La Trahison du Che !

Publié le par david castel

par Richard Patrosso
  lundi 11 décembre 2006  Envoyer l'article
  42 réactions  Imprimer
  Ecouter MP3  (Readspeaker)   Ecrire un commentaire
   Articles de cet auteur
La Trahison du Che !

Jean-Pierre Chevènement a annoncé son retrait à la course à l’Elysée après trente-quatre jours de campagne moribonde.

 « Même mort, je reviens ! » Telle était sa nouvelle devise, répondant ainsi à tous ceux, médias et socialistes, qui avaient voulu l’enterrer vivant ces cinq dernières années après la déroute de Lionel Jospin lors de l’élection présidentielle de 2002. Depuis ce 21 Avril qui restera dans l’Histoire de la politique française, Jean-Pierre Chevènement dut se battre pour être entendu. Cinq ans après sa campagne ratée, un soir de Novembre 2006, sur le plateau du célèbre Patrick Poivre D’Arvor, JPC remettait ça ! Tel un sportif qui remonte en selle déterminé à ne pas rater son rendez-vous cette fois, répondant avec la plus grande franchise à PPDA qui ne le prenait pas au sérieux : « Quand on part, c’est pour aller jusqu’au bout ! ». Aujourd’hui, 34 jours plus tard, le célèbre journaliste avait raison : Jean-Pierre Chevènement se livre au même sort que Christiane Taubira, abandonnant la République au profit de quelques circonscriptions.

 L’Espoir républicain

 Quarante ans ont passé depuis son adhésion à la S.F.I.O. En quatre décennies, Jean-Pierre Chevènement a créé le CERES, refondé le Parti Socialiste à Epinay en 1971, rédigé le programme présidentiel du candidat François Mitterrand en 1974, battu « la deuxième Gauche » incarnée par Michel Rocard (aujourd’hui Ségolène Royal) lors du Congrès de Metz en 1979, rédigé de nouveau le programme présidentiel, vainqueur cette fois, de 1981 avant de démissionner de sa fonction de Ministre en 1983 pour protester contre « la parenthèse libérale » ouverte par son gouvernement lançant la célèbre phrase : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ! ». Qui aujourd’hui et à l’époque aurait préféré ses idées politiques à une fonction de Ministre ? Jean-Pierre Chevènement avait plus que du courage : de la conviction. C’était un homme de paroles. Il dit « NON » au Traité de Maastricht, puis quitte en 1993, le parti politique qu’il a fondé 22 ans plus tôt.
 On dit que les politiques sont corrompus. JPC montre toujours qu’il préfère l’intérêt général à son ambition personnelle. Ainsi, il démissionne trois fois du Gouvernement. En 2002, il fonde le « Pôle Républicain », allant « au-delà de la Gauche et au-delà de la Droite » comme autrefois le Général de Gaulle se situait « au dessus du jeu des Partis » afin de mener une politique raisonnable et non passionnée par quelconque calcul malsain.
 Ce 6 Novembre 2006, c’est un homme de paroles et de convictions qui se présente au journal de 20 heures de TF1 pour annoncer sa candidature à l’élection présidentielle à venir alors qu’au même moment Ségolène Royal est l’invitée de David Pujadas. Lorsque celui-ci lui apprend que « l’enfant terrible de la Gauche » est candidat, celle-ci, assassinée en direct, mais non morte, reste blême et cherche ses mots.
 De son côté, le Che suscite l’espoir républicain. Le 13 Novembre, il présente son programme Place de la République devant trois cents sympathisants comme autrefois le Général de Gaulle avait présenté la Cinquième République au Peuple de France. Le programme est extrêmement riche de propositions et ce jour-là, le Che, dans une forme exceptionnelle, montre son dynamisme en parlant aux journalistes debout devant la photo de Marianne pendant plus d’une heure.
 Le mardi 28 Novembre, il lance définitivement sa campagne à Paris dans un meeting au gymnase Japy. Il déclare que « l’antilibéralisme n’est pas un programme en soi » et que « le candidat antilibéral, c’est [lui] ! » déferlant enfin l’espoir républicain. Dans ce discours, Chevènement avait commencé par dénoncer toutes les dérives libérales du P.S depuis des années, ce qui laissait à conclure, contrairement à ce qu’il prétendait, que Ségolène Royal était bel et bien de Droite.

 La trahison impardonnable

 En ce dimanche 10 décembre, après avoir dénoncé le « programme ambigu et dangereux » du P.S pendant de longues semaines, Jean-Pierre Chevènement se retire de la course à l’Elysée au profit de Ségolène Royal. Son retrait n’est pas gratuit. Le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), son parti politique, et le PS ont conclu un accord de Gouvernement en cas de victoire commune lors des prochaines élections législatives. Elections où le PS offre le nombre ridicule de dix circonscriptions au MRC, si ce n’est pas moins. Chevènement pourra ainsi retrouver Belfort. Pour la première fois dans sa carrière politique, Chevènement aura préféré son destin personnel à l’intérêt du Pays, abandonnant la République qu’il prétendait défendre et représenter depuis quarante ans. Autrefois, les Républicains parlaient de la trahison de Danton, puis de celle de Robespierre. En ce début de troisième millénaire, huit jours après le 18 brumaire de Bayrou, la République connaît une nouvelle trahison : celle de Jean-Pierre Chevènement. Y aurait-il alors une fatalité dans l’Histoire à ce que chaque républicain soit amené à trahir leur enfant chérie un jour ?
 Aujourd’hui, Chevènement n’est plus que l’ombre de lui-même, la honte de ses idées et le diable de son combat. Il a abandonné le navire comme autrefois Jospin et est monté sur l’embarcation de l’ennemi pour voguer avec lui à vent contraire d’une vie solitaire que l’on croyait bien remplie. Le Che ne quittera pas la politique avec les honneurs. En un jour de Décembre 2006, il a donné raison à tous ceux qui le tenaient pour responsable de l’échec du Premier Ministre candidat en 2002, tournant le dos à tous ceux qui partageaient les mêmes idées que lui et qui pensaient qu’il était le mieux placé pour les représenter.
 Certains diront que l’argument de ce retrait n’est qu’une façade, que Chevènement et son mouvement ont été victimes de chantage, qu’aujourd’hui Monsieur Chevènement lèche les pieds de Madame Royal pour survivre afin de se refaire et de revenir un jour, quand on le croira une nouvelle fois mort, défendre la République. Certains de ses proches diront qu’il n’avait pas assez d’argent pour faire campagne et trop de médias contre lui pour gagner. A ceux-là ; que leur répondre à part que Chevènement, par son attitude, s’est définitivement décrédibilisé auprès de la presse et de l’opinion ?
 En 1940, après l’Appel du 18 Juin, le Général de Gaulle, plus que jamais seul face à l’ennemi composé de milliers de troupes militaires n’a pas cédé. Il ne s’est pas rallié à Pétain, prétextant qu’il valait mieux ce denier collabo que Hitler lui-même. L’ancien Président ira jusqu’à défier les plus puissants de ce Monde sur la scène internationale dans un milieu où la Mafia faisait rage. C’était un homme de conviction. Chevènement, lui, dans cette situation à modèle bien réduit et ridicule n’a pas tenu plus de trente-quatre jours, se ralliant à la Madone des sondages, contre Sarkozy dit-il, oubliant que ces deux-là, comme il le disait lui-même pour Jospin et Chirac en 2002, « c’est bonnet blanc et blanc bonnet ».

Richard Patrosso

URL TRACKBACK : http://www.agoravox.fr/tb_receive.php3?id_article=16603
Publicité

Publié dans Mundial 2006

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article