Interview de Haïm Yavin
Interview de Haïm Yavin (journaliste présentateur vedette de la télévision
israélienne, sorte d'icône en Israël, en tout cas jusqu'à la diffusion de ce
film) :
LPM : Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce film ("Le Pays des Colons")?
Deux choses : l'histoire en elle-même est fascinante. Moi qui ai déjà à mon
actif plus de 80 documentaires, j'avais "faim" de faire ce travail. J'ai
voulu voir les choses de près. Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le
vase a été la deuxième Intifada. Je voyais bien qu'au journal télévisé, nous
ne donnions pas toutes les informations et que nous ne disions pas toute la
vérité au peuple, ni à propos d'Israël, ni à propos des Palestiniens. J'ai
décidé d'aller voir les choses de près, et je suis parti. Je ne prétends pas
ici avoir fait davantage qu'un carnet de voyage. Voir les choses de près,
rencontrer des gens, de toutes sortes et de toutes origines.
LPM : Qu'avez-vous découvert que vous ne saviez pas, vous qui êtes
journaliste et donc un témoin privilégié?
Ce n'est pas mon premier film sur le problème israélo-palestinien. J'en ai
déjà monté ou réalisé une dizaine sur ce sujet. En réalité, la découverte
principale a été sur moi-même. Ce film est ma prise de position, mon
opinion. Cela, je ne l'avais jamais fait auparavant. Mais la situation m'y
obligé. L'Intifada a été terrible. Quel pays préparons-nous pour nos
enfants?
La proximité avec les gens, sans aucune distance, cela aussi a été nouveau.
Ce n'était plus le format "objectif" des infos, mais l'aspect humain.
Je suis parvenu à la conclusion, profondément ancrée, que tant qu'il y aura
des colonies, il n'y aura pas de paix. Je ne sais pas ce qui se passera
après l'évacuation, mais c'est notre dernière chance.
LPM : A votre avis, quel a été l'impact de votre film en Israël? Et aux
Etats-Unis quand vous l'avez présenté?
Je ne sais pas. Cela dépend à qui l'on pose la question. En Israël, certains
pensent que la série a facilité le désengagement de Gaza. La série a eu un
énorme impact aux Etats-Unis. Jusqu'aujourd'hui, je reçois des invitations à
des conférences. Je crois qu'en Israël, ce film a "gratté" la couche
d'indifférence des gens qui ne pensent pas forcément que les territoires
leur appartiennent. On m'a aussi rapporté qu'il y a gens de droite qu se
sont dit : "Bon, il va falloir reconsidérer tout ça."
LPM : Que pensez-vous de cette capacité qu'a la société israélienne
d'oublier très vite ce qu'elle ne veut pas voir?
L'attitude des Israéliens à l'égard des territoires et des Arabes montre
qu'ils pratiquent la politique de l'autruche et du refoulement. Cette
indifférence leur facilite la vie. Il est plus facile de garder le contrôle
des territoires, de ne pas réveiller le fauve qui dort. Nous n'agissons
qu'en cas de catastrophe, comme au Liban ou lors de guerre du Kippour. Je
crains que, là aussi, nous attendions une sorte de catastrophe avant de nous
prendre en mains.
israélienne, sorte d'icône en Israël, en tout cas jusqu'à la diffusion de ce
film) :
LPM : Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce film ("Le Pays des Colons")?
Deux choses : l'histoire en elle-même est fascinante. Moi qui ai déjà à mon
actif plus de 80 documentaires, j'avais "faim" de faire ce travail. J'ai
voulu voir les choses de près. Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le
vase a été la deuxième Intifada. Je voyais bien qu'au journal télévisé, nous
ne donnions pas toutes les informations et que nous ne disions pas toute la
vérité au peuple, ni à propos d'Israël, ni à propos des Palestiniens. J'ai
décidé d'aller voir les choses de près, et je suis parti. Je ne prétends pas
ici avoir fait davantage qu'un carnet de voyage. Voir les choses de près,
rencontrer des gens, de toutes sortes et de toutes origines.
LPM : Qu'avez-vous découvert que vous ne saviez pas, vous qui êtes
journaliste et donc un témoin privilégié?
Ce n'est pas mon premier film sur le problème israélo-palestinien. J'en ai
déjà monté ou réalisé une dizaine sur ce sujet. En réalité, la découverte
principale a été sur moi-même. Ce film est ma prise de position, mon
opinion. Cela, je ne l'avais jamais fait auparavant. Mais la situation m'y
obligé. L'Intifada a été terrible. Quel pays préparons-nous pour nos
enfants?
La proximité avec les gens, sans aucune distance, cela aussi a été nouveau.
Ce n'était plus le format "objectif" des infos, mais l'aspect humain.
Je suis parvenu à la conclusion, profondément ancrée, que tant qu'il y aura
des colonies, il n'y aura pas de paix. Je ne sais pas ce qui se passera
après l'évacuation, mais c'est notre dernière chance.
LPM : A votre avis, quel a été l'impact de votre film en Israël? Et aux
Etats-Unis quand vous l'avez présenté?
Je ne sais pas. Cela dépend à qui l'on pose la question. En Israël, certains
pensent que la série a facilité le désengagement de Gaza. La série a eu un
énorme impact aux Etats-Unis. Jusqu'aujourd'hui, je reçois des invitations à
des conférences. Je crois qu'en Israël, ce film a "gratté" la couche
d'indifférence des gens qui ne pensent pas forcément que les territoires
leur appartiennent. On m'a aussi rapporté qu'il y a gens de droite qu se
sont dit : "Bon, il va falloir reconsidérer tout ça."
LPM : Que pensez-vous de cette capacité qu'a la société israélienne
d'oublier très vite ce qu'elle ne veut pas voir?
L'attitude des Israéliens à l'égard des territoires et des Arabes montre
qu'ils pratiquent la politique de l'autruche et du refoulement. Cette
indifférence leur facilite la vie. Il est plus facile de garder le contrôle
des territoires, de ne pas réveiller le fauve qui dort. Nous n'agissons
qu'en cas de catastrophe, comme au Liban ou lors de guerre du Kippour. Je
crains que, là aussi, nous attendions une sorte de catastrophe avant de nous
prendre en mains.
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