple est entre nos mains”, phrase qui est restée gravée dans l’histoire de l’Etat d’Israël. Il deviendra chef d’état-major de Tsahal en 1974.

Uzi Narkiss : commandant de la région centre.

Le général Narkiss mena le combat sur le front jordanien. Lorsque les combats se développèrent dans la région de Jérusalem, il ordonna aux forces de Tsahal de conquérir la Vieille Ville après avoir reçu le feu vert de Moshé Dayan. (Voir : Uzi Narkiss raconte...c’était en juin 1967 et la bataille de Jérusalem).

David Elazar : commandant de la région nord. En 1964, il fut nommé général commandant la région Nord et il remplit cette fonction durant la guerre des Six jours. C’est ainsi qu’il conduisit la conquête des hauteurs du Golan. Il sera nommé chef d’état-major de Tsahal en 1972.

Haim Bar-Lev : adjoint au chef d’état-major. En 1966, le général Bar-Lev partit en France pour faire des études en Sciences politiques. Un an plus tard, il dut interrompre ses études, car il fut rappelé en Israël peu de temps avant le début de la Guerre des Six Jours. Il fut un des conseillers les plus proches d’Itzhak Rabin durant la guerre et la période qui la précéda. Il s’opposa à plusieurs reprises au général Sharon lors des discussions au sein de l’état-major.

Ariel Sharon : en 1967, lors de la guerre des six jours, il commande une des divisions qui participent à la prise du Sinaï. Le commandement reconnaît en lui un grand stratège mais n’apprécie pas son indiscipline. Rabin s’opposa à lui plusieurs fois. Il fut l’un de ceux qui firent pression sur Eshkol pour qu’il déclare la guerre le plus vite possible et demanda de renoncer aux efforts diplomatiques.

Ezer Weizman : sa contribution à la victoire lors de la Guerre des six jours est essentielle, en temps que chef des opérations de l’armée de l’air et adjoint au chef d’Etat major. Le 5 juin 1967 au matin, il donna l’ordre de détruire les aviations égyptienne, syrienne et jordanienne.

Ygal Allon : vice Premier ministre et ministre du travail. Allon qui fut l’un des premiers commandants du PalmahPlan Allon »), plan selon lequel Israël devait conserver des territoires vitaux sur la rive occidentale, dans la bande de Gaza et dans le Sinaï, mais rendre aux arabes la plus grande partie des territoires où la densité de population au kilomètre carré était très forte. joua un rôle déterminant dans le gouvernement Eshkol en sa qualité de vice Premier ministre mais aussi de spécialistes des questions militaires. Après la guerre des Six jours, il proposa un plan pour résoudre le conflit israélo-arabe (« 

Menahem Begin : ministre sans portefeuille. Le 28 mai 1967, le parti national libéral accepte d’entrer dans un gouvernement d’union nationale. Begin devient pour la première fois ministre et influencera les décisions politiques d’Israël au lendemain de la guerre dont l’annexion de Jérusalem-Est.

Teddy Kolek : En 1965, il fut élu maire de Jérusalem à la tête de la liste du Rafi. Il eut à gérer la réunification de la ville à partir de juin 1967 et à veiller à l’équilibre délicat entre les communautés, religieux, laïcs, juifs, musulmans, chrétiens. Il entrepris des travaux de restauration du quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem.

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Publié dans Munich Selon Spielberg

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