Présidentielle 2007 : les leçons d'une victoire

Publié le par david castel

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LE MONDE | 07.06.07 | 21h14  •  Mis à jour le 07.06.07 | 21h19

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M. Sarkozy est parvenu à réunifier les droites françaises

Nicolas Sarkozy a été choisi par 18 983 138 électeurs (53,06 % des suffrages exprimés, 42,68 % des électeurs inscrits) au second tour de l'élection présidentielle, le 6 mai, avec 2 192 698 voix d'avance sur sa rivale socialiste (soit une avance de 6,12 % des suffrages exprimés et de 4,93 % des inscrits). Cette victoire nette a entraîné une dynamique politique sensible à la fois dans l'ouverture politique du gouvernement Fillon, la popularité de la nouvelle équipe au pouvoir et des mesures qu'elle avance et, enfin, la forte majorité législative que laissent présager les sondages à l'issue de la consultation des 10 et 17 juin.

Les principaux éléments explicatifs de cette étonnante dynamique sont à chercher dans l'analyse du moment fondateur qu'a été la victoire électorale du 6 mai. Celle-ci a été d'une ampleur peu commune, elle s'est fondée sur une capacité à unifier au fond des urnes toutes les droites, à en dépasser ensuite les limites pour renouer, au-delà des décennies, avec la dimension syncrétique du gaullisme.

Une forte victoire. L'ampleur de la victoire est évidente au regard des affrontements passés entre gauche et droite au second tour de l'élection présidentielle sous la Ve République. Le niveau atteint par Nicolas Sarkozy est le deuxième meilleur niveau atteint par un candidat de droite face à un candidat de gauche : seul Charles de Gaulle, avec 55,20 % des suffrages, avait fait mieux en 1965. Cette large victoire, qui peut donner l'impression que le sarkozysme électoral renoue avec certaines des caractéristiques du gaullisme électoral, a été construite par une étonnante dynamique sensible dès le premier tour de l'élection présidentielle et qui s'est amplifiée au second.

L'unification des droites. Au premier tour, avec 31,18 % des suffrages, le candidat de l'UMP reprend pied au coeur du dispositif électoral des droites, alors que, depuis 1974, le candidat du gaullisme ou de son héritage oscillait entre 15,11 % (Jacques Chaban-Delmas en 1974) et 20,84 % (Jacques Chirac en 1995). Cette émancipation par rapport à une droite néo-gaulliste condamnée à n'attirer jamais plus que le cinquième des électeurs du premier tour a constitué la base de la dynamique sarkozyste. Ce passage d'un cinquième à presque un tiers de l'électorat s'est fait grâce à une captation d'une partie non négligeable des électeurs de l'UDF et à une conquête massive d'électeurs du Front national. Dès le premier tour, Nicolas Sarkozy est au centre d'une coalition des droites allant du centre droit à la droite extrême en passant par la droite néo-gaulliste. Il parachèvera cette coalition au second tour en s'attaquant à ce qui reste du lepénisme électoral et aux nouveaux adeptes du centrisme autonome de François Bayrou. Comment Nicolas Sarkozy est-il passé de 11 448 663 voix au premier tour à 18 983 138 au second, soit une progression de 7 534 475 voix ?

Au second tour, Nicolas Sarkozy continue son recyclage des électeurs lepénistes en attirant une forte majorité - environ 75 % - des électeurs restés fidèles lors du premier tour au président du FN : les trois départements où sa dynamique est la plus forte sont le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et le Vaucluse, trois bastions du lepénisme. Il ajoute à cela la reconquête d'électeurs villieristes (la Vendée est un des cinq départements où la hausse de Nicolas Sarkozy est la plus forte) et de vieilles terres de l'UDF (comme l'Alsace, les deux Savoies et la Haute-Loire).

Au fond, la dynamique électorale personnelle de Nicolas Sarkozy s'enracine dans la capacité après laquelle couraient tous les candidats de droite depuis un quart de siècle : celle d'être le "patron" électoral de toutes les droites prises dans leur ensemble.

