La construction du réel (1937)

Publié le par david castel

Pierres angulaires de son œuvre, La naissance de l’intelligence chez l’enfant (1936) et La construction du réel (1937) systématisent sa pensée. Parmi les mécanismes les plus connus : la "permanence" de l’objet (lorsque l'enfant devient capable de se représenter l'existence et les déplacements d'un objet qui a disparu de son champ visuel), l’"assimilation" ou encore l’"accomodation". Définitions disponibles sur le site de l’Université de Genève.

L'Express du 14/09/2006

La culture Disneypar Annick Colonna-Césari

Américain et populaire par excellence, Walt Disney puisait pourtant une grande partie de son inspiration dans la culture «savante» européenne. L'hommage que lui rend le Grand Palais en offre de multiples exemples

alt Disney l'autodidacte entretenait avec la culture un rapport ambivalent, fait de fascination et de répulsion. Car, si ses films, au manichéisme certain et aux éternels happy ends, se placent du côté du divertissement populaire, ils n'en regorgent pas moins de références à la culture dite «savante». C'est ce que démontre l'historien d'art et d'architecture Bruno Girveau, dans l'exposition du Grand Palais dont il est le commissaire, en rapprochant les dessins originaux des créations visuelles ou littéraires, généralement européennes, qui les ont influencés. Une façon de décrypter le système Disney.

Suivez le guide

© Disney

Cliquez sur l'image pour voir une partie des œuvres exposées au Grand Palais (Paris VIIIe), du 16 septembre au 15 janvier 2007, dans le cadre de l'exposition Il était une fois Walt Disney.

L'homme (1901-1966), qui a démarré sa carrière comme dessinateur publicitaire, comprend vite qu'il faut viser l'excellence. Ainsi abandonne-t-il le crayon, dès le milieu des années 1920, pour jouer le rôle de chef d'orchestre dans ses studios, créés en 1923, recrutant des illustrateurs de talent, pour la plupart des émigrants européens formés dans des écoles ou des académies d'art. Il met à leur disposition une bibliothèque qui rassemble les quelque 350 ouvrages rapportés de son voyage en Europe, en 1935, et signés des plus grands illustrateurs du XIXe et du XXe siècle: de Gustave Doré à Arthur Rackham et Beatrix Potter.

C'est dans ce prodigieux répertoire iconographique que les animateurs puiseront leurs idées. De la même façon que les trames des scénarios seront empruntées à des textes européens, fables, contes et récits. Blanche-Neige et les sept nains (1937) est adapté des frères Grimm, Pinocchio (1940), de Carlo Collodi, Cendrillon (1950), de Perrault, et Alice au pays des merveilles (1951), de Lewis Carroll. Les studios Disney trouveront également leur inspiration dans l'histoire de l'art - les paysages des peintres germaniques Friedrich et Böcklin serviront à Fantasia (1940) - et dans le cinéma, notamment l'expressionnisme allemand et le fantastique américain, tel Frankenstein, de James Whale, qui suggéra The Mad Doctor (1933).

Disney n'oubliera jamais son objectif premier: plaire au plus grand nombre. D'où la désinvolture avec laquelle il mania ses sources. Il n'empêche. Ses images sont devenues de telles icônes qu'elles ont été recyclées, à leur tour, par les artistes, de Warhol, à l'époque du pop art, aux plasticiens d'aujourd'hui, et sur tous les tons, du clin d'œil à la dérision. Walt Disney, qui affirmait être hanté par le même cauchemar, dans lequel «un de [ses] films échouait dans un cinéma d'art et d'essai», ne s'était pas vraiment trompé. Ses créatures, Donald et Mickey habitent à présent les musées. De l'inspiré à l'inspirateur: la boucle est bouclée.

Fantasia

Composé d'une succession de séquences dépourvues de liens précis, Fantasia (1940) associe des morceaux de musique classique aux récits animés, dont plusieurs sont inspirés par la culture germanique. L'Apprenti sorcier, par exemple, s'appuie sur le poème éponyme de Goethe, écrit en 1797 (et sur une musique du compositeur Paul Dukas). Son univers esthétique est, lui, issu du Faust de F. W. Murnau, tiré de l'œuvre du même Goethe et monument du cinéma expressionniste allemand (1926). L'ombre de l'inquiétant Méphisto, joué par Emil Jannings, plane sur le film de Disney, dans lequel un apprenti sorcier, après avoir utilisé les formules de son maître magicien pour faire travailler un balai à sa place, n'arrive plus à l'arrêter.

Blanche-Neige et les sept nains

Disney imaginait la reine de Blanche-Neige et les sept nains (1937) comme un «mélange de Lady Macbeth et du grand méchant loup», déclarant aussi qu'il souhaitait que son visage s'inspire des masques en papier mâché de Theodor Benda, un illustrateur Art déco alors à la mode. L'actrice hollywoodienne Joan Crawford a également servi de modèle. Disney souhaitait, en outre, que la transformation de la reine en sorcière ait «quelque chose de Jekyll et Hyde». Le film de Rouben Mamoulian, sorti en 1932, a donc sans doute influencé le personnage, qui doit aussi beaucoup aux caricatures de Daumier. Quant au visage de Blanche-Neige, il devait, toujours selon les directives de Disney, avoir la fraîcheur de celui de la jeune actrice Shirley Temple.

