Opération tour du Bond

Publié le par david castel

Eva Green as Vesper Lynd, Daniel Craig as James Bond and Caterina Murino as Solange
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Bond (Daniel Craig) has a chat while Solange (Caterina Murino) looks on.
Enigmatic ... Eva Green at the London premiere of Casino Royale.

Enigmatic ... Eva Green at the London premiere of Casino Royale.
Photo: AP


[ 17/11/06 ]


Avant la sortie du nouveau « Casino Royale », notre agent piste 007.

J'étais sur le point de me marier, ce qui est une chose très risquée. J'ai créé Bond afin de m'isoler des ondes de ce choc. » Laconique et un brin mufle, l'explication de la naissance de l'agent secret le plus célèbre de tous les temps fut livrée en 1963, en préface d'une nouvelle édition de « Casino Royale » par Ian Lancaster Fleming himself. Charmant pour Mrs Geraldine Fleming, qui, d'ailleurs, se plaignit longtemps d'avoir vécu un ménage à trois avec son mari et 007. Devenue veuve en 1964, elle put néanmoins, grâce à cet amant secret, dormir sur un tas d'or en sa retraite jamaïcaine, somptueuse propriété achetée par Fleming et baptisée « Goldeneye ». Non que ladite bicoque fut payée avec les droits d'auteur du roman éponyme, mais parce que Fleming vouait un culte au roman de Carson McCullers, « Reflections in a Golden Eye ».

Suprême pastiche

La nouvelle adaptation cinématographique de « Casino Royale » que l'on pourra voir à partir de mercredi prochain est un bon film. La première, celle de 1967, était somptueuse et délirante. Postérieur aux quatre premiers Bond à succès, ce pastiche rassembla le gratin du cinéma hollywoodien - Orson Welles, Deborah Kerr, George Raft, William Holden - et européen - Jean-Paul Belmondo, Dahlia Lavi, Charles Boyer - et, cerise sur le gâteau, offrit sur un plateau au suave David Niven la douce vengeance de jouer James Bond après avoir été évincé par les producteurs de « Dr No », parce que trop cher. Il campe un James Bond vieillissant, à la retraite, rangé des Aston-Martin. Et doté d'un fils mégalomane et imbécile, Jimmy Bond, interprété en toute loufoquerie par Woody Allen - également auteur du scénario écrit à vingt mains par Peter Sellers, Billy Wilder, Ben Hecht, Terry Southern, John Law... et réalisé par six metteurs en scène différents. Les scènes réunissant Sellers et Ursula Andress sont un sommet. Lancée par « Dr No » au sortir de l'onde en bikini de coton ivoire, la Suissesse, qui végétait à Hollywood depuis 1955, fut le sex-symbol absolu des « sixties ». Dans « Casino Royale » elle interprète le rôle de l'omnipotente Vesper Lynd. Le tout est enrubanné d'une bande originale composée par Burt Bacharach, dont la chanson principale « The Look of Love » interprétée par Dusty Springfield fut un énorme succès. Premier des douze romans et deux collections de nouvelles écrits par Ian Fleming et publiés entre 1953 et 1966, « Casino Royale » échappa jusqu'en 2000 à la « franchise », autrement dit le « business James Bond ». Bouillant que ses romans, écrits comme des scénarios, soient boudés par le cinéma, Fleming avait bradé en 1954 les droits de « Casino Royale » à la Columbia, qui dans un premier temps se contenta d'une adaptation télé pâlotte. Les droits resteront dans l'escarcelle de la Columbia, qui s'empressera de s'en souvenir et d'en exploiter la veine après le phénoménal succès des quatre premiers 007 sur grand écran produits entre 1962 et 1965 par la firme EON, société détentrice des droits des autres James Bond sur les films : « James Bond contre Dr No », « Bons Baisers de Russie », « Goldfinger » et « Opération Tonnerre ». Tourné avec un budget indigent de 900.000 dollars, « Dr No » en avait rapporté 355 millions. Quant à « Opération Tonnerre », avec ses 806 millions de dollars, il reste le champion inégalé de la saga bondienne, juste devant « Goldfinger » (705 millions de dollars).

