Livre d'art: regards en noir et blanc sur le Tahiti des années 30
(Tahitipresse) - Les oeuvres polynésiennes du photographe des années 1930, Roger Parry, que l'on peut voir actuellement au Musée de Tahiti, ont fait l'objet d'un catalogue raisonné. On retrouvera dans ce livre d'art, disponible en librairie ou chez l'éditeur, de nombreux clichés en noir et blanc et des dessins de cet artiste qui ont fixé pour la postérité des images à jamais révolues de la réalité de l'époque.
Une exposition consacrée à l'oeuvre photographique de Roger Parry est actuellement ouverte au public, jusqu'au 28 février 2007 (cf. article du 7 novembre). Pour les visiteurs intéressés à conserver une trace du Tahiti des années 30 saisis en clichés noir et blanc par cet artiste, ou pour ceux qui ne pourront se rendre à l'exposition, les éditions 'Au Vent des Îles' ont récemment édité un ouvrage qu'elle a publié dans sa collection 'Culture Pacifique'. Ayant le même intitulé que l'exposition: "Roger Parry 1932, au-delà du mythe tahitien", ce livre est l'occasion de découvrir l'oeuvre polynésienne d'un artiste surtout connu pour ses recherches surréalistes. C'est le premier catalogue raisonné publié par le Musée de Tahiti et des Îles – Te Fare Manaha. Il présente une partie des collections photographiques de la Polynésie: le fonds de 63 épreuves originales de Roger Parry, complété par les 31 nouvelles acquisitions; et plusieurs dessins de Parry. Une vision plus complète de l'oeuvre polynésienne de Roger Parry Grâce à des tirages modernes provenant du Jeu de Paume de Paris, cette publication évoque aussi le travail du photographe, avant et après son séjour en Polynésie, donnant ainsi une vision plus complète de son oeuvre. "Alors qu'à la même période, d'autres photographes proches du courant surréaliste, comme Pierre Verger, viennent à Tahiti pour tenter de trouver une société traditionnelle conforme à l'idée qu'ils se font de la vie sauvage, Roger Parry va s'attacher à décrire une réalité plus diverse qui bruisse de tous les aspects qui composent la vie quotidienne des Polynésiens d'alors", explique le directeur du Musée, Jean-Marc Pambrun, dans sa préface.
Exposition Roger Parry (1932) au Musée de Tahiti et des îles: un photographe qui échappe aux "clichés"
(Tahitipresse) - Le regard réaliste et sensible de Roger Parry, photographe soucieux de préserver sa personnalité, a séduit les personnalités et les invités présents lundi soir au vernissage de cette exposition, qui sera ouverte au public jusqu'au 28 février 2007.
Le spectateur est d'emblée immergé dans l'ambiance des années 1930. L'exposition de photographies est en effet accompagnée par des mélodies, des témoignages oraux, des extraits de littérature et un montage de films d'époque qui permettent de comprendre dans quel contexte, et surtout dans quel état d'esprit, Roger Parry a réalisé ce que l'on peut réellement appeler une oeuvre artistique, au-delà du témoignage précieux. Lors de l'inauguration de l'exposition, lundi soir, le ministre de la Culture, Tauhiti Nena, et le directeur du musée Jean-Marc Pambrun, ont souhaité avant tout rendre hommage à l'oeuvre polynésienne de Roger Parry. Mais ils ont tenu aussi à présenter le travail réalisé tout au long de la carrière de cet artiste. Un travail qui s'insert au sein des grands courants culturels des années 1930 en Europe. Un artiste complet De cimaises en projection, le public apprend à connaître le travail de Roger Parry rendu célèbre grâce à ses photographies surréalistes réalisées en France à la fin des années 20. Le visiteur découvre ainsi ce mouvement artistique qu'il affectionnait, même si son époque surréaliste s'est déroulée au cours d'une période très courte (1928 – 1932). Ce sont justement, en effet, ses productions de cette époque qui ont apporté à ce créateur une renommée internationale. On retrouve aujourd'hui ces oeuvres dans les plus