La Belle au bois dormant

Ebauché dans Blanche-Neige et les sept nains, le château disneyien, élément essentiel du décor, trouve sa forme la plus élaborée dans La Belle au bois dormant (1959). Aidé par les nombreux ouvrages d'architecture présents dans la bibliothèque des studios, Eyvind Earle, directeur artistique du film, passionné par le gothique européen et la Renaissance, a imaginé le lieu comme un patchwork de différentes époques. On y retrouve la silhouette du Louvre de Charles V, tel qu'il fut représenté par les frères de Limbourg, au xve siècle, dans le manuscrit des Très Riches Heures du duc de Berry, mais aussi l'extravagance des châteaux de Louis II de Bavière, la finesse des dessins à l'encre de Victor Hugo, ou encore des parties des décors du film Henri V, de Laurence Olivier, sorti en 1944.

A lire: catalogue RMN, 45 €.


 

Un hymne à la joie

Ce que portent de façon exceptionnelle les photos de Willy Ronis, présentées par les Amis de l’Humanité pour célébrer le 70e anniversaire du Front populaire, ce qui les anime et les vivifie, c’est la joie, tout simplement. Une joie inoubliable qui fut celle de dizaines de milliers de Françaises et de Français en apprenant, un certain 8 juin 1936, ce que leur garantissaient les accords de Matignon. Du jamais vu, du jamais entendu : ils allaient bénéficier de douze jours ouvrables, payés, sans travailler. Deux semaines de liberté. Enfin des vacances ! Un mot que, dans le monde ouvrier, on n’avait pas eu l’occasion de prononcer depuis longtemps. Certes, il avait fait l’objet de revendications. Mais qui s’en souvenait ? Elles n’avaient jamais abouti. Si bien qu’on en était arrivé à penser que seuls les fonctionnaires avaient droit aux vacances et que les congés n’étaient pas faits pour les ouvriers. Mais voilà que brusquement la notion de diminution du temps de travail refaisait surface et que, à force de grèves, de manifs et d’occupations d’usines, ce que l’on attendait depuis si longtemps était enfin donné : le droit aux vacances. Mot à ne pas croire, mot fabuleux, mot porteur de promesses, et que l’on prononçait comme un mot neuf. Il engendra une joie si nouvelle et si folle qu’elle réduisit momentanément au silence la rumeur alarmante, le menaçant bruit de fond de ces années-là. Oui, on en oubliait les bruits de bottes et les appels au secours venus d’Espagne, les propos belliqueux et la montée du totalitarisme venus d’une Allemagne qui virait au brun.

À Paris, le 14 juillet 1936 ne fut pas une Fête ordinaire. La ville entière s’était donné rendez-vous dans la rue. Plongé en pleine foule, abasourdi par l’effervescence générale, un jeune homme de vingt-cinq ans, fils d’un modeste photographe de quartier, voulait se prouver à lui-même et prouver aux siens qu’il avait le talent, la force et la rapidité de réflexe des grands reporters. Son voeu le plus ardent était de se consacrer à la photographie. Il partit donc à la recherche de l’instant unique, de la scène rare, vue sous le bon angle et au bon moment. Il revint avec une moisson d’images parmi lesquelles figurait une image symbole qui allait faire le tour du monde, celle où on aperçoit, juchée sur les épaules de son père et crânement coiffée d’un bonnet phrygien, la petite fille au poing levé. Image formidable que l’Humanité allait publier le lendemain. Ce fut dans ces circonstances que le photographe en herbe, l’apprenti reporter vendit sa première photo. Il n’était autre que Willy Ronis.

L’exposition présentée par les Amis de l’Humanité s’organise autour de quelques dates phares.

Année 1934. Un premier groupe de photos met en évidence la montée des fascismes et ce qu’elle entraîne d’oppositions. Elles nous offrent entre autres des images de la manifestation pour la paix, celles de la commémoration de la mort de Jaurès au Panthéon et celle des jeunes du Groupe Mars en pleine action au Mur des fédérés.

Année 1936. Les photos de cette année-là témoignent de l’activité du Front populaire. De la nouvelle dimension donnée aux grands rassemblements. C’est ici que figure la photo de la petite Suzanne Trompette prise rue du Faubourg-Saint-Antoine. Elle avait tout juste sept ans et jamais elle n’allait oublier cette journée, source inépuisable d’émotions.

Année 1938. Willy Ronis sera encore là pour saisir ces moments historiques où les ouvriers de Citroën vont combattre la remise en cause des acquis du Front populaire avec une photo qui fera le tour du monde, celle de Rose Zehner debout sur une table appelant les ouvriers à la grève.

Toutes les photographies entre 1937 et 1947 sont des scènes où éclate un plaisir nouveau. Ce sont les photos des vacanciers de ces temps - mémorables, ces bandes d’amis, ces membres d’une même famille, ces ouvriers d’une même usine, des gens qui saucissonnaient sur des plages et dans des parcs où on ne les avait jamais vus. On les appelait par dérision « les congés payés ». La droite de l’époque les méprisait, les évitait, les brocardait. Elle se barricadait et, au besoin, changeait de compartiment plutôt que de voyager avec ces faiseurs de troubles.

Ce qui rend les photos de Willy Ronis si - attachantes, c’est aussi tout ce qu’elles suggèrent. Elles nous remettent en mémoire des souvenirs lointains : un tour de valse au coin d’une rue, quelques couplets d’une chanson à boire, un petit air d’accordéon, la sieste à l’ombre, un jour d’été, la joie vous dis-je, la joie, tout simplement.

Par Edmonde Charles-Roux, de l’académie Goncourt et présidente des Amis de l’Humanité.

Article paru dans l'édition du 14 septembre 2006.

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Publié dans LAETITIA

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