Sabado, l'ombre de Besancenot

Publié le par david castel


LE MONDE | 11.04.07 | 15h41  •  Mis à jour le 11.04.07 | 15h41


C'est un peu lui qui a "fait" Olivier Besancenot. François Sabado est aujourd'hui son mentor et son âme damnée. Toujours derrière le candidat de la LCR tout en s'en défendant, mais si fier de la montée de son poulain dans les sondages. Le dirigeant trotskiste aguerri avait repéré ce militant de Louviers (Eure) à une université d'été de la LCR en 1994. Le jeune Olivier faisait alors ses armes dans une tendance minoritaire, reprochant à la direction de l'organisation de n'être pas assez révolutionnaire. François Sabado poussera le trublion dans les pattes d'Alain Krivine, alors député européen, comme attaché parlementaire.

Après le retrait du vétéran Krivine pour la course électorale de 2002, c'est encore François Sabado qui convainc le postier, réticent, de représenter la LCR. Il était temps de changer de visage public, et celui du facteur correspondait à la nouvelle génération de militants des luttes altermondialistes. "Je sentais qu'il fallait tourner la page des militants permanents à vie et miser sur des jeunes insérés dans leur milieu professionnel", explique-t-il.

Les deux hommes se retrouvent sur l'envie de ne plus se faire moines-soldats, la conviction que la "Ligue" doit cesser de se comporter comme un parti d'"intellos" et "parler aux gens". Ils sortent un livre ensemble - Besancenot comme auteur, lui dans l'ombre -, Révolution ! 100 Mots pour changer le monde (Flammarion, 2003).

Ce sens des formules et la certitude que les mots ont leur importance, M. Sabado la tient de son père, républicain espagnol arrêté sur le front catalan en 1937 et emprisonné à Casablanca. Le petit François n'arrive en France qu'à l'âge de 12 ans. Il en garde un accent pied-noir qui grimpe dans les aigus quand il s'échauffe et un irrépressible goût du sucré, tendance cornes de gazelle.

Son premier contact avec la politique, il le doit à mai 1968 au lycée Voltaire, à Paris, et à Romain Goupil, alors jeune leader de la Ligue. Il a 14 ans et choisit l'organisation trotskiste "parce qu'ils étaient pour le droit de vote des 3e en assemblée générale". Il en devient le permanent jeune en 1974, entre au bureau politique en 1977 et n'en bougera plus. En 1980, lorsque la LCR amorce son "tournant ouvrier" (implantation volontaire d'étudiants dans les entreprises), il embauche à Renault Flins puis chez Dassault, avant de passer un concours à l'ANPE.

Dans "l'orga", Sabado se transforme en "Sacado", "Arafat" pour ses fameuses lunettes de soleil et plus souvent encore "Olivier", son pseudonyme. Le personnage est truculent, mordant, toujours au fait des histoires de coeur entre camarades, parce qu'à ses yeux "tout est lié". Il est aussi très dogmatique, ne déviant guère de la ligne majoritaire et sans état d'âme. "La souplesse n'est pas sa vertu première", sourit Christian Picquet, membre de la direction nationale.

Beaucoup moquent ses raffarinades comme celle sortie lors d'un congrès en 1998 : "Pour peser, il faut être lourd." Mais la tendresse n'est jamais loin : "C'est un mec en or", assure Olivier Besancenot. Un "mec" qui compte, pivot de la campagne présidentielle de la LCR. Rongé par l'angoisse au point de s'en arracher les cheveux. Accroché à son portable avec Olivier pour lui donner ses dernières trouvailles contre la droite et lui rédigeant des "fiches d'actu". "Il m'aide à bosser", dit simplement le candidat.

Sylvia Zappi
Article paru dans l'édition du 12.04.07.
Publicité

Publié dans Mundial 2006

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article