Magnum fait son cinéma

Publié le par david castel

LE MONDE | 12.04.07 | 15h24  •  Mis à jour le 12.04.07 | 15h24

Rome, Italie, 2000, d'Harry Gruyaert. | Harry Gruyaert/Magnum
Harry Gruyaert/Magnum
Rome, Italie, 2000, d'Harry Gruyaert.
Voila une des expositions les plus originales que Magnum ait organisées. Car il ne s'agit pas, comme souvent dans le passé, de faire la promotion de la célèbre agence de photographes en rassemblant des images autour d'un thème passe-partout. A la Cinémathèque française, à Paris, dix membres de l'agence ont imaginé une installation de leurs images en lien avec un cinéaste ou des films qui les ont influencés. L'accrochage, qui mêle photos et films, est assez spectaculaire. Le résultat est passionnant. En évoquant leurs sources d'inspiration, en examinant les relations entre image fixe et animée, tous racontent leur travail. Et interrogent le statut de la photographie.

L'exposition se nomme "L'image d'après" en référence à la définition du 7e art donnée par Cartier-Bresson, cofondateur de Magnum. Patrick Zachman fait dialoguer ses images de la diaspora chinoise avec des extraits de films shanghaïens des années 1930. D'origine russe, Gueorgui Pinkhassov renoue avec Andreï Tarkovski (1932-1986), qu'il a connu et photographié. Donovan Wylie confronte, lui, ses photos d'Irlande du Nord avec des documents de famille et avec le film Elephant (1988), d'Alan Clarke. En hommage au livre d'Alain Resnais, Repérages (1974), Gilles Peress a réalisé des photos de repérage d'un film imaginaire situé dans le New York post-11-Septembre.

"L'image d'après" tient en partie sa force des dispositifs imaginés par les photographes. Abbas est resté classique dans sa manière de confronter ses photos de la révolution iranienne avec Paisa (1946), de Rossellini. Mais Bruce Gilden a concocté un ensemble impressionnant. D'autant qu'il permet de comprendre d'où vient ce style théâtral et urbain qui lui est propre. Amateur de polars des années 1940-1950, Gilden s'en est allé cueillir, dans les rues de New York, des gueules semblables à celles des héros de ces films noirs. Autant de portraits reproduits sur deux panneaux gigantesques articulés comme un livre ouvert. Avec, au milieu, un écran diffusant des extraits des films préférés de Gilden.

PROJET EXALTANT

Partant de L'Amateur, de Krysztof Kieslowski (1979), Mark Power a imaginé une installation poétique. Son père, comme le héros de Kieslowski, était un réalisateur amateur. En témoignent ses films, diffusés au fond d'un bac rempli d'eau. Et puis le liquide se brouille, efface les premières images et en laisse apparaître d'autres.

Il revient à Harry Gruyaert de réussir le projet le plus exaltant, à travers un montage remarquable de beauté et de subtilité où il revisite son oeuvre au regard de celle de Michelangelo Antonioni. Ce face-à-face dévoile la manière dont s'influencent les gens d'images. Il souligne la modernité des films du réalisateur italien, tout en révélant la puissance et la profondeur du travail du photographe.

Dans cette exposition, il y a une oeuvre à part. Celle d'Antoine d'Agata. Il s'agit d'un film sans photo, réalisé au Japon, intitulé Aka Ana. Un film cru, au plus près des corps en action, qui indispose. Comme dans ses photos bougées, au grain épais, d'Agata aborde les problèmes de soumission entre les sexes, notamment par l'argent. Sauf que le malaise provoqué par le réalisme du film rend inaudible le propos. C'est peut-être la faiblesse du cinéma par rapport à la photographie.


"L'image d'après, le cinéma dans l'imaginaire de la photographie", Cinémathèque française, Musée du cinéma, 51, rue de Bercy, Paris-12e. Mo Bercy. Tél. : 01-71-19-33-33. Ouvert du lundi au samedi de 12 heures à 19 heures ; jeudi jusqu'à 22 heures ; dimanche de 10 heures à 20 heures ; Fermé le mardi. Jusqu'au 30 juillet. Catalogue : coédition Magnum/Steidl/Cinémathèque française, 228 p., 39 €.

