M. Sarkozy : "La VIe République, c'est le retour à l'instabilité"

Publié le par david castel


REUTERS/PHILIPPE WOJAZER
Nicolas Sarkozy en meeting à Villebon-sur-Yvette, le 20 mars 2007.
LE MONDE | 21.03.07 | 15h56  •  Mis à jour le 21.03.07 | 15h56


aire d'une pierre deux coups. Attaquer Ségolène Royal pour atteindre François Bayrou. A un mois du premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, pour la première fois dans un discours, s'en est durement pris à ses deux adversaires.

A Villebon-sur-Yvette (Essonne), mardi 20 mars, le candidat de l'UMP a dénoncé "leur VIe République" qui n'est pour lui qu'un retour à la IVe. "C'est le retour au régime de l'impuissance, c'est le retour au régime des partis, c'est le retour à l'instabilité", a-t-il déclaré.

Il a défendu les institutions de la Ve République qui ont "permis à la France d'être gouvernée en toutes circonstances".

Mettant ses concurrents dans le même sac, il a assuré : "Ils ne veulent pas voir que le problème n'est pas institutionnel mais qu'il est intellectuel et moral. Qui peut croire que c'est en revenant aux errements du passé qu'on résoudra les problèmes d'aujourd'hui ? Qui peut croire que l'on arrivera mieux à restaurer l'autorité de l'Etat, à parvenir au plein emploi, à augmenter le pouvoir d'achat, à freiner les délocalisations avec une République affaiblie et instable dominée par les manoeuvres d'appareils ?"

"DÉMAGOGIE"

Autre cible, "leur" démocratie participative. "Ce n'est pas une nouvelle manière d'associer le peuple aux décisions qui le concernent, c'est juste la forme ultime de la démagogie."

Mais c'est bien le candidat de l'UDF seul qui est attaqué lorsque, abandonnant le texte de son discours, il ironise : "S'il se retrouve face à une femme de gauche (au deuxième tour), boum ! Il est à gauche. S'il est face à un homme de droite, boum ! Il est à droite. L'essentiel c'est de bien viser. Vous le croyez à droite, il est parti à gauche. Vous le croyez à gauche, il est parti à droite ! Ce n'est pas comme ça qu'on dirige la cinquième puissance du monde."

Jacques Chirac, dont Nicolas Sarkozy a reçu le soutien le lendemain mercredi 21 mars, n'a pas non plus été épargné. Reprenant le concept de "rupture", le candidat de l'UMP, dont la campagne s'annonce plus dure que prévue, a préconisé la fin des "nominations de connivence". Les militants lui ont réservé un triomphe.

Philippe Ridet
Article paru dans l'édition du 22.03.07.


La VIe République : C'est la chienlit !
Mercredi, 21 Mars 2007

Le thème de la VIe République a fait une entrée tonitruante dans la campagne présidentielle, ce que nous avions annoncé il y a plus de 6 mois maintenant. Royal, Bayrou et la quasi-totalité des «petits candidats», en parlent tous, à l’exception de Nicolas Sarkozy qui y est radicalement opposé. Nous ne pouvons que nous réjouir, ici, sur Rénovation-démocratique, de l’avènement de ce sujet dans le débat. Un sérieux bémol quand même : L’opinion publique n’y entend rien, mais alors, rien du tout !

Qu’est-ce que la VIe République ? Qu’est-ce qu’une Assemblée constituante ? Qu’est-ce que les institutions ? Posez cette volée de questions aux Françaises et Français, et vous obtiendrez certainement et majoritairement une même réponse : «On n’en sait rien !». Et là se situe le problème. Car, ne nous y trompons pas, le thème de la VIe République n’est pas, aujourd’hui, un argument électoral majeur, compte tenu du manque de préparation de l’opinion publique à cette échéance qui la dépasse complètement, incontestablement, dramatiquement même. Et nous sommes bien placés pour le savoir, ici, sur Rénovation-démocratique, un site dont la fonction première est de sensibiliser l’opinion à cette question dont les Françaises et les Français se désintéressent, même s’ils sont conscients que le système actuel est insatisfaisant et particulièrement inéquitable. Aujourd’hui, une majorité de Françaises et de Français n’est pas représentée à l’Assemblée nationale, aussi dénommée «Représentation du Peuple». L’UMP y jouit d’une MAJORITÉ ABSOLUE alors que ce parti représente moins de 30% des électeurs en première intention de vote.

La Sixième République, c’est du chinois !