L'ouverture électorale au-delà des droites. Mais cela ne suffisait pas. Aucune victoire de Nicolas Sarkozy n'était possible sur le seul socle des droites traditionnelles, qu'elles relèvent de la tradition légitimiste-organiciste du type villieriste et lepéniste ou de la tradition bonapartiste mâtinée de libéralisme du type de l'UMP sarkozyste. En effet, cet ensemble de droites traditionnelles ne rassemblait que 43,85 % des suffrages au premier tour : il manquait 6,16 % pour dépasser la barre des 50 % et 9,21 % pour atteindre le niveau de 53,06 %.

L'apport décisif est venu essentiellement de l'électorat du centre autonome de François Bayrou. La carte de la dynamique électorale de Nicolas Sarkozy par rapport aux droites de premier tour (Le Pen, de Villiers, Sarkozy) est tout à fait éclairante. Les terres de la dynamique décisive pour la victoire sont les terres du "bayrouisme électoral" triomphant (Alsace, Yvelines, grand Ouest, le Pays basque et le Béarn, le sud du Massif central et Rhône-Alpes). Le tropisme électoral de ces terres est allé de manière préférentielle vers Nicolas Sarkozy, lui faisant franchir la barrière électorale décisive pour la victoire et ratifiant

ainsi presque trente ans de compagnonnage électoral avec le RPR puis l'UMP.

Le département où Nicolas Sarkozy progresse le plus par rapport à la droite du premier tour est la terre d'élection de François Bayrou : les Pyrénées-Atlantiques (+ 15,17 % pour une progression nationale de + 9,34 %). Nicolas Sarkozy réussit donc à entamer fortement le socle électoral naissant d'un centrisme aux velléités d'autonomie mais qui n'a pas totalement oublié son histoire d'apparentement avec la droite depuis le ralliement de Jean Lecanuet à celle-ci en 1974.

A ce dépassement électoral des limites de la droite pour y agréger nombre d'électeurs centristes, Nicolas Sarkozy a ajouté, de manière plus marginale mais significative, des électeurs de gauche dissidents.

L'enquête post-électorale réalisée par l'IFOP du 9 au 23 mai pour le compte du Cevipof et du ministère de l'intérieur montre que sur l'ensemble des électeurs de Nicolas Sarkozy au second tour, plus de 8 % ont une proximité partisane avec des partis de gauche. Chez plusieurs sympathisants de petites formations de la gauche, l'écho du "gaucho-sarkozysme" est loin d'être négligeable : 33 % des sympathisants de Lutte ouvrière, 51 % de ceux du Mouvement républicain et citoyen, 16 % de ceux des Radicaux de gauche et 20 % de ceux des Verts ont choisi Nicolas Sarkozy. Ce syncrétisme électoral rappelle, à certains égards, les structures électorales du gaullisme et montre comment le sarkozysme est en rupture avec le chiraquisme.

Une rémanence électorale du gaullisme ? Du 7 mai 1995 au 6 mai 2007, le candidat de droite a gagné 0,42 % de suffrages exprimés mais 3,25 % d'électeurs inscrits. L'évolution de la performance de Nicolas Sarkozy par rapport à celle de Jacques Chirac est très contrastée territorialement. Sur toute la façade atlantique et dans les terres du "chiraquisme personnalisé" (Limousin et sa périphérie, Paris et sa région), Nicolas Sarkozy perd ou stagne par rapport à Jacques Chirac.

Ce n'est qu'à l'est d'une ligne Cherbourg - Clermont-Ferrand que la dynamique sarkozyste est forte et même parfois très forte. Ces terres sont certes celles d'un lepénisme électoral que Jacques Chirac n'avait jamais réussi à reconquérir mais, sur la longue période, elles sont aussi celles du gaullisme électoral de 1958 qui s'enracinait dans la tradition d'un nationalisme républicain dont Maurice Barrès disait que les soutiens français réservaient "pour le principe républicain ces puissances de sentiment que d'autres nations accordent au principe d'hérédité".

