TAKALA ET MUYENGA
Muyenga : Bonjour, mon vieux. Vous venez de perdre votre parrain Jacques Chirac qui ne se présentera plus à l’élection présidentielle. Quel est votre état d’âme dans le parti ?
Takala : Bonjour, mon ami. Pourquoi tu aimes tant me provoquer ? Tu sais bien que Jacques Chirac était l’ami du président Biya et non l’ami du Rdpc. L’ami du Rdpc en France ne peut être que Nicolas Sarkozy parce qu’il est président de l’Ump, parti ami du Rdpc.
Muyenga : Sarkozy n’est pas votre ami seulement parce qu’il est président de l’Ump. C’est aussi et surtout parce que son comportement politique vous conforte dans votre perception de la politique.
Takala : Que veux-tu dire ? Qu’il est démocrate comme nous ou bien quoi ?
Muyenga : Que ce qui l’intéresse dans la politique, c’est le pouvoir. C’est un pouvoiriste avoué, et cela justifie qu’il fasse feu de tout bois, quitte à entretenir des officines d’intoxication pour déstabiliser ses adversaires, ou à se contredire régulièrement.
Takala : Qu’est-ce qui te permet d’affirmer aussi catégoriquement que Sarko est un pouvoiriste ?
Muyenga : C’est ce que lui-même a affirmé l’autre jour sur la cinquième chaîne de radio française.
Takala : A savoir que…
Muyenga : A savoir que s’il était éliminé à l’issue du premier tour de l’élection pour laquelle il fait campagne actuellement, il ferait désormais un autre métier. Selon toi, quand un homme politique en pleine campagne électorale fait une telle déclaration, qu’est-ce qui est prioritaire pour lui ? Le combat politique, les idées qu’il défend apparemment, ou seulement la passion du métier de président ?
Takala : En quoi le métier de président est-il répréhensible ?
Muyenga : La fonction de président de la République ne peut pas être un métier pour un vrai démocrate. Car, c’est un mandat de service. C’est la volonté d’en faire un métier qui amène nos chefs d’Etat africains et M. Biya singulièrement à s’éterniser au pouvoir, même quand leur règne conduit manifestement leur pays au désastre socio-économique.
Takala : Tu veux dire que quand un chef est régulièrement réélu par son peuple, il doit refuser la confiance qui lui est faite ?
Muyenga : D’abord c’est un mensonge – dont vous êtes coutumiers d’ailleurs – de prétendre que les présidents à vie en Afrique sont régulièrement “ démocratiquement élu ou réélu ” par un peuple qui leur fait confiance. Au Cameroun, si tous les électeurs potentiels restent dans leur lit le jour de l’élection, ils s’apercevront bien en se réveillant le lendemain que grâce aux sous-préfets, ils ont voté pour M. Biya ! Dans les pays à démocratie réelle, même lorsqu’un chef d’Etat est au sommet de la popularité dans son pays, il accepte de se retirer au terme de son mandat, ou de ses deux mandats au maximum, parce qu’il sait qu’il n’est pas le seul homme capable de son pays, et que les autres ont autant que lui le droit de gouverner.
Takala : Dans ces pays-là, la constitution limite les mandats et les présidents sortants n’ont pas toujours le choix de rester.
Muyenga : Ne raconte pas d’histoires. En France, la constitution ne limite pas le nombre de mandats, pour ne citer que la France. Et même dans les pays où la loi limite le nombre de mandats, seuls les vrais démocrates respectent cette disposition. Dans les Républiques bananières, les dictateurs qui font de la présidence de la République leur métier s’arrangent toujours pour trafiquer la constitution aux fins de se maintenir au pouvoir. C’est probablement ce que vous-même vous préparez à faire pour que M. Biya rempile en 2011 pour un énième mandat.
Takala : Autrement dit, lorsqu’un président a une vision pour son pays, il faut qu’il abandonne son projet en route parce que l’alternance est automatiquement obligatoire ?
Muyenga : Ta question est malhonnête. Si ton président avait vraiment une vision pour son pays, serait-il nécessaire de mettre 25 ou 30 ans au pouvoir pour la réaliser ? Dans ce cas, on parlerait alors d’incompétence. Ou alors de pouvoirisme. De toute façon, c’est une faute de ne pas savoir que le pouvoir use et rend fou, et que le pouvoir absolu, comme c’est le cas pour le président du Rdpc, use énormément, et rend absolument fou. Ce qui veut dire qu’au-delà d’une certaine limite, le détenteur du pouvoir devient un monstre.
Takala : Je ne te donne pas le droit de dire que mon président est fou, alors qu’il a maintenu notre pays dans la paix, et qu’il fait tout pour que progresse le processus démocratique du pays, comme on verra encore en juin 2007, à l’occasion des élections législatives et municipales.
Muyenga : Je ne vais pas te contredire personnellement. Je vais passer la parole à une présidente de la section d’arrondissement de Yaoundé II de ton parti, Mme Okeng, qui dit haut et fort n’être pas d’accord avec la politique des responsables camerounais qui n’écoutent pas suffisamment le peuple et leur tournent le dos dans la souffrance.
Takala : La femme qui a dit ça n’est pas sérieuse. Et je suis sûr qu’elle cherche à se faire élire quelque part ; soit députée, soit conseillère municipale.
Muyenga : Tu veux dire qu’elle ne peut pas prétendre aller au-delà, parce que la présidence de la République est la chasse gardée des hommes, et de Biya en particulier. Maintenant, peux-tu me dire quelle politique commerciale vous nous proposez dans un contexte où la mondialisation menace l’embryonnaire production locale ?
Takala : Je ne comprends pas bien ta question.
Muyenga : Je te pose cette question parce que j’ai lu quelque part que pour juguler l’inflation, le gouvernement veut favoriser l’importation. Ce qui est une absurdité car, pour combattre l’inflation, il faut maîtriser sa monnaie. Ce qui n’est pas notre cas. Si tu veux, on y reviendra. Bye
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