Quatre questions dans le vent

Lanterne rouge de la série, un James Bond plus tardif : « Permis de tuer » (« Licence to Kill », 1989) ne réunit que 227 millions de dollars. C'est le plus détesté des Bond par ses fans car 007 est incarné par Timothy Dalton. « Aucun 007 où Bond est mal élevé et agressif envers Q ne mérite une place dans cet ouvrage ! », s'insurgent Martin Buckley et Andrew Roberts, auteurs de l'ouvrage « Cars in Films » (Haynes Ed.) où, naturellement, les voitures de James Bond occupent tout un copieux chapitre. Car depuis la Sunbeam Alpine pilotée dans « Dr No » jusqu'aux BMW des 007 de récente facture, les voitures de Bond passionnent le public. Et font trépigner les collectionneurs.

Depuis maintenant quarante ans, à peine le dernier James Bond est-il sur les écrans que déjà le monder entier se pose quatre questions à propos du prochain, dans un ordre d'intérêt croissant : Qui chante la chanson ? Quelle voiture conduira 007 ? Qui sera le méchant ? Et, bien sûr, qui jouera Bond ? Concernant le nouveau « Casino Royale » qui sort, voici quelques réponses, mises en parallèle avec les grands choix passés...

C'est Chris Cornell, chanteur du groupe Audioslave, qui entonne la chanson-titre « You Know my Name », non sans contrevenir à la règle qui exige, depuis « Goldfinger » que le titre de la chanson principale soit aussi celui du film, histoire d'ajouter à sa publicité. La chanteuse anglaise Shirley Bassey fit un carton de « Goldfinger », aujourd'hui encore la plus emblématique de toutes celles écrites et composées pour la série, devant « Live and Let Die » de Paul McCartney.

Ensuite la voiture : « Casino Royale » étant le roman matriciel du mythe James Bond, sa nouvelle adaptation replace l'agent secret de Sa Majesté aux origines de sa légende. Comment Bond est devenu 007 (« permis de tuer »), et comment il troque sa Bentley Continental 54 (décrite par Fleming dans le livre) pour la fameuse Aston-Marton DB5, gagnée au jeu sur un méchant en puissance.

Le méchant maintenant, ou plutôt la (presque) méchante : après Ursula Andress, version parodique 1967, c'est la Française Eva Green qui interprète la fabuleuse Vesper Lynd. Découverte par Bernardo Bertolucci dans « Innocents - The Dreamers », la jeune actrice est la fille de Marlène Jobert. Il y a aussi un tas de méchants testostéronés dans « Casino Royale », dont le Chiffre, mais rien de comparable à Jaws, le géant aux machoires d'acier qui terrorisa les foules et donna par deux fois bien du fil à retordre - qu'il mordait à pleines dents - à ce cher James dans « L'Espion qui m'aimait » et dans « Moonraker ».

James « Blond »

Enfin, attardons-nous sur le héros de l'histoire... James Bond : 1,83 mètre, 76 kilos, yeux bleux, cheveux noirs avec une mèche tombant sur le front et une cicatrice sur la joue droite. Ainsi décrit par Fleming, James Bond est autant un agent secret qu'une sorte de techno-dandy qui lit le « Times », boit du champagne Taittinger frappé au givre du Mont-Blanc, réclame ses Dry Martini « stirred, not shaked », fume cinq cigarettes à l'heure, des Morland Special, porte des costumes droits sortant des meilleurs faiseurs de Savile Row, des chemises blanches, des cravates en soie noire tricotée et, le soir, smoking et papillon noir noué Slim Jim.

Dès ses débuts, Fleming fit de Bond un caractère bien trempé rayon maniaqueries : ainsi, dans la courte nouvelle « 007 in New York » publiée en 1959, le gaillard déplore l'incapacité des restaurants à servir des toasts autrement qu'humides et l'inanité des « scrambled eggs ». Et Fleming de livrer la recette des « oeufs brouillés à la James Bond » : 12 oeufs pour 4 personnes, du beurre à gogo, des petits oignons et de la ciboulette. Préparer, mélanger, cuire et déposer le tout, mousseux, sur des tranches de pain de mie toasté (sec !), beurré, le tout arrosé de champagne rosé Taittinger.

A ce régime, on se demande bien comment Bond, avec un tel bilan lipidique, aura tenu le coup et la ligne quarante ans durant. Et sera resté aussi sexy. Avant Bond, la plupart des espions et des agents secrets du cinéma dégageaient le sex-appeal d'une sole meunière. Avec Bond, l'espion sera automatiquement une « love machine » ravageuse. Ainsi profilé, James Bond est aujourd'hui interprété par l'acteur anglais Daniel Craig, décrété « le Bond le plus âpre, le plus redoutable depuis Sean Connery ».

