François Bayrou, c’est le risque du non-choix

Publié le par david castel

 
Nicolas Sarkozy dit avoir un coeur et de la pudeur
Le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle française Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il avait un coeur. Mais il a admis que le registre "compassionnel", dans lequel excelle sa rivale socialiste Ségolène Royal, n’était pas son point le plus fort.

"Ne le répétez pas trop fort mais j’ai un coeur, qui bat à gauche, il bat aussi vite que les autres mais parfois, peut-être à tort, je pense qu’il faut avoir de la pudeur, qu’on n’est pas obligé de venir expliquer ses peines en direct", a déclaré le ministre de l’Intérieur lors de l’émission "A vous de juger", sur France 2.

"C’est vrai que dans le compassionnel je peux être battu", a-t-il ajouté. "Mais je ne pense pas qu’un président de la République de la cinquième puissance au monde en 2007, les Français (le) jugent à cela. Il y a des personnalités de la société civile pour cela".

Lors de la campagne présidentielle de 1974, le candidat UDF Valéry Giscard d’Estaing avait déclaré lors d’un débat télévisé à son adversaire socialiste François Mitterrand qu’il n’avait pas "le monopole du coeur", une réplique restée célèbre.

Un président de la République n’est "pas simplement quelqu’un qui va à la télévision pour dire aux Français ’mes pauvres, comme vous souffrez, je vais vous prendre la main", a estimé Nicolas Sarkozy. "Le président de la République c’est un leader, c’est un homme qui fixe un cap", a-t-il conclu.

SDA-ATS


 

Chronique
Un bon petit camarade, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 09.03.07 | 14h21

nquiétant, lui ? Où va-t-elle chercher ça, Arlette Chabot ? Il est un homme comme les autres, qui a eu son lot de souffrance et d'échecs, et qui est simplement candidat à la présidence de la République ! Nicolas Sarkozy était, jeudi 8 mars, l'invité de l'émission "A vous de juger", sur France 2. Il se voulait rassurant, consensuel, capable d'humour et d'autodérision. Ni un fanatique ni un agité. Impossible de lui faire dire du mal de qui que ce soit. Jacques Chirac ? Il a beaucoup de respect pour lui et il sait d'ailleurs déjà ce qu'il dira, le moment venu. François Bayrou ? "C'est quelqu'un que j'apprécie."

D'ailleurs, "on a été dans le même gouvernement, et il me semblait qu'à l'époque il n'était pas si mécontent de travailler avec moi". La vacherie vient ensuite : "Je ne pense pas qu'on prouve son indépendance en reniant ses amis d'hier ou d'aujourd'hui." Le même procédé, qui rappelle la douche écossaise, est appliqué à Ségolène Royal. L'opinion la juge plus "humaine" que lui ? Qu'à cela ne tienne ! Il lui reconnaît bien volontiers des qualités dans ce domaine. "C'est vrai que dans le compassionnel je peux être battu", dit-il. Mais est-ce là vraiment ce qu'on attend du chef de la cinquième puissance mondiale ? Qu'il vous tapote longuement la main en compatissant à vos malheurs et qu'il vous invite à poser votre tête meurtrie sur son épaule ?

Encore une fois, il ne veut dire du mal de personne. Mais François Bayrou, qu'il se targue d'avoir bien connu, est quand même décrit comme un faux frère. Et Ségolène, au choix, comme une mauviette ou une comédienne. Nicolas Sarkozy ne veut polémiquer avec personne, et encore moins blesser quiconque. Il trouve très vilaines des expressions telles que "l'homme à abattre" ou "la femme à abattre". Indignes de la "démocratie apaisée" dans laquelle nous vivons. Mais il n'en pense pas moins. La question récurrente sur la montée de François Bayrou dans les sondages a en particulier le don de l'énerver. "C'est quand même extraordinaire. On me demande de m'expliquer sur les enquêtes d'opinion, alors que cela fait quarante sondages où celles-ci me mettent en tête. C'est extraordinaire de demander à celui qui est en tête d'expliquer pourquoi ça va mal pour lui et pourquoi ça va si bien pour les autres qui sont derrière !"

