Le jeune cinéma chinois a séduit le jury de la 57e Berlinale, qui a décerné samedi soir le prestigieux Ours d'or du meilleur film à un long-métrage de Wang Quan'an, »Le mariage de Tuya», émouvant portrait d'une bergère mongole à la recherche d'un deuxième mari. Le film, une ode à la vie des populations mongoles menacées par le centralisme chinois et la sédentarisation forcée, avait ravi la critique et le public.
»Depuis que j'apprends à faire des films, on m'a toujours conseillé de donner du rêve aux gens. Aujourd'hui, c'est l'un de mes plus beaux rêves qui devient réalité», a déclaré à la tribune du festival le réalisateur Wang Quan'an, 41 ans, aux côtés de son actrice principale Yu Nan, qu'il a voulu »remercier tout spécialement».
Après avoir reçu son prix des mains du président du jury, le cinéaste américain Paul Schrader, et de celui du festival, Dieter Kosslick, Wang Quan'an a souhaité »une très bonne année» à tout le public du palais de la Berlinale car ce samedi coïncidait avec le Nouvel An chinois.
»Le mariage de Tuya» (»Tu ya de hun shi») est un portrait tout en finesse d'une bergère mongole qui cherche à contracter un second mariage pour subvenir aux besoins de sa famille, y compris de son premier époux invalide, sur lequel elle veut continuer à veiller.
Ce film d'un grand esthétisme, joué en partie par des non-professionnels, a été tourné sur les terres ingrates de la Mongolie-intérieure, région autonome de Chine, où Tuya veut continuer de vivre plutôt que d'aller en ville.
Après avoir reçu sa récompense, le cinéaste a déclaré à la presse avoir voulu montrer »ce que nous perdons peut-être, dans notre héritage culturel, sur l'autel du boom économique». »Je vais continuer à faire des films sur les petites gens», a-t-il ajouté.
L'autre grand gagnant de la soirée, représentant lui aussi un cinéma d'auteur exigeant, vient d'Amérique latine: »El Otro» du jeune Argentin Ariel Rotter, 33 ans, a été doublement honoré, avec le Grand prix du Jury et l'Ours d'argent du meilleur acteur masculin, décerné à l'Argentin Julio Chavez. Celui-ci joue le rôle d'un homme qui décide de fuir son existence et prend l'identité d'un mort.
Ne pouvant venir à Berlin pour cause de tournage, l'acteur a fait savoir dans un message lu à la tribune que son père, né en 1921 à Berlin, avait dû quitter cette ville en 1937, sous le régime nazi.
L'Allemagne, peu présente dans la compétition (2 films sur 22), a remporté l'autre prix d'interprétation: l'Ours d'argent de la meilleure actrice a été attribué à Nina Hoss, 31 ans, l'une des actrices les plus en vue dans son pays, tant au cinéma qu'au théâtre, pour son rôle dans »Yella».
Dans cet inquiétant thriller, sa troisième collaboration avec Christian Petzold, cinéaste de la nouvelle vague allemande, elle incarne une femme fuyant un mariage à la dérive.
»Je n'ai jamais pensé gagner, pas un instant!», a lancé Nina Hoss, moulée dans sa robe dorée. »J'étais sûre que ce serait Marianne Faithfull», la chanteuse britannique qui joue dans »Irina Palm» de Sam Garbarski.
L'Ours d'argent du meilleur réalisateur a été décerné à l'Israélien Joseph Cedar, 38 ans, pour son film »Beaufort», huis clos oppressant qui a pour cadre un camp retranché d'une unité de l'armée israélienne au Liban sud lors des derniers jours du retrait de Tsahal en mai 2000.
»C'est un film sur la façon d'arrêter une guerre», a déclaré Joseph Cedar à la tribune, »c'est aussi un film sur la peur, et sur ma propre peur».
»Je souhaite que notre gouvernement ait le courage d'arrêter la guerre», a-t-il ajouté.
Le prix du meilleur premier film, créé en 2006, a été attribué à »Vanaja» de l'Indien Rajnesh Domalpalli, sur le destin d'une fillette de caste inférieure, qui rêve de devenir danseuse.
L'ensemble des acteurs de »The Good Shepherd», réalisé par l'acteur américain Robert De Niro - avec notamment Matt Damon, Alec Baldwin, Angelina Jolie, William Hurt et l'Allemande Martina Gedeck - se sont vu décerner un Ours d'argent »pour une performance artistique exceptionnelle».