Depuis « Dr No », c'est à l'aune animale et sexy de l'Ecossais le plus célèbre du 7e art que tous les Bond successeurs et successifs durent et doivent se mesurer, de Roger Moore au météorique George Lazenby, de Timothy Dalton à Pierce Brosnan. Raillé et moqué à grands coups de James « Blond », Craig, le petit nouveau, est effectivement le premier 007 non brun. Et, paradoxalement, celui dont le parcours artistique pré-Bond ressemble le plus à celui de Sean Connery à ses débuts. Portant beau le maillot de bain La Perla Uomo et le costume Brioni, âgé de trente-sept ans, acteur de théâtre, déjà vu au cinéma dans « Lara Croft » et dans « Munich » de Spielberg, vaguement célèbre pour avoir flirtouillé avec Kate Moss, Daniel Craig incarne un 007 basique. On attend le verdict des bondophiles.

Symptômes de la bondmania

Enfant, ce dernier s'est concentré sur la reproduction de l'automobile avec ses gadgets. Produite à 3.900.000 exemplaires, l'Aston-Marton DB5 s'imposa comme le deuxième best-seller du 1/43 derrière la Batmobile. Intacte, la chose désormais rarissime affiche aujourd'hui une cote à 650 euros ! Devenu adulte, le bondophile accumule les faits, les statistiques (Bond a tué 586 des 1.183 morts de ses films), les anecdotes, adule les Bond girls dont les patronymes salaces (Holly Goodhead, Pussy Galore) font passer San Antonio pour Jean d'Ormesson, idolâtre les Françaises qui en furent - Claudine Auger, Corinne Cléry, Carole Bouquet, Sophie Marceau...

Autre marotte des bondmaniaques, les faux 007. Une vaste famille d'agents secrets, tentant de sauver le monde occidental d'une menace parasitée par un tas de poulettes bien roulées, et tous joués par des thons aussi expressifs qu'une bûche. A part James Coburn avec la série des « Flint », Dean Martin avec celle des « Matt Helm » et Frederick Stafford avec celle des OSS 117 qui reprend du service et du poil de la bête dans la peau goguenarde de Jean Dujardin (gros succès public), ce 2e bureau fut encombré de tocards, surnommés en Italie « Mr Kiss Kiss Bang Bang ». Hâtivement tournés au mètre en Italie et en Espagne, voici surgir « Agente 3S3 » (avec Giorgio Ardisson), « Agente Segreto 070 » (avec Dan Christian), « AG 777 » (avec Mark Damon) ou « Agente 077 » (avec Ken Clark).

Ceux qui ne furent pas James Bond animent également les forums des clubs de fans et les pages des nombreux ouvrages consacrées à 007. Fleming rêvait d'Hitchcock et de Cary Grant mais aussi de Richard Burton pour porter et incarner son héros au cinéma. On sait moins que James Mason et James Stewart furent pressentis puis écartés car trop vieux. Recalé aussi Patrick Mac Goohan, alors héros de la série d'espionnage « Danger Man » et pas encore Prisonnier no 6, et Roger Moore « jeune » - le premier ayant le tort d'être américain, le second, aux yeux des producteurs Harry Saltzman et Albert Broccoli, de ne pas être assez viril (!). Résultat, 600 postulants jouèrent des coudes pour être Bond au cinéma, tous coiffés au poteau par Sean Connery qui a-bondera jusqu'aux « Diamants sont éternels ». Pour la suite, Burt Reynolds avait toutes les faveurs de Saltzman. Mais veto de Broccoli : 007 doit et ne peut être que britannique ! Hier jugé chochotte, Roger Moore fit donc l'affaire.

Pour finir, voici un réjouissant listing des titres français originaux des romans de James Bond depuis 1957 chez Gallimard et aux Presses Internationales : « Requins et services secrets » (« Live and Let Die »), « Entourloupe dans l'azimut » (« Moonraker »), « Chauds les glaçons ! » (« Diamonds are Forever »), « Echec à l'Orient-Express » (« From Russia with Love »), « Opération Chloroforme » (« Goldfinger »), « Motel 007 » (« The Spy who Loved Me »)... Inutile de préciser qu'une fois Bond sur les ciné-rails, les éditeurs français se sont empressés de redonner un titre décent à ces ouvrages, histoire d'éviter le « 000 » pointé. Par chance, personne ne s'est risqué à franciser le nom de James Bond : Jacques Lien.