Il y avait du marivaudage dans l'air. L'intéressé feignait de trouver l'hôtesse bien sévère avec lui, davantage en tout cas qu'avec d'autres invités. Son sourire ravi, en fin de programme, et ses remerciements émus à ladite hôtesse, complimentée pour son talent à organiser "des émissions comme ça", disaient assez qu'il avait atteint son but : se présenter comme un homme tranquille, voire comme un bon petit camarade.


Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 10.03.07

Palais de l'Elysée : "Le président de la République s'adressera aux Français le dimanche 11 mars à 20H00."

Le Premier ministre Dominique de Villepin, sur l'intervention de Jacques Chirac : "Nous approchons d'un moment solennel. Quelle qu'elle soit (...) la décision qu'il prendra sera la bonne".

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, sur l'intervention prévue de Chirac : "Ca va être un moment très fort de l'histoire politique".

François Bayrou, candidat UDF : "Tous ceux qui ont bénéficié du système vont se liguer pour défendre le système". "Ce qu'ils sous-estiment, c'est que les Français sont, eux, décidés à changer".

L'ex-ministre centriste Simone Veil, annonçant son soutien à Nicolas Sarkozy : François Bayrou "ne représente pas du tout le centre, il ne représente que lui-même".

Xavier Bertrand, porte-parole de campagne de Sarkozy : "On entend chez les commentateurs ‘Bayrou, c'est fou’. Mais quand on regarde son programme, on a surtout du ‘Bayrou, c'est flou’".

Rachida Dati, porte-parole de campagne de Sarkozy : "le programme de François Bayrou est porteur de valeurs de droite, mais avec beaucoup moins d'ambition, pas très clair et moins courageux" que celui du candidat UMP.

Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée: François Bayrou, "c'est la confusion". "Il nous ramènerait très en arrière avec la IVe République".

Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal : "Il ne faut pas se laisser enivrer par les sondages quand ils sont bons et ne pas se laisser ébranler quand ils vacillent un instant". "Le talisman du changement est entre les mains de Ségolène Royal".

Jean-Luc Mélenchon (sénateur PS) : "Il y a le feu au lac. La gauche est menacée d’être éjectée du second tour par Monsieur Bayrou (Sarkozy aussi, et on verra d’ici peu que c’est tout autant)".

Gilles de Robien, ministre de l'Education : "Je crains qu'on ne sous-estime les scores potentiels du Front national. Je ne voudrais pas qu'on se réveille en 2007 comme on s'est réveillé en 2002, avec une grosse surprise de ce côté-là".

Marine Le Pen, directrice de campagne de président du Front national : "il y a vraiment un très grand danger aujourd'hui que Jean-Marie Le Pen soit absent de la compétition".

Dominique Voynet, candidate des Verts, sur ses parrainages : "Cela rentre bien. On y arrivera. Cela demande un effort considérable".

Marie-George Buffet, candidate communiste : "La gauche est faible, c'est même complètement inquiétant".

Dominique de Villepin : "Dans cette campagne, il y a un candidat -celui qui est issu de ma famille politique- qui est en permanence soucieux de la réalité des choses et qui défend une vision pragmatique. Et puis il y a d'autres candidats qui sont peut-être moins tenus par cette réalité-là".





François Bayrou, c’est le risque du non-choix







La campagne française à l’heure du moment Bayrou

Jean-François Verdonnet Service international
Publié le 09 mars 2007

A six semaines du premier tour des élections présidentielles, François Bayrou déjoue tous les pronostics des oracles patentés de la politique française.

Les déconvenues électorales de ses modèles, Jean Lecanuet en 1965, Raymond Barre en 1988, l'histoire de la cinquième République, la dynamique bipolaire des institutions, tout devait le vouer au rôle subalterne dévolu aux élus et aux dirigeants centristes. Or voilà que les courbes s'affolent et que vacillent les certitudes.

