Le catholicisme dans la République

Publié le par david castel

LE MONDE | 05.02.07 | 16h30  •  Mis à jour le 05.02.07 | 16h30
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A l'heure où les démocraties laïques sont attentives au moindre frémissement rénovateur au sein de l'islam européen, il n'est pas inutile de revenir sur le bouillonnement qu'a connu le catholicisme français entre les deux guerres mondiales. L'occasion nous en est donnée avec cette histoire de l'hebdomadaire Temps présent, né en 1937, soit treize ans après la naissance d'un courant démocrate-chrétien pour faire face à la puissante Fédération nationale catholique, onze ans après la mise à l'Index de L'Action française, cinq ans après la création du quotidien L'Aube de Francisque Gay et après la naissance d'Esprit, animé par Emmanuel Mounier.

Si l'on ajoute à cette dynamique l'arrivée, à partir de 1927, des grands mouvements d'action catholique et sociale comme la JAC, la JEC, la JOC et la Ligue ouvrière chrétienne en 1935, on assiste au développement d'un catholicisme qui accepte de faire la paix avec la République laïque et qui tourne la page de la Révolution française si souvent dénoncée par la tradition chrétienne. A Temps présent, on reconnaissait à Robespierre une "force d'âme", mais on dénonçait les "pitoyables nouveautés de la philosophie des Lumières".

La liste des collaborateurs est brillante, Gabriel Marcel, Paul Ricoeur, Claude Bourdet, Maurice Schumann, Stanislas Fumet, Jacques Maritain, Georges Bernanos, François Mauriac et bien d'autres. Catholique certes, défenseur de la famille bien sûr, anticommuniste sans équivoque, tout en reconnaissant son caractère messianique, Temps présent participe aussi à l'animation d'un courant antifasciste dans le monde catholique. Mais il exprime également son trouble face au sort réservé aux prêtres et aux nonnes sous la République espagnole, ne prend pas position sur le Concordat signé avec l'Allemagne en 1933, et encore moins sur le rôle du très catholique von Papen dans l'arrivée de Hitler au pouvoir.

Martine Sevegrand, à qui l'on doit ce travail austère, ne cache d'ailleurs pas qu'il fut aussi difficile pour cet hebdomadaire de résister aux sirènes de l'Italie mussolinienne. De la même façon, constate l'historienne, malgré les prises de position de Stanislas Fumet et de François Mauriac en faveur des républicains espagnols, Temps présent prit plutôt position pour la non-intervention. Les points de vue ont divergé, les hommes se sont affrontés. Mme Sevegrand ne l'écrit pas, mais, à lire son travail, on a le sentiment que l'hebdomadaire a parfois tangué. L'accord s'est maintenu sur les fondamentaux : être citoyen du temporel. C'est-à-dire faire de la politique, travailler à l'intérêt public, s'engager dans la reprise en main morale de la société et combattre "l'égoïsme jouisseur". Et les cibles n'ont pas manqué. Au hasard : le personnel politique de la IIIe République et le mouvement intellectuel des années 1920, réduit à "l'écriture automatique, les théories nègres et les cabarets métèques"...

Avec la seconde guerre mondiale, l'armistice et le déshonneur du "vieux capitulard moraliste", Temps présent cesse de paraître en zone occupée. Une tentative verra le jour en zone libre sous le nom de Temps nouveau. Nous n'en saurons pas beaucoup plus. On le regrette mais dans la mesure où Martine Sevegrand s'appuie essentiellement dans son travail sur une lecture méticuleuse des numéros de l'hebdomadaire, il lui était difficile de faire revivre cette période.

A la Libération, les débats politiques, notamment autour de l'élaboration d'une nouvelle Constitution pour cette IVe République naissante, deviennent très rapidement vigoureux. L'équipe se divise : gaullistes, démocrates-chrétiens et partisans d'un flirt avec le Parti communiste croisent le fer face à un lectorat désarçonné. Temps présent n'y résistera pas : il disparaît le 16 mai 1947.


"TEMPS PRÉSENT", UNE AVENTURE CHRÉTIENNE de Martine Sevegrand, Editions du Temps présent, 322 pages, 23 €.
Yves-Marc Ajchenbaum
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Publié dans a l'étranger

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