On peut ajouter à cela le fait que Nicolas Sarkozy renoue avec un interclassisme que la droite ne connaissait plus depuis plus de quarante ans : il pénètre aussi bien les milieux d'"en haut" (54 % chez les cadres supérieurs et professions intellectuelles) que les milieux d'"en bas" (55 % chez les employés, 52 % chez les ouvriers).

Ce sont ces bases électorales larges et profondes qui constituent le fondement du sarkozysme électoral et éclairent sa capacité dynamique dans la période préparatoire des élections législatives. Cette nouvelle force électorale solidement installée au coeur des diverses traditions de la droite peut prétendre à une position hégémonique servie par le jeu des institutions de la Ve République et l'état de grâce qui suit les victoires amples et claires.

Pascal Perrineau

L'indiscutable défaite de Ségolène Royal

Depuis le 6 mai au soir, on ne sait plus très bien s'il faut considérer le score de Ségolène Royal comme une défaite prometteuse, une quasi-victoire ou un échec sans appel. Le passage aux élections législatives comme les enjeux internes au Parti socialiste ont différé voire empêché d'apporter des réponses à une question pourtant fondamentale. A leur façon et avec leurs limites, les données de sondages recueillies par le Cevipof tout au long de la campagne et au lendemain de l'élection fournissent des données précieuses pour comprendre le vote des Français et apprécier la signification du résultat de Mme Royal.

L'examen de la sociologie du vote permet de constater que Mme Royal réussit à dominer Nicolas Sarkozy dans trois catégories qui jouent un rôle-clef dans la fédération de son électorat : les jeunes, les diplômés et les minorités. Parmi les électeurs de moins de 25 ans, elle recueille 63 % des suffrages exprimés, seize points de plus que Jospin au second tour de 1995, mieux même que Mitterrand en 1988. Parmi les électeurs ayant au moins le baccalauréat comme diplôme, elle atteint 56 % des voix. Ce soutien des diplômés est le vecteur du vote en sa faveur des professions intermédiaires (58 %), des salariés du public (56 %) et de sa bonne tenue dans les grandes villes, où leur poids est important (elle obtient en moyenne 49,7 % dans les communes comptant plus de 50 000 inscrits).

Plus spectaculaire encore est le soutien massif des minorités à Ségolène Royal. Parmi les Français qui déclarent avoir un parent étranger, le vote en sa faveur est de 56 %, parmi ceux qui n'ont qu'un grand- parent étranger, il tombe à 52 %, et parmi les Français sans ascendance étrangère (qui représentent les trois quarts de la population), il n'est plus que de 45 %.

Mais les données du Cevipof permettent d'être plus précis encore. Parmi les électeurs ayant une origine étrangère provenant des autres pays européens, le score de Mme Royal est de 48 %, et parmi ceux qui ont une origine étrangère provenant d'un pays africain, il monte à 76 % contre 24 % seulement à Nicolas Sarkozy. Ces indications se trouvent confirmées par les données électorales que l'on relève dans beaucoup de communes ou de cantons de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne. Il faut prendre conscience que, dans l'isoloir, deux France se sont opposées. Du côté des catholiques pratiquants, Nicolas Sarkozy a recueilli 77 % des suffrages exprimés et sa rivale 23 % ; du côté des musulmans, Ségolène Royal atteint... 94 % des suffrages exprimés et son adversaire 6 %.

Le 6 mai, Ségolène Royal a ainsi fédéré le vote des "insiders" (les diplômés, les habitants des grandes villes, les salariés du public) et des exclus (les minorités et les jeunes, qu'on peut d'une certaine façon y classer). Il est frappant de constater que, selon la facilité avec laquelle on déclare s'en sortir sur le plan financier, la candidate socialiste ne l'emporte que dans les deux catégories extrêmes : les personnes qui s'en sortent très difficilement, comme il est classique pour la représentante de la gauche (mais à seulement 51 %), et aussi celles qui déclarent vivre "très facilement", comme cela est moins attendu (plus nettement, à 54 %). Sachant que l'essentiel des Français vit "difficilement" ou au mieux "facilement", l'alliage des "insiders" et des exclus s'est révélé minoritaire.

