Le "Gainsbarre" de la politique belge plébiscité par l'opinion

Publié le par david castel

LE MONDE | 25.12.06 | 15h01  •  Mis à jour le 25.12.06 | 15h15
BRUXELLES CORRESPONDANT
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Bourré de talent, d'humour, bourré tout court, le ministre socialiste wallon Michel Daerden devient un véritable phénomène. Sa popularité a débordé les frontières de la Belgique après une enivrante prestation télévisuelle, le 8 octobre.

Ce soir-là, à l'issue d'élections municipales qu'il remporta à Ans, près de Liège, le ministre du budget, de l'équipement et du patrimoine de Wallonie s'est livré devant les caméras à une prestation devenue un "must" sur le site You Tube. Des dizaines de milliers d'internautes se sont esclaffés en le voyant éméché, l'oeil vitreux, tenir des propos incohérents. Radio Canada a même fait de ce Liégeois méconnu "l'un des politiciens les plus drôles au monde".

S'ensuit une véritable "Daerdenmania" dans son pays : un quotidien a proposé un tee-shirt à son effigie ; il sera l'invité vedette des bêtisiers de fin d'année ; les imitateurs rivalisent pour coller au ton inimitable du ministre et répéter sa formule - "Vous prendrez bien une petite coupe ?".

"CLOWN PUISSANT"

Bon prince - à moins qu'il ne soit un communicateur avisé -, Michel Daerden s'est, depuis, coulé avec bonheur dans son nouveau rôle. Il récompensera personnellement l'amuseur qui se sera le mieux moqué de lui. Il se présente comme le "Gainsbarre" de la politique belge. Il dément avoir été totalement saoul lors de sa célèbre apparition : "Pas plus que d'habitude", assure-t-il. L'opinion a, en tout cas, plébiscité le responsable socialiste dans un récent sondage : + 9 points d'un coup au hit-parade trimestriel des responsables wallons publiés par La Libre Belgique.

Cette popularité interpelle les observateurs qui, divisés, tentent d'analyser les ressorts d'un homme qui, avant cela, était présenté comme un bon gestionnaire, mais tellement porté sur la bouteille qu'il lui arriva de s'endormir devant les caméras. Pour certains, le ministre "donne du plaisir aux Belges" parce qu'il est drôle, éloigné des canons du technocrate moyen et qu'il assume sa différence. Pour d'autres, il n'est que la caricature du Wallon tel que le voient les Flamands.

Dans l'hebdomadaire Le Vif-L'Express, qui a consacré sa "une" à celui qu'il appelle "le clown le plus puissant de Wallonie", en raison de son omniprésence dans la sphère économico-politique, un universitaire affirme qu'il sortira un peu plus discrédité de l'aventure, et, qu'à travers lui, "c'est la crédibilité de la vie publique dans son ensemble qui en prend un coup". Pour l'heure, le PS francophone s'accommode des frasques de ce ministre, même s'il cadre mal avec l'image policée de son président, Elio Di Rupo.

Mais la célébrité a ses revers. Des langues se délient et racontent la trivialité, le machisme et l'arrogance du "gentil Michel", l'homme qui aurait lâché à une journaliste : "Tu vas voir ce qui va t'arriver", car elle l'aurait fait passer en plateau après l'un de ses rivaux.

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 26.12.06. Abonnez-vous au journal : 15€/mois
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