PIERRE LÉONFORTÉ



Mon nom est Green... Eva Green
Eva Bartolucci. Madame Figaro. Photos: Gaumon Columbia Tristar Films

Révélée dans «Innocents» de Bertolucci, la fille de Marlène Jobert rejoint le cercle très convoité des James Bond Girls dans «Casino Royale», le nouveau 007, aux côtés de David Craig.

Hollywood déploie son tapis rouge sous les pieds d’Eva Green, la fille de Marlène Jobert, qu’on avait découverte sous toutes les coutures dans «Innocents », de Bernardo Bertolucci. La petite «Frenchie» brûle les étapes : la voilà James Bond girl, un choix qui a valeur de consécration internationale. Son petit nom dans « Casino Royale »* ? Vesper Lynd. Dans le panthéon des « beaucoup d’appelées, peu d’élues », elle rejoint Claudine Auger, Carole Bouquet et Sophie Marceau, escortes nationales historiques de l’agent 007. L’agent 007? Lui aussi a changé. Il a les traits massifs de Daniel Graig, acteur anglais vu récemment dans «Munich», de Spielberg. Chez Marlène Jobert, sa mère protectrice, nous avons rencontré Eva Green, qui reprend son souffle avant de commencer le tournage de « The Golden Compass », avec Nicole Kidman SVP.

« Madame Figaro ». – Comment avez-vous été choisie pour ce rôle si convoité alors que Charlize Theron et Angelina Jolie étaient envisagées ?

Eva Green. – J’ai passé des essais comme d’autres actrices américaines et anglaises plus connues que moi. Quelques jours avant le tournage, on m’a informée que j’incarnerais la partenaire de James Bond! J’ai ressenti une grande émotion, comme un plongeon dans le grand bain. La productrice de « Casino Royale », Barbara Broccoli, m’a beaucoup soutenue, mais c’est Daniel Craig/James Bond qui m’a donné le coup de pouce final. Il m’a dit : « C’est vous que je veux! » Puis, j’ai immédiatement été immergée dans la lessiveuse hollywoodienne : il m’a fallu filer aux Bahamas deux jours plus tard. C’était génial et... stressant : on m’interviewait toute la journée alors que je n’avais pas commencé... les fameuses « press-junkets », interviews TV à la chaîne et tables rondes; de l’esclavage, la pression maximale...

– Le côté poupée et « femme-objet» des anciennes James Bond girls vous choquait-il ?

– Oui, c’est pour cela qu’au départ j’étais hésitante. Ce qui m’a décidée, c’est que dans le film je suis l’égale de Bond : j’atténue son côté macho! Vesper, mon personnage, sait le titiller sur les points sensibles avec un franc-parler qui n’est pas pour lui déplaire. En même temps, elle a une sensibilité et une vulnérabilité qui nous éloignent d’une Lara Croft.

– Que pensez-vous de Daniel Graig, le nouveau James Bond?

– Sean Connery était mon préféré avant que je connaisse Daniel Craig. Je l’adore. Il est très beau et c’est un comédien parfait. Dans la vie, c’est un vrai gentleman et en même temps c’est un mec-mec qui joue avec sa tête et son corps. Bref, c’est l’essence de l’homme!

– Dans le film, James Bond dit à Vesper : « Je suis tombé amoureux d’une énigme. » Vous-même, êtes-vous énigmatique ?

– Comme je n’entre pas dans un moule traditionnel et que je ne suis pas formatée comme beaucoup d’actrices hollywoodiennes, on me trouve « différente», avec une petite folie à fleur de peau. Je suis dans une bulle, parfois inaccessible même dans la vraie vie. Pour moi, jouer, c’est comme une thérapie...

– Votre entrée fracassante dans le star-système bouleverse-t-elle votre vie personnelle et amoureuse ?

– Oui. Je suis obligée de voyager beaucoup, et cela complique les relations. C’est difficile, mais c’est encore du domaine du possible...

– La rumeur dit que vous sortez avec un acteur. Pensez-vous que les couples d’acteurs soient viables ?

