Richard Whelan, biographe de Robert Capa
Cette question, Richard Whelan a dû l'entendre des centaines de fois et répondre, avec toujours la même force tranquille et une pointe d'agacement, que cette photo était authentique. C'était devenu pour lui une bataille personnelle, une question d'honneur. Le biographe de Robert Capa, qui est mort à son domicile de Brooklyn à 61 ans, a consacré trente années à défendre la mémoire du plus grand photographe de guerre du monde.
Avec ses cheveux blancs, son sac bourré de documents et ses vestes de tweed, il était un digne représentant de ces intellectuels new-yorkais fascinés par la "vieille Europe". Il aimait traverser Bryant Park en sortant de l'International Center of Photography (ICP), montrer, à droite, les baies vitrées de l'atelier d'Alfred Stieglitz, à qui il avait consacré une biographie en 1995, et au fond le bâtiment majestueux de la New York Public Library, la bibliothèque où il avait passé tant de temps, avant d'aller boire un verre à l'Algonquin, l'hôtel favori de Capa. Richard Whelan, lui, ne buvait que du jus d'orange.
Il vivait dans la solitude du biographe. Il était le seul à bénéficier des sources, courriers et photos de Capa conservés à l'ICP et, surtout, était l'unique bénéficiaire des confidences et de la confiance de Cornell Capa, frère de Robert, lui aussi photographe, qui lui avait confié, en 1980, la gestion de ses archives et de celles de son frère. Cet accès privilégié aux sources et de longues années de recherche aux Etats-Unis et en Europe lui permirent, en 1985, de publier une biographie de Capa, qui reste l'ouvrage de référence (Mazarine, 1985). Cette position de gardien du temple, qui avait droit de vie ou de mort sur les projets autour de Robert Capa, lui a valu des critiques acerbes.
La reconstitution du travail de Robert Capa avant la seconde guerre mondiale a demandé, depuis vingt ans, un travail d'enquêteur à Richard Whelan. Il a consacré ces dernières années à la recherche - enfin fructueuse - d'une valise de négatifs et de tirages que Capa avait confiée à un ami hongrois avant de fuir pour les Etats-Unis, en 1940.
Il tentait aussi de récupérer auprès des autorités françaises les onze carnets contenants des milliers de tirages de Capa que les Archives nationales détiennent depuis leur saisie, au début de la seconde guerre mondiale.
Deux autres objectifs lui tenaient à coeur qu'il voulait mener à bien malgré une santé défaillante. D'abord la publication, à l'automne 2007, de la réécriture complète de sa biographie de Capa, qui devrait présenter un très long chapitre consacré au Falling soldier et des éclairages nouveaux sur le travail de Capa aux côtés des services de propagande de la République espagnole.
Enfin, la présentation, à partir du 21 septembre, d'une exposition à l'ICP sur Gerda Taro, dont il était le commissaire avec Irme Shaber, biographe allemande de la compagne de Capa, morte en juillet 1937, en Espagne. Richard Whelan, d'abord réticent, avait fini par convaincre Cornell Capa, devant la pugnacité de la jeune chercheuse allemande, qu'il fallait reconnaître le travail photographique de Gerda Taro, longtemps mélangé avec celui de Capa. Le livre sortira et l'exposition aura bien lieu, ce sera le testament de Richard Whelan.
Dates
2 novembre 1946
Naissance à New York.
1985
Publication de la biographie de Robert Capa.
23 mai 2007
Mort à New York.