Ségolène Royal a échoué à recueillir une majorité des voix au sein de la France modeste, âgée, non urbaine et ouvrière. Les électeurs qui ont arrêté leurs études avant l'âge de 20 ans ont voté en grande majorité pour son adversaire (58 %), ceux qui les ont poussés au-delà ont voté pour elle à 52 %. Les personnes âgées de plus de 65 ans lui ont massivement refusé leur soutien (seulement 33 % des voix). Dans cette catégorie, la gauche est sept points en dessous de son score du second tour de 1995. Si - hypothèse absurde - seuls les moins de 65 ans avaient le droit de vote, Ségolène Royal aurait été élue présidente.

Plus les communes sont de petite taille, plus elles ont voté en faveur de Nicolas Sarkozy, qui obtient 56 % des voix là où elles comptent moins de 5 000 inscrits - et où vivent la moitié des électeurs. La France provinciale des petites et moyennes communes a refusé son soutien à la gauche. Enfin, les ouvriers n'ont voté qu'à 49 % pour Ségolène Royal. De la même façon, elle ne recueille que 49 % des voix parmi les employés. La candidate a échoué dans son objectif de reconquête des catégories populaires, alors que Lionel Jospin y était majoritaire au second tour de 1995 et qu'il faut rappeler que François Mitterrand recueillait 70 % des voix ouvrières.

Ségolène Royal a également échoué dans son objectif de conquête de l'électorat féminin que lui laissaient espérer sa candidature et ses appels nombreux dans cette direction. Elle n'obtient parmi les femmes que 46 % des voix, seulement un point au-dessus de Jospin en 1995. Seules les jeunes femmes de 18 à 24 ans ont voté massivement pour elle, à 69 %, beaucoup plus que les jeunes hommes (57 %).

La candidate socialiste n'a pas obtenu le soutien majoritaire de la France modeste et provinciale et là réside la nature de son échec. Parmi les électeurs qui déclarent s'en sortir "difficilement" et qui auraient dû constituer le coeur de son électorat, la candidate est nettement minoritaire, avec 47 % des voix. Elle a souffert des handicaps traditionnels de son camp sur les thèmes de la sécurité et de l'immigration, mais elle y a ajouté une incapacité à convaincre sur les deux attentes fondamentales des Français lors de cette campagne : le chômage et le pouvoir d'achat. Un sondage Ipsos réalisé entre les deux tours indique que, sur le chômage, Nicolas Sarkozy était jugé plus crédible par 50 % des Français contre 31 % à sa rivale, et pour faire progresser le niveau de vie par 44 % contre 38 %.

Sur ces plans, le projet adopté par les socialistes en 2006 est à mettre en cause. Mais Ségolène Royal n'est pas exempte de critiques. Elle n'a pas réussi à imposer des thèmes de campagne, elle n'a pas donné corps à son concept pourtant très prometteur de l'ordre juste. Dans les semaines précédant le premier tour, il ne se trouvait que 40 % des Français pour lui accorder l'étoffe de président de la République, alors que 60 % la reconnaissaient à son adversaire. On pourrait imputer cette différence à une réticence devant la nouveauté d'une candidature féminine, mais on peut y voir aussi l'effet d'une faible campagne. En décembre 2006, 52 % des personnes interrogées lui reconnaissaient cette dimension.

En définitive, ce qui a permis à Ségolène Royal de limiter les dégâts a été la dimension anti-sarkozyste qui structurait une partie importante de l'électorat, et en particulier les jeunes, les diplômés et les minorités. Invité à préciser la motivation de son vote entre la confiance au candidat, la proximité à ses idées et la volonté de barrer la route à son adversaire, un électeur sur cinq cite cette dernière réponse. Parmi ceux-ci, 74 % votent Royal et 26 % Sarkozy. Si l'on ôte fictivement cette fraction du résultat final, le président de l'UMP l'aurait emporté sur la candidate socialiste par 61 % des voix !

