New York, New York !

Publié le par david castel


[ 03/11/06  - 10H47  ]

Les grandes ventes d'art moderne s'y dérouleront les 7 et 8 novembre

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Le geste malheureux se déroulait il y a quelques semaines à Las Vegas. Un des collectionneurs américains les plus médiatiques, Steve Wynn, propriétaire de casinos fortuné, exhibait à un cercle d'amis un tableau de Picasso peint en 1932, " Le Rêve ", représentant Marie-Thérèse Walter associée à un symbole érotique. Une légende... Il était sur le point de le vendre pour la somme colossale de 137 millions de dollars à un autre collectionneur tout aussi médiatique, le gestionnaire de " hedge funds " (les fonds les plus spéculatifs) parmi les plus célèbres d'Amérique, Steve A. Cohen. Hélas, en pleine démonstration, dans un geste inconsidéré et violent, Steve Wynn transperça d'un coup de coude l'oeuvre célèbre. Comme dirait La Fontaine à propos de Perrette, adieu ! veaux, vaches... L'oeuvre n'était plus vendable. Il faut savoir que Steve Wynn est frappé par une maladie dégénérative de la rétine.


La première morale de cette histoire est que c'est un homme quasi aveugle qui est aujourd'hui un des collectionneurs les plus connus du monde. La deuxième est qu'il s'apprêtait à céder pour une somme jamais atteinte un tableau moderne dont il avait fait l'acquisition en 1997 pour 48,4 millions de dollars. Il devait réaliser une plus-value de 88,4 millions de dollars pour un achat conservé seulement dix ans.


Cela montre à quel point le marché des tableaux du XXe siècle est atteint par une surenchère jusque-là jamais égalée. Rappelons que juste avant l'été Ronald Lauder, cohéritier de l'empire cosmétique Estee Lauder, avait fait l'acquisition par le biais de Christie's, et pour 135 millions de dollars, d'un portrait de femme, Adèle Bloch-Bauer, par Klimt peint en 1907. " Aujourd'hui le marché crève tous les plafonds, explique le marchand privé de New York Franck Giraud. Le syndrome de ces collectionneurs obéit à la crainte de rater un chef-d'oeuvre. Par ailleurs les Etats-Unis n'ont jamais eu autant de milliardaires, plus de 400 selon le dernier Top 400 de "Forbes". " " Sans compter, comme l'explique Thomas Seydoux de chez Christie's, les nouveaux acheteurs de Chine, de Russie et d'ailleurs. "


C'est dans ce contexte que se tiendront les 7 et 8 novembre prochains les grandes ventes de New York, celles qui donnent la cote de l'art des grands noms de l'art moderne, pour six mois. Première observation : cette fois Sotheby's et Christie's ne sont pas logés à la même enseigne. Ce dernier propose 86 lots estimés au total 338 millions de dollars contre Sotheby's qui offre 85 lots pour une estimation de 226 millions de dollars. Il faut dire que le catalogue de Christie's contient quatre tableaux de Klimt qui ont le même propriétaire que celui vendu à Ronald Lauder en juin, Maria Altmann. Cette vieille dame de Los Angeles s'est battue pendant plus de dix ans afin d'obtenir la restitution de biens spoliés à sa famille à Vienne en 1938. Les oeuvres étaient jusqu'à il y a quelques mois encore exposées, en vedette, au musée du Belvédère de Vienne. La justice a rendu son verdict et l'héritière met en vente chez Christie's trois paysages et un autre portrait d'Adèle Bloch-Bauer qui lui ont été restitués. Le tout est estimé 93 millions de dollars mais à lui seul le portrait de la jeune femme réalisé en 1912 dans un savant et spectaculaire patchwork fleuri est estimé à 40 millions de dollars.


S'il n'y avait pas eu ces retournements de l'histoire, ces oeuvres n'auraient jamais dû apparaître sur le marché. Elles vont susciter l'intérêt des collectionneurs chevronnés mais encore des simples amateurs milliardaires car le pouvoir décoratif de ces compositions est fort. Cette collection a eu un effet " boule de neige " auprès de la clientèle des vendeurs, attirant dans le catalogue Christie's toutes les pièces les plus importantes du marché. C'est le cas du tableau que les connaisseurs considèrent comme le plus remarquable de la vente : un Gauguin. Il date de la période du premier voyage du peintre à Tahiti, 1891, et représente une composition construite à plusieurs niveaux dans ses fameux tons chauds de jaune orangé, mauve, rouge, vert avec en personnage central, un homme à la hache, archétype du bâtisseur et symbole de l'espoir d'un nouveau monde pour le peintre. Le catalogue indique pudiquement qu'il s'agit d'une toile qui appartient à une dame titrée mais il proviendrait en fait et plus précisément de la famille du sultan de Brunei, et aurait été acheté par son frère en 1986. Un Picasso peint très tôt, en 1901, " Femme à la fontaine " (estimation : 15 millions de dollars), pourrait avoir la même origine.


La France est toujours une excellente terre d'approvisionnement en matière d'oeuvres modernes et par exemple une rare composition de Balthus, " Les Trois Soeurs ", peinte entre 1963 et 1964 représentant les trois soeurs Colle, est mise à l'encan avec une estimation de 7 millions de dollars. Aucune oeuvre majeure de l'artiste n'a été proposée aux enchères depuis de nombreuses années.


Estimations à la hausse

Chez Sotheby's, afin d'attirer les vendeurs, les estimations ont été poussées à la hausse pour des oeuvres qui ont été déjà proposées dans les dernières années sur le marché. Ainsi la vedette du 7 novembre est une importante nature morte de Cézanne peinte vers 1895. En 2000 elle avait été adjugée 16 millions de dollars. Cette fois et après avoir été confiée vainement à un marchand américain, elle est estimée 28 millions de dollars. En couverture du catalogue de Sotheby's figure un portrait de jeune homme par Modigliani. Tous les experts le savent : ce sont les portraits de femmes qui sont les plus prisés. Celui-ci, " Le Fils du concierge ", peint en 1918, est pourtant estimé 14 millions de dollars. En 1997 il avait été adjugé à 5 millions de dollars. Neuf millions de dollars de plus en dix ans pour l'estimation d'un tableau dont le thème n'est pas parmi les plus demandés chez l'artiste...


Sotheby's joue le jeu dangereux qui consiste à pousser les valeurs à la hausse. Si le marché est euphorique, ses acteurs n'en oublient pas pour autant de se renseigner. Bon artiste, bonne période, bon état de conservation, bonne provenance et belle composition sont encore les règles du succès. Au soir du 8 novembre, une vague de records devrait être enregistrée. L'impression positive suscitée par des prix hors du commun pourrait cependant être nuancée par des invendus pour cause de gourmandise excessive des vendeurs et de leurs intermédiaires.



JUDITH BENHAMOU-HUET


Sotheby's. 7 novembre, New York. Sotheby's Paris (01.53.05.53.66).Christie's. 8 novembre. New York. Paris (01.40.76.85.88).Expositions des tableaux pendant tous le week-end à New York.
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Publié dans a l'étranger

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