Juif sous Mussolini
François Dufay Pour les juifs italiens, ce fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le 14 juillet 1938, un quotidien publiait un « manifeste de la race » signé de scientifiques, décrétant : « Les juifs n'appartiennent pas à la race italienne. » Les savants furent aussitôt reçus en grande pompe par les autorités. Peu après tombaient les premières mesures d'un infamant statut des juifs. Mussolini, en sous-main, avait dicté lui-même leur manifeste aux distingués scientifiques... Au regard de la barbarie nazie, l'antisémitisme d'Etat pratiqué par l'Italie bénéficie d'une relative mansuétude, en raison du sort réservé aux juifs dans les zones d'occupation italiennes. C'est oublier la dureté des lois raciales de 1938. Les 50 000 juifs italiens, parfaitement intégrés - un quart étaient inscrits au parti fasciste, auquel ils fournissaient podestats et généraux ! -, furent exclus de la vie professionnelle et du système éducatif, interdits de mariages mixtes et spoliés. On alla même chercher un chirurgien en salle d'opération pour lui interdire de pratiquer une intervention sur un chrétien ! Pourquoi cette persécution à retardement ? C'est l'énigme à laquelle répond Marie-Anne Matard-Bonucci dans une somme magistrale. Le Duce n'avait subi aucune pression de son allié Hitler. Mais il était revenu d'un voyage en Allemagne en 1937 convaincu qu'il fallait « prussianiser l'Italie ». Le juif fit donc office de repoussoir pour relancer un régime essoufflé. Si la population resta passive, chefaillons et plumitifs rivalisèrent dans l'abjection, sur fond de silence du roi et du Vatican. Mussolini, lui, n'était pas dupe de sa propre turpi-tude : « Si les circonstances m'avaient porté à un axe Rome-Moscou plutôt qu'à un axe Rome-Berlin, j'aurais sans doute préparé les travailleurs italiens aux sornettes équivalentes de l'éthique stakhanoviste. »
© le point 15/02/07 - N°1796 - Page 130 - 284 mots
Félix Eboué, ce premier résistant de la France d'Outre-Mer, dont la dépouille a rejoint le Panthéon :
Le 1er juillet 1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, il adressait à la jeunesse d'Outre-Mer un célèbre discours.
« Jouer le jeu, disait-il, c'est être désintéressé
Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l'échelle des valeurs sur les critères de l'esprit.
Jouer le jeu, c'est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c'est poursuivre la route droite qu'on s'est tracée.
Jouer le jeu, c'est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s'imposent et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés.
Jouer le jeu, c'est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu'ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine ».