Du pouvoir absolu à la potence
| Saddam Hussein | |
| Associated Press (AP) 29/12/2006 23h08 | ![]() |
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BAGDAD (AP) - «Longue vie au peuple et mort à ses ennemis!» Un Saddam Hussein visiblement ébranlé avait réagi par ces mots à sa condamnation à mort le 5 novembre, pour le massacre de chiites en 1982. Les efforts des avocats de l'ancien président irakien pour empêcher sa pendaison ont été vains, avant même la fin du deuxième procès, pour le génocide de Kurdes en 1987-88.
L'ex-raïs ne reconnaissait pas le tribunal spécial irakien et se considérait toujours comme le président, malgré l'invasion américaine et la chute de son régime en 2003. Mais, dans une lettre publiée le 27 décembre dernier, il exhortait ses concitoyens à «ne pas haïr, car la haine ne permet pas d'être juste; elle rend aveugle et ferme toutes les portes de la pensée». Il les appelait aussi à distinguer les gouvernements des populations, soulignant que des Américains avaient volontairement assuré sa défense. La sentence de mort, écrivait-il, a été «dictée par les envahisseurs».
Pendant neuf mois, l'ex-dictateur de 69 ans, né le 28 avril 1937, avait tout fait pour perturber le déroulement du procès du massacre des chiites de Doujaïl, ponctuant les audiences d'invectives, de menaces, recourant au boycott ou à la grève de la faim, tandis que ses avocats dénonçaient le non respect des règles du droit international.
Souvent debout, le Coran à la main, l'accusé combatif, devenu mince, généralement vêtu d'un costume occidental sombre et d'une chemise blanche sans cravate, n'avait plus rien à voir avec le fugitif à l'air hagard capturé par les Américains le 13 décembre 2003.
Sa cavale n'avait duré que quelques mois après l'invasion de l'Irak en mars 2003 par la coalition conduite par les États-Unis. Le 9 avril, sa statue était renversée, symbole médiatisé de la fin d'un règne de 27 ans marqué par de nombreuses atrocités et deux guerres, celle contre l'Iran de 1980 à 88 et celle du Golfe en 1990-91.
Chef de l'État, président du conseil des ministres, président du Conseil de commandement de la Révolution (CCR), commandant en chef de l'armée et dirigeant du parti Baas irakien: la litanie des fonctions qu'il cumulait depuis 1979 en disait déjà long sur ses ambitions.
Homme fort de l'Irak depuis juillet 1968, Saddam Hussein tenait d'une main de fer un pays de 22 millions d'habitants réputé pour la fréquence de ses coups d'Etat depuis sa création en 1932 après la fin du mandat britannique. Son pouvoir, il l'a assuré par des purges sanglantes qui ont notamment touché l'armée, qu'il a progressivement transformée en un outil à la dévotion du parti unique, le Baas.
Les débuts semblaient pourtant prometteurs pour ce pays possédant les secondes réserves mondiales de pétrole. Dans le courant des années 70, Saddam Hussein lance d'ambitieuses réformes sociales, éducatives et économiques. En une décennie, celui qui n'aurait appris à lire qu'à l'âge de dix ans fait passer le taux d'alphabétisation de 30% à 70%.
Saddam Hussein se fait alors appeler «Père-dirigeant», «prince de la Nation arabe», «Héros de la libération nationale»...
En septembre 1980, il lance l'armée irakienne à l'assaut de l'Iran, espérant profiter du chaos provoqué par la Révolution islamique de 1979 pour reconquérir rapidement le Chott el-Arab, l'estuaire du Tigre et de l'Euphrate, qu'un accord de 1975 l'obligeait à partager avec Téhéran. Malgré le soutien occidental, il échoue et l'Iran occupe même une partie du territoire irakien avant que la guerre ne s'enlise. Le mécontentement qui s'ensuit vaut au président deux tentatives d'assassinat suivies de purges sévères. En 1988, son pays sortira exsangue et à moitié vainqueur de huit années de guerre.
Né le 28 avril 1937 à Al-Aoudja, près de Takrit (160km au nord de Bagdad), dans une famille pauvre, Saddam Hussein n'a pas connu son père, un paysan mort ou disparu avant sa naissance, et a été élevé par un oncle, KhaJirallah, ancien officier nationaliste. C'est en 1957 qu'étudiant il adhère au parti Baas, alors clandestin. Son ambition lui vaut déjà d'être désigné pour diriger un groupe chargé d'assassiner le dirigeant de l'époque, Abdulkarim Kassem.
L'attaque à la mitrailleuse échoue le 7 octobre 1959 mais Saddam, blessé à la jambe, s'enfuit en Egypte. De 1963 à 1968, il partage sa vie entre les geôles et l'exil.
Lorsque le Baas prend le pouvoir le 17 juillet 1968, Saddam Hussein, N2 de son cousin le giniral Ahmed Hassan al-Bakr, purge le parti, fait déporter des milliers de chiites d'origine iranienne et supervise la nationalisation de l'industrie pétrolière. Mais lorsqu'en 1979 Al-Bakr se rapproche du voisin syrien, Saddam l'écarte le 16 juillet et lance une nouvelle purge qui fait des centaines de morts en quelques mois.
Face à son opposition potentielle, s'appuyant sur la minorité sunnite, il manie carotte et bâton. Aux Kurdes, il promet d'abord l'autonomie, puis les poursuit dans leurs retraites montagneuses du Nord. Fin mars 1988, comme en Iran, il utilise des armes chimiques contre le village kurde d'Halabja, faisant 5 000 morts. La campagne Anfal de 87-88, objet de son deuxième procès, qui était en cours, tue quelque 180 000 Kurdes.
Avec les chiites, majoritaires dans le Sud et très menaçants du fait de l'exemple iranien, il se montre assez habile en restaurant leurs lieux de culte, mais aussi impitoyable. En 1980, il fait exécuter le grand ayatollah Mohammed Bakr al-Sadr, un des six grands dignitaires de l'islam chiite. Et juste après la guerre du Golfe en mars 1991, il écrasera dans le sang la révolte des chiites lâchés par George Bush père, qui les avait incités à se soulever.
Si le raïs s'appuie sur sa famille et le clan des Takriti, accordant de larges pouvoirs à ses fils Oudaï et Qoussaï (tués en juillet 2003 lors de l'intervention américaine), sa parentèle n'est pas à l'abri des représailles. En août 1995, deux de ses gendres, également ses cousins, s'exilent avec leurs femmes en Jordanie. En février 1996, ils rentrent en Irak, assurés du pardon de Saddam Hussein. Moins de trois jours plus tard, ils sont exécutés.
L'une des grandes ambitions de Saddam Hussein aura été de doter l'Irak de la bombe atomique. Grâce à une centrale nucléaire fournie par la France, il est proche du but quand en 1981 un raid israélien détruit le réacteur nucléaire d'Osirak. Mais tout au long des années 80 il se procurera auprès de sociétés occidentales un véritable arsenal chimique et bactériologique.
En dépit du processus d'inspection de l'ONU, souvent chaotique, Saddam Hussein n'a cessé de provoquer des confrontations sporadiques avec la communauté internationale, s'attirant à plusieurs reprises une riposte militaire américaine, comme lors de la campagne de bombardement de décembre 1998 à la suite d'un nouveau bras de fer avec les inspecteurs de l'ONU chargés de vérifier l'élimination des armes de destruction massive.
Mais en 2003, le président George Bush fils décide de «finir le travail» commencé par son père et, Saddam Hussein ayant refusé de se rendre, la coalition envahit l'Irak dans la nuit du 19 au 20 mars. La chute du régime est rapide mais trois ans plus tard, la guerre n'est toujours par finie, tandis qu'aucune trace des supposées armes de destruction massive irakienne n'a été trouvée.
BAGDAD (AP) - Voici quelques exemples d'atrocités commises par le régime de Saddam Hussein en Irak:
Saddam Hussein a été exécuté à Bagdad
2006-12-30 14:07:13 par XINHUA
BAGDAD, 30 décembre (XINHUA) -- L'ancien président irakien Saddam Hussein a été pendue samedi peu avant 06H00 locales (03H00 GMT), a rapporté la chaîne de télévision irakienne TV Hurra; La chaîne de télévison Arabiya a rapporté également l'exécution de Saddam Hussein.
Saddam Hussein, né le 28 avril 1937, a été destitué par l'invasion de l'Irak sous commandement américain en 2003. Il a été détenu dans un camp américain près de l'aéroport international de Bagdad avant d'être remis aux autorités irakiennes pour son exécution ce samedi.
Saddam Hussein a été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl, au nord de Bagdad, en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982.
Le 3 décembre, les avocats de Saddam ont fait officiellement appel pour s'opposer à la peine de mort punissant Saddam et deux autres accusés.
Cependant, le président de la cour d'appel irakienne a annoncé mardi que la cour maintenait la sentence de mort à l'encontre de Saddam Hussein.