L'anti-sarkozysme a donc apporté huit points supplémentaires à la gauche. Mais les premiers pas réussis du président ne lui permettent pas d'en espérer autant pour les législatives. Et préparer 2012 comme réarmer le PS supposera de mettre en avant des motivations plus positives.

Jérôme Jaffré, directeur du Cecop, chercheur associé au Cevipof

La captation réussie de l'électorat du Front national

Selon les cumuls d'enquêtes de l'IFOP, 38 % des électeurs lepénistes de 2002 ont voté Nicolas Sarkozy, contre 53 % pour Jean-Marie Le Pen lors du premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril. Alors que le FN était enraciné depuis plus de vingt ans, comment expliquer cet effondrement ?

Bien que certains, au FN, aient fait porter à la stratégie de "banalisation" la responsabilité de cet échec, les causes résident principalement dans le changement d'attitude de la droite vis-à-vis du Front. Après avoir essayé un temps, à la fin des années 1980, de séduire cet électorat, ses leaders, M. Chirac en tête, avaient renoncé à le reconquérir.

On a assisté à un vrai changement de pied avec M. Sarkozy, qui, dès après 2002, a décidé de s'adresser à la "droite décomplexée" et d'aller chercher les voix du FN. La stratégie retenue a visé à réinvestir certaines thématiques tout en affrontant le personnage directement ou indirectement, en se façonnant une image à l'opposé de la sienne. Lors de l'émission "100 minutes pour convaincre" en novembre 2003, M. Sarkozy a bousculé M. Le Pen et s'est ingénié à le cantonner dans la posture d'un vieux leader, tenant certes des diatribes radicales, mais sans prise sur la réalité, alors que lui agissait énergiquement et au quotidien en tant que ministre de l'intérieur.

Cette stratégie a joué sur le fort niveau d'exaspération de l'électorat frontiste, sur sa soif d'action et de rupture tout comme sur les doutes existants, depuis le second tour de 2002, quant à la capacité de M. Le Pen d'accéder au pouvoir et d'appliquer son programme. Et, alors que le FN critiquait le "bilan en trompe-l'oeil" du ministre, les électeurs lepénistes ont déclaré très tôt dans les enquêtes qualitatives : "Au moins, il essaie d'apporter des réponses et s'il ne peut pas aller au bout, c'est parce que Villepin et Chirac l'en empêchent."

C'est alors très logiquement que, lors de la campagne, M. Sarkozy est apparu à 48 % des lepénistes de 2002 comme le candidat le plus à même de garantir la sécurité, M. Le Pen ne recueillant que 33 %. En 2002, il devançait, sur ce thème, tous les candidats dans son électorat, mais aussi parmi l'ensemble des Français...

Cette spoliation de la thématique sécuritaire a été assurément ce qui a le plus nui à M. Le Pen. Certes, la fermeté affichée par M. Sarkozy sur la question turque et sur l'immigration lui a permis de susciter l'intérêt de cet électorat. Mais ce sont les événements de la gare du Nord qui ont fait nettement progresser les intentions de vote en faveur de M. Sarkozy parmi les lepénistes de 2002. Au contraire, la promesse d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale lui a fait perdre du terrain, comme si, sur ce thème, les électeurs FN "préféraient l'original à la copie".

Au soir du premier tour, M. Le Pen n'a conservé que son électorat idéologiquement le plus dur, le plus attaché à la préférence nationale. Les autres ont opté pour M. Sarkozy. Cette fracture est sociologique et géographique : M. Le Pen a mieux résisté dans les milieux populaires et dans la France ouvrière du Nord-Est, qui s'est néanmoins ralliée massivement à M. Sarkozy au second tour.