– Je me suis posé la question durant plusieurs années... Avec un acteur, on partage les mêmes névroses, les mêmes doutes, ça rapproche...

– Malgré vos succès, vous semblez toujours douter. Comment fait-il pour vous rassurer ?

– Il ne me donne pas de « trucs » ou de conseils, mais il partage mes projets et mes espoirs. Il me soutient, on vit une histoire d’amour, tout simplement...

– Vous êtes restée très proche de votre mère, Marlène Jobert. Quel rôle jouet- elle dans votre vie ?

– Elle m’aide beaucoup, notamment pour la construction de mes personnages. Bon, ce n’est pas « maman, au secours! » non plus! En fait, je trouve qu’il est très difficile de travailler seule, j’ai besoin d’un oeil extérieur. J’ai un aussi un professeur de théâtre, Eva Saint-Paul; avec ma mère, elles se complètent. Toutes les deux me donnent confiance...

– N’est-ce pas agaçant parfois d’être une « fille à maman » ?

– Vraiment, j’ai besoin d’elle. Elle me protège sans doute beaucoup trop, un peu à la façon des mamans juives, mais le fait que je vive en Angleterre me permet de mettre un peu de distance entre nous. Je vis à Londres, à Primerose Hill, mais quand je viens à Paris, je dors dans ma chambre d’adolescente, chez maman!

– Lorsque vous ne tournez pas, que faites-vous ?

– Des choses banales... Je lis beaucoup, je fais du shopping sur les marchés, je vais au cinéma, je cuisine des petits plats ; mais je ne mange pas n’importe quoi, je fais attention à ma ligne... Londres est aussi une ville idéale pour les rendez-vous professionnels, puisque mon but a toujours été de faire une carrière internationale.

– À quoi ressemble votre « sweet home »?

– C’est mon premier appartement, j’ai donc commis beaucoup d’erreurs de décoration. J’ai commencé par n’acheter que des pièces énormes qu’on aurait pu placer dans un château ! Or, c’est un tout petit appartement, ses proportions n’étaient guère adaptées. J’ai dû tout revendre et tout repenser. Les murs de l’appartement sont bleus. Il y a des tapis du Maroc et des peintures religieuses mexicaines. J’ai fait le choix de vivre seule, mais j’adore recevoir, je me mets aux fourneaux, que ce soit pour maman, mes amis ou mon amoureux. Lui n’habite pas Londres : comme moi, c’est un vagabond.

– Vous avez une soeur jumelle, Joy. Vous en parlez peu...

– Nous sommes très différentes, mais je sais qu’on se rejoindra plus tard. Elle est plus terrienne que moi, elle s’est mariée en septembre, j’espère qu’elle sera heureuse... D’une certaine façon, on se ressemble, mais je ne me sens pas aussi mature qu’elle, j’ai l’impression d’être un bébé encore trop petit pour s’installer dans la vie. Certes, je suis une femme et ma vie est en rapport avec cet état, mais j’ai bien souvent l’impression de jouer un rôle qui n’est pas encore fait pour moi.

– Celui de la femme fatale, comme on vous considère aux États-Unis ?

– Tout y passe, de la femme sexy à la femme fatale; pourtant, aux États-Unis, peu de gens ont vu le film de Bertolucci où j’apparais nue. Le réalisateur du James Bond, Martin Campbell, lui, a été très impressionné par ma prestation dans le film de Ridley Scott, « Kingdom of Heaven ». Et encore, mes scènes d’amour avec Orlando Bloom ont été coupées!

– Une photo emblématique des « Innocents », très diffusée, vous montre nue. Cela vous embête ?

– Je m’en fiche royalement. Je savais que ça allait arriver, j’étais prévenue. Des gens m’envoient cette photo en me demandant de la signer, je ne leur réponds même pas, cette démarche est obscène et irrespectueuse pour l’actrice que je suis...

– Quel rapport entretenez-vous avec votre image ?

– Je suis une « narcissique négative ». Je n’ai pas assez confiance en moi, je me préoccupe sans cesse de l’avis des autres, je mets trop de paranoïa dans mon rapport à autrui.

– Si jamais tout s’arrêtait demain, vous avez un plan B?

– Je suis mélomane. J’aimerais beaucoup composer de la musique de films.

* Voir p. 68 notre critique de « Casino Royale ».

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Publié dans Cinéfmatografile

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