Mais, aujourd’hui, pour les Françaises et les Français, la VIe République (ou la Sixième République, car nombre de personnes ne comprennent pas les chiffres romains), la Sixième République donc, c’est du chinois ! Et cette confusion pourrait bien faire le lit de Nicolas Sarkozy. On le sait, le candidat UMP y est farouchement opposé. Et, si il envisage d’engager quelques réformes de l’actuelle Ve République (pardon Cinquième République), c’est dans un seul et unique but : Renforcer le pouvoir présidentiel, le sien, au détriment du Parlement. Donc, le concept encore «fumeux» de la VIe République pourrait, finalement et paradoxalement, renforcer la position du candidat de l’UMP.

Une seule condition : L'opinion doit être préparée à son avènement !

C’est pour cette raison que notre vocation, ici, sur Rénovation-démocratique, est de sensibiliser l’opinion publique à cette question fondamentale ; nous laissons à d’autres, notamment à nos amis de la C6R (Convention pour la 6e République initiée par Arnaud Montebourg), le soin de travailler sur le contenu d’une nouvelle Constitution. Car, ne nous y trompons pas, la Sixième République n'existera qu'à la seule et unique condition que l'opinion soit préparée à son avènement ; aujourd'hui, ce n'est pas du tout le cas. On en est même très loin !
La Sixième République ne doit pas être perçue par nos Concitoyennes et nos Concitoyens comme un événement politique qui instaurera la chienlit, comme dirait Charles de Gaulle. Et, à n’en pas douter, Nicolas Sarkozy aura à cœur, ces prochaines semaines, de démontrer que cette proposition soutenue par Ségolène Royal, François Bayrou et les autres candidats, ne fera qu’instaurer plus de confusion et plus d’instabilité dans un pays, la France, qui se cherche un second souffle… constructif.

Yves BARRAUD


Sortir la République de l'impasse, par Jean-Louis Bourlanges
LE MONDE | 21.03.07 | 14h40  •  Mis à jour le 21.03.07 | 14h40


Et si c'était le contraire ! Si ça n'était pas la candidature de François Bayrou, mais celles de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal qui menaçaient nos institutions de blocage et de déséquilibre. Si c'était la République majoritaire, cette quête forcenée et aléatoire de concordance entre une majorité présidentielle et une majorité parlementaire, qui était à bout de souffle. Si l'urgent n'était pas d'en finir avec un système qui ne produit plus qu'une alternance de pouvoir confisqué et de pouvoir divisé, qu'une combinaison de pouvoir illégitime à force d'être minoritaire et de pouvoir paralysé à force d'être illégitime !

Depuis 1962, les élections législatives sont soit la réplique, soit la négation de l'élection présidentielle. Les députés sont condamnés à une alternative détestable : obtempérer ou paralyser. Obtempérer, c'est-à-dire faire de l'Assemblée nationale une seconde caverne de Platon, un théâtre d'ombres qui voit défiler au Palais-Bourbon les reflets du monde réel, celui qui s'organise à l'Elysée ; paralyser, c'est-à-dire retirer au chef de l'Etat non pas seulement l'excès de pouvoir, mais le pouvoir tout court et faire de son palais la prison dorée d'un spectateur humilié.

Ce système est aujourd'hui en faillite. Sociologiquement, la technocratie d'Etat voit son monopole de l'intérêt général taillé en pièces par l'autonomie d'une société civile progressivement émancipée de la tutelle publique. La France a besoin d'un lieu où s'exprime sa diversité et où se négocient les compromis positifs que la haute administration ne parvient plus à imposer. L'Assemblée nationale ne joue plus ce rôle. Le fiasco du contrat première embauche (CPE) est à cet égard exemplaire : une administration arrogante, un Parlement ridiculisé, une rue triomphante et une réforme pulvérisée. Ça s'appelle, paraît-il, l'Etat fort !

Politiquement, la contradiction devient ingérable entre l'hyperconcentration des pouvoirs et l'atomisation préoccupante de la demande politique. Jacques Chirac obtient au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 moins de 20 % des suffrages, ses amis s'adjugent dans la foulée 63 % des sièges à l'Assemblée nationale et prennent le contrôle de la quasi-totalité des pouvoirs de la République. On ne gouverne pas en confiant tous les pouvoirs aux représentants d'un cinquième de la nation.

Institutionnellement, enfin, le quinquennat a mis le feu au lac. Avec la quasi-simultanéité des élections présidentielle et législatives, la cohabitation deviendrait proprement ingérable, laissant face à face deux pouvoirs opposés, également légitimes, également paralysés. Ce serait la République des chiens de faïence. Bonjour l'action !

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal seraient les seuls à pouvoir disposer d'une majorité docile à l'Assemblée nationale. Beau privilège en vérité que celui de pouvoir accorder un nouveau sursis à un système aussi pervers ! Il est au contraire urgent d'en sortir. En sortir, c'est retrouver l'équilibre initial voulu par le général de Gaulle entre la tradition parlementaire française et l'éclatante affirmation de la prééminence présidentielle. L'objectif poursuivi en 1958 par le nouveau Solon n'était pas de détruire le pouvoir du Parlement, mais de l'empêcher d'attenter à l'unité et à l'autorité du pouvoir gouvernemental.

Il faut rendre au Parlement sa dignité et sa créativité. Les réformateurs ne doivent rien tant redouter qu'un Parlement docile, escamoté, qui laisse à la rue le soin de protester, de négocier et de récuser. Il faut substituer la négociation permanente entre les pouvoirs à l'humiliation alternée de chacun d'entre eux. Il faut attribuer à chaque famille politique l'exacte place que les électeurs entendent lui donner. Il faut en finir avec le ficelage autoritaire de ces agrégats usurpatoires et mortifères de sensibilités concassées, qu'on appelle des majorités, il faut, sous le regard vigilant du peuple souverain, faire prévaloir l'esprit de coopération sur les logiques de confrontation.

La société française doit cesser d'associer modernisation et brutalité, dynamique de la réforme et préférence pour l'oukase. Il faut reconnaître que toute décision légitime est désormais une décision négociée et qu'il n'est de pouvoir fort que de pouvoir partagé. Il faut libérer la République.

La grande mission d'un président issu du centre sera de conjurer le risque, désormais ingérable, d'une nouvelle cohabitation. Il faut renoncer à faire de chaque élection nationale la cour d'appel de la précédente, reconnaître le partage des rôles : la présidentielle pour faire le grand choix, les législatives pour représenter et pour doser. L'idée n'est pas de constituer une majorité parlementaire en béton, asservie au chef de l'Etat, mais d'empêcher une majorité contraire de se dresser contre celui-ci.

Le but n'est pas de disposer d'une majorité docile, mais de prévenir le péril d'une majorité hostile. La Ve République a été conçue pour vivre sans majorité clairement établie, grâce à trois instruments : l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel qui lui confère une autorité indépendante du Parlement ; la question de confiance qui, en cas de divergence avec l'exécutif, oblige les parlementaires à prendre toutes leurs responsabilités ; le droit de dissolution, qui doit permettre au chef de l'Etat de contraindre les élus à répondre devant le peuple d'un vote de censure. Ces trois instruments, auxquels s'ajoute celui du référendum, devront être maintenus. Observons, à cet égard, que la nécessaire réforme de l'article 49.3 ne doit pas avoir pour objet de remettre en cause la question de confiance, mais de retirer à l'exécutif le pouvoir abusif de suspendre le débat et d'escamoter le vote.

Comment changer le système ? Par la recomposition politique plus encore que par le toilettage des textes. Dans l'immédiat, faire élire un homme qui ne soit pas l'émanation des deux blocs antagonistes, mais qui sache rassembler les Français. A terme, soumettre au référendum les réformes nécessaires, mais surtout rétablir la représentation proportionnelle, scrutin de liberté et d'équité qui arrache les partis à la dictature des grands blocs et fait du Parlement le miroir fidèle du pays.

Entre-temps, il faut desserrer l'étau majoritaire, assurer l'émergence d'un grand parti du centre, agrégeant autour de l'UDF des personnalités issues de la droite, de la gauche ou de la société civile et formant le noyau central du nouveau Parlement. Il faudra substituer un équilibre tripolaire - la droite, la gauche, le centre - à l'équilibre bipolaire actuel.

Le nouveau centre, fût-il minoritaire, deviendra le pivot du système. C'est autour de lui que s'articuleront les accords politiques nécessaires à l'affirmation d'un consensus multipartisan, plus ou moins large, ordonné autour d'une triple exigence : la liberté économique, l'égalité sociale et la solidarité européenne.

La République doit changer. Les vrais républicains n'ont aucune raison de redouter la victoire de celui qui porte ce changement.


Jean-Louis  Bourlanges, député européen UDF


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Publié dans Découpage électoral

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