La loche Messages postés : 8183 Killer  | Posté le 09/04/2006 21:08:31 | | -Hé bien, pour une veuve, la Toureaux s’ennuyait pas. -Elle avait 30 ans Hubert, il aurait été dommage qu’elle se soit refermer comme une moule pas fraîche à cette âge là... -J’espère qu’elle en a bien profité parce que maintenant avec tout ça, elle doit brûler en enfer. La fille semblait avoir organisé son appartement autour de son petit lit à barreaux en cuivre poli autour duquel s’entassaient des montagnes de livres. Hubert est assis sur le matelas, d’une main il caresse les draps blancs, de l’autre il joue avec le cordon interrupteur de la lampe en porcelaine posée sur la table de nuit. Nuit, jour, nuit, jour… -Superbe abat jour ! Dis, tu as vu, elle devait fumer. Y a un cendrier là, puis des cigarettes, des Naja… Bof, je préfère les Leo. Il se visse quand même une clope au bec. -T’en veux une ? -Non. Humbert, assis de l’autre côté du lit, fouille le petit secrétaire rempli de papiers, de lettres, d’articles de journaux découpés, de petits mots, de publicité... Le sol est jonché d’habits et de dessous coquins que les deux flics viennent d’examiner avec envie. Hubert allume la Naja, aussitôt une forte odeur du tabac d’orient envahit la petite pièce. -Dit, elle à plus de culottes que de robes ! -Ben au moins, c’est qu’elle en changeait tous les jours ! -C’est le grand luxe quand même pour une ouvrière… -J’ trouve aussi. Passe moi donc une sèche… Merci. -Et puis ce gramophone... Tiens, elle écoutait Ludwig van Beethoven (il se met à lire l’étiquette du 78 tours) par Pablo Casals à la direction. -Tu connais ? -Bite au vent, ça oui j’ connais ! Il soulève une petite culotte à frou-frou du pied pour appuyer ses dires. L’autre tourne la manivelle du gramophone et l’orchestre symphonique de Londres balance l’ouverture de Zu Collins Trauerspiel à soixante dix huit tours minutes… Au mur des paysages de montagnes d’artistes inconnues, des cartes postale punaisées au dessus de la tête de lit, avec des montagnes toujours. Hubert en retourne une. -Tu sais lire l’Italien ? -Un peu… -Comment ça se fait ? -Un grand-père. Il lui tend la carte. Humber, l’approche de ses yeux, grimaces des mimiques qui vont bien avec ses moustaches à la française et lit à voix basse comme les gosses à la communale. -ça vient du Val d’Aoste en Italie, c’est un ami à elle qui lui parle du coin où elle est née. -Elle est Italienne. -Elle est née là-bas. -Et qu’est-ce qu’il lui dit d’autre ? -Que Mussolini c’est chouette et que le pays à des couilles. -Ben merde. Humbert balance la carte par terre et fouille dans le secrétaire, il met deux lettres de côtés. -Dis, Hubert, tu sais lire le français ? -Bien sûr ! -Tiens j’ai deux lettres fraîchement datées là, tu veux m’en faire la lecture pendant que je continue à éplucher le burlingue. -Fait voir… Je commence par laquelle, celle qui vient de Toulon, où celle en provenance de la ligne Maginot ? Note bien elles ont toutes les deux un cachet militaire. -Ligne Maginot. Pour lire, Humbert prend une drôle de voix… -Ma louloute, ici on s’affaire, y a pas à dire, il s’en prépare des choses ! Mais pour la pentecôte, je serais de permissions, on a qu’à se retrouver Lundi à notre guinguette du bal de Nogent sur Marne, tu vois de laquelle je veux causer. Je t’attendrais. Je t’embrasse. Lucien Damont. -Lui va falloir le retrouver ! Et l’autre, celle de Toulon ? -Ma belle, pour la pentecôte j’ai une permission, aussi je viendrais à Paris, on joue une Messe de Mozart le Lundi à l’église des Billettes, tu vas adorer ça. J’espère que tu viendras. Je t’embrasse. Batiste Lampol. Je crois qu’elle les collectionnait non ? Elle devait aimer les soldats. -Faut lui mettre la main dessus à celui là aussi ! Elle en a du courrier, va falloir éplucher tout ça, à première vue, elle ne jetait rien. -Ma femme aussi est comme ça, enfin, j’ veux dire qu’elle jette rien, elle garde tout, les notes du restaurant, les publicités, les cartes postales… ça s’entasse, ça s’entasse… -ça ne va pas être facile pour les enquêteurs si on l’assassine. -Personne ne voudrait assassiner ma femme, même pas moi. -Tu as regardé sous le matelas ? -Oui. -Sous le lit ? -Oui. -Bon j’emporte tout le courrier au poste. -Ta regardé sous le secrétaire. -Non. Hubert passe la main sous le meuble, soudain son visage change d’expression, il est content et ça se voit, on dirait un gosse qui vient de mettre la main sur un trésor ou un chien qui rapporte la baballe. -Qu’est ce que c’est que ça… -Quoi donc ? -Y a un truc là… un espèce de tiroir secret… et dedans ! Un gros carnet couverture rigide fermé par une ceinture de cuir. Quand il le sort de sous le secrétaire une lettre tombe par terre. Humbert se précipite. -ça dit quoi ? -ça dit qu’elle est reçu à la Ligue du bien public (1), que ses parrains Henrie Jouent et Arthur Combelles sont de grands hommes à qui la Ligue donne toute sa confiance. -Combelles ! La porte de l’appartement s’ouvre, un homme assez gras entre péniblement en respirant bruyamment, on dirait bien qu’il a