Les premiers sondages confirmèrent les préventions des augures: à 6-7% d'intentions de vote en 2006, Bayrou retrouvait l'étiage atteint quatre ans plus tôt. A 10-12% en janvier 2007, il ne bousculait pas encore le jeu: il occupait simplement l'espace habituel du centre-droit. Qu'il pût dépasser les 15-16% de Lecanuet et de Barre, il était sans doute le seul à l'imaginer.

Or les dernières enquêtes le créditent de près de dix points supplémentaires: 24% des intentions de vote, selon un sondage du Parisien – à un point de Ségolène Royal (25%), et à deux de Nicolas Sarkozy. A cette heure, aucune prévision ne tient plus.

Le président de l'UDF agrège autour de lui des électeurs de gauche et de droite, des sympathisants du PS que la candidate socialiste n'a pas convaincus et des conservateurs que le style, l'action et les propos du ministre de l'Intérieur hérissent. Il attire des cadres, des fractions de la classe moyenne et supérieure, qui lui étaient proches, et d'autres milieux a priori éloignés de lui, des enseignants plutôt fidèles à la gauche, et de plus en plus, un électorat ­populaire d'ouvriers et d'employés.

Ce rassemblement inédit est trop large pour n'être dû qu'à une distribution insatisfaisante des deux principaux acteurs, ou à la découverte soudaine d'une personnalité jusqu'ici méconnue: le succès de Bayrou sanctionne des tendances plus lourdes. D'abord un déplacement de forces au profit de la droite, un sensible affaiblissement de la gauche. Ensuite un rejet de la classe politique, un désaveu des élites, une sorte de colère que le député béarnais a su capter à son profit.

Tout est encore mouvant: composite, son électorat est aussi volatil. L'écho qu'il rencontre ne s'impose pas moins comme l'événement majeur de la campagne.

Quelle que soit l'issue de l'histoire, le moment Bayrou ne restera pas sans lendemain.




Ségolène Royal, « socialiste du XXIème siècle »

Dans une longue interview au Monde, Ségolène Royal dévoile son agenda si elle parvient aux « responsabilités » et se présente comme la candidate d'une politique rénovée.


Dans une longue interview au Monde parue ce jour, Ségolène Royal dévoile ses ambitions si elle est en « responsabilités ». Elle se présente comme la tenante d'une nouvelle façon de faire de la politique : « chaque semaine, je ferai en sorte de me trouver sur le terrain aux côtés de Français », explique la candidate qui dit se méfier la « tentation monarchique » du pouvoir. Elle affirme également son indépendance : « Je ne suis liée à aucun réseau, aucune puissance d'argent, aucun lobby, aucun grand média, aucune grande entreprise. (…) Je n'ai personne à placer et ne dois rien à personne, si ce n'est au peuple français. Je suis d'une indépendance d'esprit totale. » Ségolène Royal ajoute que si elle est « fière » d'appartenir à sa famille politique, elle se dit aussi « assez autonome » pour ne pas se laisser « enfermer dans aucun dogme ».

Bookée jusqu'en 2009
Questionnée sur la composition de son gouvernement, Ségolène Royal refuse de se laisser enfermer, là aussi, dans le camp socialiste. Avec des accents quasi bayrouistes, elle affirme qu'elle s'entourera de « tous ceux qui se reconnaîtront dans (son) Pacte présidentiel ». Elle développe ensuite, dans le détail, l'agenda politique de sa première année au pouvoir. Au programme : lancement des « emplois-tremplin » pour les jeunes, « hausse du SMIC et des bas salaires ». Dès la rentrée, elle prévoit « le rétablissement des emplois qui ont été supprimés dans l'éducation nationale » et un « moratoire immédiat sur les OGM ». La réforme des institutions – « limitation du cumul des mandats, réforme du Sénat, suppression du 49-3, introduction d'une part de proportionnelle et jurys citoyens » - aura lieu à l'automne. Enfin, la candidate souhaite réconcilier les Français et l'Europe. Elle se donne un an pour faire accepter « l'Europe par la preuve » sous la forme d'une Europe plus sociale et souhaite un référendum sur un traité repensé, avant « juin 2009 ».

Lundi 05 Mars 2007
Anna Borrel

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Publié dans Découpage électoral

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