A l'issue de ce désastre, une réaction s'imposait. Après avoir adopté une attitude sereine face à l'offensive sarkozyenne et mené une campagne présidentielle assez peu active, M. Le Pen passe dans toutes les régions avant les législatives dans le but de remobiliser son électorat. Il est peut-être déjà trop tard. 30 % des électeurs lepénistes du premier tour s'apprêtent à voter pour un candidat UMP, tandis que dans le baromètre IFOP/JDD la cote de popularité du nouveau président atteint 88 % parmi les sympathisants FN. Un record historique.

Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion publique de l'IFOP



L'UMP assume sa position dominante
JUDITH WAINTRAUB.
 Publié le 09 juin 2007
Actualisé le 09 juin 2007 : 21h28

Malgré une remontée du PS dans les derniers sondages, la majorité présidentielle devrait arriver en tête dimanche.

 
DIX POINTS d'écart, au minimum. Tous les sondages concordent : l'UMP sera largement devant le PS demain soir, à l'issue du premier tour des législatives. Le spectre, agité par l'opposition, d'une démocratie confisquée en cas de victoire écrasante de la droite n'a pas modifié le rapport de forces entre l'UMP et le PS. En revanche, cette campagne a sans doute contribué à créer un phénomène de vote utile au sein de la gauche, qui explique la remontée du PS dans les sondages et la baisse de ses concurrents, le PCF, les Verts et l'extrême gauche.
 
Pour Rachida Dati, l'offensive socialiste contre la volonté supposée de Nicolas Sarkozy d'accaparer tous les pouvoirs est un avatar de la tentative de « diabolisation » du candidat de l'UMP à la présidentielle. « La thématique est la même, remarque-t-elle. On caricature l'adversaire, on lui prête les plus noirs desseins. Aujourd'hui, on nous reproche notre virulence vis-à-vis du PS, mais les leaders socialistes sont bien plus virulents entre eux. »
 
Officiellement, la prudence reste de mise. Alain Marleix, secrétaire national chargé des élections à l'UMP, table sur « 340 à 380 sièges », contre 364 dans l'Assemblée sortante. En cercle restreint, les pronostics sont plus optimistes. Les dirigeants du parti majoritaire espèrent atteindre la barre symbolique des 400 députés - ils sont 577 au total. Xavier Bertrand pense même qu'« une centaine de candidats peuvent être élus dès le premier tour ». Soit mieux que les 80 de 2002.
 
Un grand chelem possible à Marseille
 
La performance de Nicolas Sarkozy à la présidentielle rend cette perspective crédible. En décomplexant la droite, il a asséché le vivier du Front national. Lors des législatives de 2002, les candidats lepénistes s'étaient maintenus dans 37 circonscriptions, ce qui avait abouti à 19 duels à droite au second tour. Avec quelque 4 % d'intentions de vote selon les sondages, les candidats lepénistes voient leur capacité de nuisance réduite à néant. Le phénomène est particulièrement spectaculaire en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où Jean-Marie Le Pen était arrivé en tête au premier tour des présidentielles de 2002 et de 1995. Les 58,03 % obtenus par Nicolas Sarkozy dans les Bouches-du-Rhône le 6 mai rendent possible un grand chelem UMP à Marseille.
 
Le recul du FN met également l'UMP en position de force dans le Nord-Pas-de-Calais, même si la situation y est plus contrastée. Les très bons résultats du président de la République dans la région ne garantissent pas la victoire à tous les candidats qui se réclament de la majorité présidentielle, comme le souligne Jean-Pierre Raffarin. L'ex-premier ministre, qui détient sans doute le record du nombre de meetings tenus par un dirigeant UMP, a noté que « Nicolas Sarkozy enregistre des scores élevés dans des circonscriptions où le profil du candidat ne correspond pas à l'évolution de l'électorat de la droite. »
 
Même s'ils sont en retard d'une génération, ces candidats ont une chance de s'en sortir grâce à l'accentuation sensible de la bipolarisation. Le MoDem de François Bayrou ne paraît pas en mesure, loin s'en faut, de constituer une menace comparable à celle que le FN a représenté pour la droite.
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Publié dans Politique Politicienne

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