grandes collections muséographiques d'art. On y apprend aussi que c'est en avril 1932 que Roger Parry (1905-1977), alors âgé de 26 ans, embarque à Marseille, cap sur Papeete. Il arrive le 18 mai et reste deux mois entre Tahiti et les îles. Il prend des centaines de photographies, réalise un film, ainsi qu'une série de dessins satyriques qui dévoilent son sens de l'humour. A son retour en France, il publie l'ouvrage : 'Tahiti, 106 photographies" et participe à une exposition à la Galerie du Luxembourg en 1934. Puis il entreprend à Paris une carrière de photographe de plateau et de reporter d'images pour la presse française comme Match, le Figaro ou encore l'Agence Française de Presse, notamment lors de la seconde guerre mondiale. Ecrire avec la lumière La critique a salué à l'époque l'aspect novateur du travail du jeune photographe. Effectivement, "écrire avec la lumière", c'est-à-dire photographier la réalité en langage surréaliste, était alors le credo de Roger Parry. A Tahiti, sa démarche fut néanmoins celle d'un reporter photographe qui voulut aller au delà du mythe, qu'il avait certainement observé à Paris - avant son départ - à l'occasion de l'exposition universelle de 1931. On ne connaissait alors Tahiti que d'après les toiles de Gauguin, quelques films "romancés" - 'Moana, ombres blanches' de Flaherty et 'Tabou' de Murnau - et quelques récits d'écrivains". Valoriser, restituer, transmettre Cette exposition s'inscrit dans une optique de valorisation des collections photographiques de la Polynésie française, dans un esprit de restitution des collections aux populations. Le catalogue de l'exposition présente pour la première fois la totalité des photographies exposées appartenant au Pays. Tout au long du parcours, à travers les animations proposées, l'accent est mis sur l'aspect didactique : de petits textes proposent d'apprendre à regarder les photographies, un espace ludique permet de comprendre la démarche de création de la photographie surréaliste, et, sur réservation, des parcours pédagogiques seront proposés aux scolaires. Les îles, les gens, les dessins... L'exposition, admirablement orchestrée par Véronique Mu Liepman - la conservatrice - et Mahé Mas, aborde le travail de Roger Parry par thèmes : les îles, les gens, le mythe revisé, le dessin, le reportage, le surréalisme, mouvement cher à Jean-Marc Pambrun directeur du Musée de Tahiti et des îles et dont celui-ci a rappelé l'importance. On y découvre aussi une Polynésie qui n'est pas exempte des mutations contemporaines, comme l'atteste le phénomène d'urbanisation de Papeete. Le photographe a également posé son regard sur les îles où il a réalisé des portraits spontanés de la vie quotidienne : les goélettes, la danse, la musique, la préparation d'un repas de fête. Il saisit sur le vif les Polynésiens d'alors, toutes catégories sociales et origines confondues : femmes avec leur bébé, jeunes filles qui plongent dans un port, prostituées attendant leur visite médicale devant l'hôpital, lépreux... Photos et dessins: le myhe revisité Fort de son expérience surréaliste, Roger Parry offre un regard sur les îles, riche de recherche esthétique (travail de la lumière, mise en scène, cadrage, prise de vue, rajout d'éléments extérieurs) qui va bien au delà de l'exotisme. L'hommme est aussi et avant tout un artiste. Contrairement à ses photographies, réalisées dans un souci d'objectivité, les dessins de Roger Parry révèlent un esprit caustique et satyrique. Bien que ses croquis polynésiens n'aient pas été destinés au public, l'épouse de l'artiste les a généreusement prêtés au musée de Tahiti et des îles. Les îles aussi Parallèlement à l'exposition de Tahiti, une exposition sur panneaux se déplacera à Huahine, Raiatea et Moorea afin de présenter aux populations, les clichés que Roger Parry a pris dans ces îles. A voir absolument.
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