Boxe :Issaka Daboré, ancien médaillé nigérien. "Qui peut imaginer que je mène une vie misérable?"
Nos lecteurs veulent savoir qui est réelle-ment Issaka Daboré ?
Merci de cette opportunité inédite que m’offre aujourd’hui le journal « Le Républicain » et je vous en remercie du fond du cœur. Qui est Issaka Daboré ? Eh bien, je suis né en 1940 à Dingazi Banda (Ouallam) mais mon acte de naissance a été établi à Dantchiandou. C’est en avril 1958 très exactement que j’ai débuté la boxe. 8 mois après c’est-à-dire en décem-bre, j’ai livré mon 1er combat sur le ring avec un voltaïque (aujourd’hui burkinabé), un certain Balima qui m’a d’ailleurs battu aux points. Il faut dire que tout début est difficile. Ma 1èremédaille de la vie, en bronze, je l’ai arrachée en 1961 à Abidjan (Côte d’Ivoire) lors des jeux de l’Amitié qui regroupaient tous les pays d’Afrique Francophone. 2 ans après, c’est à dire en 1963, j’ai obtenu ma 1ère médaille d’or à Dakar (Sénégal). Ce qui a beaucoup étonné les sénégalais, c’est comment un pays comme le Niger peut-il disposer d’un boxeur comme moi. Pour eux c’est inimaginable voire incroyable. En 1964 je représentais mon pays pour la 1ère fois aux jeux olympiques à Tokyo (Japon) après avoir subi une préparation physique rude d’un mois en Allemagne. J’ai été classé 4e dans ma catégorie en perdant de justesse la médaille de bronze face à un hollandais. Là, le public japonais a beaucoup con-testé sa victoire, parce qu’il estime que j’ai dominé le combat pendant près de 3heures, je dois obtenir la médaille de bronze. Mais que voulez-vous, c’est la loi de la jungle. Ce jour-là, des milliers de japonais étaient venus jusque dans mon hôtel pour me féliciter et me remettre pleins de cadeaux, que je n’ai pas pu tous les transporter. C’était émouvant. Après Tokyo (Japon), j’ai vaillamment défendu les couleurs du Niger aux jeux olympiques de Mexico (Mexique) en 1968 et à Munich (Allemagne) en 1972 où j’ai finalement remporté une médaille de bronze avant de mettre fin à ma carrière en 1973.
Comment menez-vous à présent votre vie de père de famille ?
Je vous dis personnellement que le nigérien est très méchant. Feu le président Diori Hamani (paix à son âme) m’a beaucoup aidé. Que Dieu le lui rende en centuple. La maison dans laquelle je vis, c’est feu Diori Hamani qui me l’a offerte. Il a même remis de l’argent pour qu’on l’a mette en valeur, ça n’a pas été fait, on a détourné l’argent. Il a pris les choses en mains pour que cela se réalise en banco. Pré-sentement comme vous le constatez de vous même, je vis avec mon épouse que j’ai marié en 1963 et mes enfants. Je remercie Dieu de la vie que je mène avec ma modeste famille. Je suis actuellement à la retraite. Mais je vous dis sincèrement qu’au Niger le sportif n’est pas motivé. Tu peux rapporté assez de mé-dailles, mais l’Etat ne te le reconnaîtra pas. J’ai été à trois jeux olympiques, hormis Feu Diori aucun dirigeant de ce pays n’a pensé à moi et pourtant les résultats sont là. Au Niger, le sport ne peut jamais progresser, tant que l’athlète est frustré ou découragé. Qui peut imaginer que je mène une vie misérable? Mon fils est médaillé d’or des 5e Jeux de la Francophonie, en 2005, mais est-ce que les autori-tés lui ont fait un geste que la postérité va retenir? Non. C’est malheureux. On doit changer de politique vis à vis des sportifs. Il faut les motiver. Pourquoi ne pas créer un fonds national de soutien aux sportifs qui honorent le Niger à l’extérieur, pour services rendus ? Je profite de votre journal, pour transmettre au nom de la famille Issaka Daboré, nos remerciements au général Moumouni Boureïma Chef d’état major des armées, au colonel Djibrilla Hima Hamidou, commandant de la zone de Défense N°1 et au colonel Aboubacar Amadou Sanda pour la promotion de mon fils Boubacar au grade de sergent pour sa mé-daille d’or. Boubacar a honoré notre pays et il le fera même demain, à condition qu’il soit mis dans les conditions.
Justement par rapport à votre fils Boubacar, comment vous avez accueilli sa victoire aux 5ejeux, 33 ans après votre bronze aux jeux olympiques ?
Le petit s’est très bien comporté et il l’a prouvé sur le ring face au gabonais. Je savais que mon fils Boubacar allait arracher l’or, puisque je me suis personnellement occupé de sa préparation ici même à la maison. Il y a eu un suivi sérieux de la famille, je ne peux que remercier le bon Dieu pour ce sacre.
Propos recueillis par Ousmane Keïta
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