Nina Milkina, pianiste russe

Publié le par david castel

LE MONDE | 13.12.06 | 16h21  •  Mis à jour le 13.12.06 | 16h21
A 8 heures par e-mail, recevez la Check-list, votre quotidien du matin.
Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts
Augmentez la taille du texte
Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
Recommandez cet article
Citez cet article sur votre blog
Classez cet article
La pianiste russe Nina Milkina est morte mardi 28 novembre à Londres, où elle vivait. Elle était âgée de 87 ans.

Contemporaine de Rosalyn Tureck, cette grande dame russe du piano anglais se distinguait par un jeu élégant, d'une grande subtilité, et par un toucher raffiné. Interprète reconnue de Mozart et de Chopin, celle que l'on surnommait "la musicienne des musiciens" n'était pas une pianiste taillée pour la démesure des grands concertos romantiques, mais elle excellait dans un répertoire intime, à l'image de sa personne, dotée d'un charme puissant. Nina Milkina était née à Moscou le 27 janvier 1919.


En 1926, elle arrive à Paris avec ses parents (père portraitiste de Prokofiev et Moussorgski, mère harpiste). C'est là qu'elle commence à travailler au Conservatoire de Paris avec le pianiste Leon Conus, ami de Rachmaninov. Elle prend également des cours de composition avec Alexander Glazounov, qu'elle appelle "grand-père". A 10 ans, sa rencontre avec Rachmaninov, à qui elle joue plusieurs de ses Préludes, lui vaut une lettre de félicitations, qu'elle gardera toute sa vie comme un talisman.

En 1932, Nina Milkina est à Londres. Elle prend des cours particuliers avec les grands pédagogues Tobias Matthay (auprès de qui passeront tous les grands pianistes anglais du début du XXe siècle, Myra Hess, Moura Lympany notamment) et Harold Craxton, lequel restera son mentor jusqu'à sa mort, en 1971. A 17 ans, Nina Milkina, qui possède une formidable technique, fait de fréquentes apparitions publiques, joue le Concerto no 4 en sol majeur de Beethoven avec le London Symphony Orchestra. Chopin et Schumann sont déjà au coeur de son répertoire, mais elle joue aussi Debussy, Ravel et Mozart, une passion sans doute encouragée par son amitié avec le pianiste anglais Clifford Curzon, qui habite le même immeuble de Belsize Park.

En 1939, Nina Milkina est une artiste établie à Londres. Elle se produit pour la BBC, aux Proms, sous la direction de Sir Henry Wood, tandis que Myra Hess l'invite à la série de concerts qu'elle organise pour les soldats à la National Gallery. C'est au cours d'un de ces concerts pour les troupes, à Bornemouth, qu'elle rencontre son futur mari, le soldat Alistair Sedgwick, qu'elle épousera en 1943. Entre-temps, ses parents ont été déportés en Allemagne et mourront dans les chambres à gaz.

C'est sous le signe de Mozart que Nina Milkina aborde l'après-guerre : en 1946, elle interprète l'intégrale des sonates pour la BBC. Dix ans plus tard, pour les célébrations du bicentenaire de la naissance de Mozart, c'est au Festival d'Edimbourg (dont elle sera une habituée, de 1951 à 1966) qu'elle les joue, à moitié sur un piano, à moitié sur un pianoforte. Dans cette période qu'elle appellera elle-même le "Mozart Gold Rush", elle réhabilite et fait triompher des oeuvres peu jouées du compositeur comme les concertos de jeunesse.

Dans les années 1980, Nina Milkina est atteinte d'un cancer : elle enregistre en studio, avant que la maladie ne la contraigne à arrêter sa carrière, en 1991. Elle devient alors un professeur aimé des jeunes pianistes, tels Murray Perahia et Leon McCawley. Parmi les grands enregistrements de Nina Milkina (ceux qui ont reçu l'aval de l'artiste) figurent des concertos et des sonates pour piano de Mozart, des sonates de Scarlatti et les Mazurkas de Chopin.

Marie-Aude Roux
Publicité

Publié dans LAETITIA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article