Le cinéma italien

Publié le par david castel


Lors de la sixième édition du Festival International du Film, qu’a abrité la ville de Marrakech du 1er au 9 décembre, un hommage a été rendu au cinéma italien. Un cinéma connu pour être original, sobre et largement populaire.

Le pionnier du cinéma italien est Filoteo Alberini, photographe, metteur en scène et industriel avisé. S’inspirant des Frères Lumière, il fabrique un appareil le « Kinetographe », tourne en 1904 une première superproduction, « La prise de Rome » et ouvre à Rome le cinéma « Moderno ». La CINES, grande firme nationale, sera créée peu après.

La vogue ira d’emblée aux films historiques ou s’illustreront des cinéastes tels que Mario Caserini, Enrico Guazzoni et Giovanni Pastrone. C’est à ce dernier que l’on doit « Cabiria », le chef d’œuvre du genre, réalisé en collaboration avec l’écrivain mondain Gabriele d’Annuzio. Jusqu’en 1918, l’Italie connaîtra une production intensive, dans un style de superproduction à l’antique ou peplum qui influencera les Américains, à commencer par David Griffith. Un autre genre prisé est le mélodrame sentimental, marqué par le règne des stars ou divas (Lyda Borelli, Francesca Bertini, Pina Menichelli, ...). Entre 1920 et 1930, le cinéma italien, concurrencé par l’Amérique, perd son hégémonie. On ne tourne plus que 7 à 8 films par an. De nombreux metteurs en scène émigrent.

« Les derniers jours de Pompei » (1926) de Carmine Gallone sonne le glas d’une production moribonde.

Au parlant, le cinéma italien connaîtra un second souffle avec les comédies légères de Mario Camerini ou s’impose un jeune premier nommé Vittorio de Sica. Alessandro Blasetti évolue du film historique engagé à la comédie populiste en passant par le peplum baroque. Sous l’impulsion du Duce, on tourne quelques films à la gloire du régime. Cinecitta est édifiée en 1937. Les autres cinéastes importants du moment son Amleto Palermi, Fernandino Poggioli et l’écrivain Mario Soldati.

En 1935 a été créé le centre expérimental de Rome. Son influence, jointe à celle de la revue « Bianco de Nero », va entraîner un renouveau du cinéma italien. Battus en brèche par la jeune critique, les drames psychologiques mondains, désignés sous le terme péjoratif de cinéma des téléphones blancs, et les pompeuses reconstitutions en costumes, vont céder la place à des sujets puisés dans la vie quotidienne.

Umberto Barbaro appellera cette tendance « néo-réalisme » en référence à la littérature de Giovanni Verga. Luchino Visconti, un jeune aristocrate converti au marxisme, donnera le ton avec « Ossessione » (1942). Au lendemain de la guerre, ce courant s’épanouira avec les films de Roberto Rossellini et Luchino Visconti. Vittorio De Sica, devenu réalisateur, tourne des scénarios de Cesare Zavattini. Egalement Aldo Vergano, Gusseppe de Santis, Luigi Zampa, Luciano Emmer. Sur les ruines de la guerre, s’édifie un nouveau cinéma, humain, social, tourné vers le peuple. Cela durera jusqu’en 1953.

Bien que formés par le néo-réalisme, des jeunes tels que Federico Fellini et Michelangelo Antonioni s’en éloigneront peu à peu : le premier dans la voie d’un cinéma à grand spectacle, nourri de subjectivité et de sarcasme critique, le second dans la psychologie et l’esthétisme. Visconti lui-mêmee évolue vers l’opéra baroque, et Rossellini délaisse le cinéma pour la télévision. Le néo-réalisme connaîtra pourtant un nouvel essor dans les années 60 avec des films très orientés à gauche de Francesco Rosi, Vittoro de Seta, Ermanno Olmi, Bernardo Bertolucci, Marco Bellocho, les frères Tiviani.

Quand aux stars, elles font toujours recette. Après Isa Miranda, Anna Maghani, Toto, voici Vittorio Gassman, Albertoo Sordi, Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Gian Maria Volonte. Le peplum connaît un regain d’intérêt avec la série de Maciste, Hercule, Ulysse et Ursus, relayée bientôt par le western-Spaghetti dont le maître est Sergio Leone, et le fantastique. La comédie révèle Luigi Comencini, Dino Risi, Ettore Scola. Un écrivain cinéaste, tel que Pier Paolo Pasolini fait parler de lui, pour le meilleur et pour le pire. La crise qui secoue le cinéma mondial semble épargner l’Italie, pourtant en proie à une instabilité politique et à des conflits sociaux graves. La grande force du cinéma italien est sans doute de refléter exactement, aujourd’hui comme hier, tous les aspects d’un pays en perpétuelle effervescence, c’est d’avoir su rester, par-delà les bouleversements et les modes, un art authentiquement populaire.


Edité le: samedi 16 décembre 2006.
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Publié dans Cinéfmatografile

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