Hélène Simon
Article paru dans l'édition du 13.04.07.





EXPO La Cinémathèque française : L’Image d’après. Le cinéma dans l’imaginaire de la photographie
Exposition réalisée par la Cinémathèque française et Magnum Photos, «L’Image d’après» propose de montrer comment le cinéma s’immisce dans l’imaginaire du photographe.
Lieu
La Cinémathèque française

Communiqué de presse
«L’image d’après», c’est ainsi qu’Henri Cartier-Bresson définit le cinéma. Selon Henri Cartier-Bresson, le cinéma c’est toujours ce qui vient après : moins l’image vue ou projetée sur un écran, que celle qui lui succède, prise dans le défilement. Le cinéma peut-il être, a contrario, “l’image d’avant”, c’est-à-dire celle qui inspire le photographe dans la capture du réel? Comment le cinéma s’immisce-t-il dans l’imaginaire d’un photographe? Quelle part de rêve, de fantasme, d’obsession, le photographe projette-til sur le monde?

A l’occasion des 60 ans de Magnum Photos en 2007, nous avons interrogé dix photographes de cette agence, appartenant à plusieurs générations et représentatifs de divers courants qui traversent aujourd’hui la photographie documentaire. Ils nous révèlent comment un réalisateur, un film, ou un plan a laissé une empreinte dans le labyrinthe de leur psyché. Et comment cette empreinte a marqué à son tour leur travail. Assumer l’héritage d’un autre regard, mieux : le revendiquer. Des images mouvantes, enfouies en eux, vont se superposer au film de la vie: une manière de cadrer ce qui advient, «sous influence».

Passages, infiltrations, superpositions entre les deux médiums. Le cinéma crée l’illusion du réel pour que le spectateur ne doute pas de sa vraisemblance. La photographie s’appuie sur l’imaginaire pour rétablir la vérité du vécu. Se placer à la frontière du vrai et du faux, du certain et de l’incertain, du juste et du non juste. Ultime issue pour dire une réalité mouvante, qui se dérobe, où on ne peut pas refaire de prise. «Nous savons que sous l’image révélée, il en existe une autre, plus fidèle à la réalité, et sous cette autre, une autre encore et ainsi de suite. Jusqu’à l’image de la réalité absolue, mystérieuse, que personne ne verra jamais» (Michelangelo Antonioni).
Diane Dufour et Serge Toubiana, Commissaires de l’exposition.

Exposition réalisée par la Cinémathèque française et Magnum Photos.
En coproduction avec le CCCB, Centre de Culture Contemporaine de Barcelone

Commissariat
Diane Dufour, directrice des projets spéciaux de Magnum Photos.
Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française.
Avec la collaboration de Fannie Debanne et de Matthieu Orléan.

Les Artistes
Abbas, Antoine d’Agata, Bruce Gilden, Harry Gruyaert, Gilles Peress, Gueorgui Pinkhassov, Mark Power, Alec Soth, Donovan Wylie, Patrick Zachmann.

Rencontres
Mercredi 4 avril, 19h: Dialogue avec Donovan Wylie
Vendredi 6 avril, 19h30 : Dialogue avec Gilles Peress
Samedi 21 avril, de 15h à 16h30 : Dialogue avec Mark Power et Harry Gruyaert
Dimanche 22 avril, de 11h à 12h30 : Dialogue avec Patrick Zachmann et Abbas
Rencontres animées par les commissaires de l’exposition. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Publication
Coédition Magnum Steidl / Cinémathèque française
Parution : avril 2007 / 288 pages / 39 Euros (éditions anglaise et française)

Infos pratiques
> Lieu
La Cinémathèque française
51, rue de Bercy. 75012 Paris
M° Bercy
> Horaires
Du lundi au samedi de 12h à 19h - Dimanche de 10h à 20h - Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
> Contact
T. 01 71 19 33 33
> Tarifs
Plein tarif : 7 € - Tarif réduit : 6 € - Moins de 12 ans : 5 € - Forfait Atout Prix : 5 € - Libre Pass : Accès libre.
Le billet inclut automatiquement l’exposition permanente Passion Cinéma.
> Entrée libre
L’exposition est présentée jusqu’au 30 juillet 2007.
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Publié dans a l'étranger

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