avaler du papier de verre et que la chose est resté coincé dans sa gorge, deux autres types le suivent, on dirait bien qu’ils ne sont pas commodes du tout. Hubert et Humbert les connaissent, ils ont fait l’école de police ensemble. Marcher sur le pied D’Arthur Combelles, c’est manger dans la tronche les mains de ses deux équipiers. -Lui-même ! -Inspecteur Combelles… -… et ses chiens de gardes. -Allons messieurs, pas de ça entre nous, je prends en main l’affaire Laetitia Tourreaux. Par ici les pièces à convictions… et les cigarette de la donzelle. ** * Combelles enfoncé dans l’énorme couette pourpre de son lit à baldaquin porte une culotte à son nez et hume l’odeur de son ancienne maîtresse. Il se souvient un instant de Laetitia, il n’a pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour remonter de sa mémoire les pauses lascives qu’elle prenait après l’amour, ses longues jambes, son sexe noir entrouvert… Le goût de sa sueur, l’odeur de son cul… Il se replonge dans les Notes & notulettes pour mes mémoires d’espionne que son informatrice écrivait depuis quelques années. Elle travaillait pour la police au vestiaire de l’As de Cœur, une guinguette où elle savait tendre l’oreille pour son poulet. C’était pas gratuit, elle faisait aussi dans la délation auprès des patrons de l’usine où elle travaillait. Il a bien cherché les passages le concernant au niveau plumard, mais il a vite abandonné. Il est lucide Combelles. Il sait que bien des hommes ont défilés sur les courbes de la belle et qu’il ne doit pas être parmi les plus vaillants. Son excès de poids l’empêche de tenir la cadence bien longtemps et lui interdit de nombreuses positions. Il va à la dernière page écrite par Laetitia. Je suis sollicitée de partout, pas moins de trois hommes se dispute mes faveurs aujourd’hui, Lucien me veut pour allez danser à Nogent sur Marne et Baptiste m’invite pour écouter Mozart, mais l’un comme l’autre se sera mains au panier et chevauché à la hussarde. Je ne peux pas satisfaire les deux… La guinguette et l’église des Billettes sont trop éloignées. Bon, ce sera la guinguette à deux sous, tant pis pour Mozart, c’est de la ligne Maginot que vont venir les renseignements les plus intéressant pour mon banquet de ce soir avec les Italiens. En rentrant du bal, sur la route, dans le bois de Vincennes je retrouverais Jean Filiol. Dès que Gabriel Jeantel (2) me l’a présenté celui là, j’ai su qu’il me le fallait, nous les femmes, on le sent dans le ventre quand il nous faut un homme, et je ne me suis pas trompé, si Jeantel me baise longuement, il me baise mollement. Filiol, lui, me baise dur, comme un rustre, avec toute sa haine. Faut le voir raconter comment il a trucidé Dimitri Navachine (3). -T’aurais vu ça, ma poule. Son con de chien qui m’attaque ! Je sors le revolver… Pan, ta gueule le cabot ! L’autre chien, le communiste, il me regarde avec de grands yeux écarquillés, il le sent qu’il va y passer l’intellectuel ! Mais pas au revolver ! Oh non ma poupée ! Pas avec ses animaux là ! À la baïonnette ! T’entends ? A la baïonnette que je l’ai trucidé. A grand coup, comme ça Han… Han… Han… Quand il raconte il a les veine du coup qui gonflent, tout ses muscles qui saillissent, il est tendu de partout, alors je cambre les reins et je sais qu’il va me dévaster. Dieu que c’est bon ! Personne ne me baise comme lui. Les types comme Filiol, ça vous fait votre affaire n’importe où, ça vous emmène aux étoiles en trois coups de reins et vous y rester jusqu'à ce qu’il vous décroche la lune. Tout a l’heure nous ne nous verrons guère que le temps de m’accompagner jusqu’aux banquet, mais de la Porte Dorée à Opéra il trouvera bien le moyen de me planter au ciel… Combelles pose les mémoires de la jeune fille et relit le début de l’article de journal : Dimanche de Pentecôte 1937, métro Porte-Dorée, 18 h 27. Six personnes montent dans la voiture de première classe. Une jeune femme rousse en robe verte semble somnoler sous son chapeau blanc. Elle est seule dans le wagon. Tout à coup, son corps s'écroule. L'un des passagers, médecin, se précipite à son chevet et découvre un couteau Laguiole planté au bas de son cou. La victime, Laetitia T., meurt dans l'ambulance qui la mène à l'hôpital Saint-Antoine. Il soupire, regarde longuement le nu accroché en face de son lit, une belle peinture. Ils sont trop nombreux, trop importants les gens qui s’offraient les faveurs de Laetitia Tourreaux pour que l’on aille remuer la merde à savoir qui l’a tuée ou qui l’a fait tuer. -Affaire classée, dit-il à voix haute. __________________________________________________________ Notes 1 Ligue du bien public : Ligue qui remonte au moyen âge, pas le temps de chercher les infos… 2 Gabriel Jeantel, cagoulard et président de l’association des étudiants d’action française société secrète et groupes d’extrêmes droites. 3 Dimitri Navachine était un brillant économiste soviétique que la Cagoule fera assassiné par Jean Filiol devant l’entré du Parc des Princes à Paris.
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