GUERNICA - L'éventuel transfert du tableau de Picasso suscite une polémique en Espagne

Publié le par david castel


Doit-on rapatrier Guernica de Picasso dans ses pénates basques, le temps de commémorer le 70e anniversaire du bombardement de la petite localité de Biscaye, même s'il faut pour cela lui faire courir un grave danger de détérioration ? Oui, affirme le gouvernement autonome basque, qui a officiellement demandé au ministère de la Culture espagnol de donner son accord au transfert du chef-d'œuvre de Madrid à Bilbao, comme l'annonce le quotidien basque El Correo. "Cette demande intervient deux semaines après que les sénateurs du Parti nationaliste basque et leurs alliés indépendantistes sociaux-démocrates ont réclamé au Sénat le transfert de la toile, avec l'approbation du Parti populaire", rapporte El Correo.


Le 26 avril 1937, en pleine guerre civile espagnole, la légion Condor de l'aviation nazie bombarde pendant plusieurs heures Guernica, bourgade de quelque 7 000 habitants située à 30 kilomètres de Bilbao, tuant plus de 1 800 personnes. Picasso immortalisera le massacre sur une toile monumentale, célèbre dans le monde entier. Près de soixante-dix ans après, les autorités basques souhaitent accueillir la toile, actuellement visible au musée de la Reine Sofia à Madrid, au musée Guggenheim de Bilbao pour une exposition temporaire, en 2007.

"Nous pensons qu'il est possible que cette œuvre, qui a déjà parcouru le monde, puisse subir un aller et retour pour être exposée sur la terre où s'est produite la tragédie, conscients que la mémoire de ce qui s'est passé s'est transmise à toute l'humanité grâce à ce tableau", affirme le texte rédigé par les autorités basques et cité par El Correo.

Le quotidien basque rappelle cependant que la toile se trouve dans un triste état, fragilisé par "de trop nombreux déplacements, tant aux Etats-Unis qu'en Europe, jusque dans les années 1960". En janvier 1998, des experts réunis à Madrid avaient conclu à la "nécessité de réduire au minimum les manipulations du tableau et d'éviter son transport, quel que soit le mode de locomotion". Des recommandations que le cabinet du président du gouvernement autonome basque, Juan José Ibarretxe, ne semble pas prendre comme une fin de non-recevoir, considérant que "la technologie du XXIe siècle et des moyens humains et matériels adaptés permettent de garantir un transport sécurisé".

Dans une profession de foi rapportée par El Correo, la conseillère du gouvernement à la Culture basque, Miren Azkarate, déclare que "le gouvernement et les institutions publiques basques sont prêts à tous les efforts pour faire en sorte que la réponse de Picasso à l'atrocité de la mort et de la destruction de Guernica soit exposée pour la première fois près de l'endroit où a eu lieu la tragédie".

Citée par El Correo, Carmen Calvo, la ministre de la Culture espagnole, ne l'entend pas de cette oreille et s'est déclarée opposée à l'idée de "donner une dimension politique à ce dossier" et de "mettre en danger une œuvre du patrimoine public espagnol par simple caprice".

Dans le contexte d'apaisement politique favorisé par la récente déclaration de cessez-le-feu permanent de l'organisation terroriste basque ETA, ces propos ont été mal perçus. "Le gouvernement basque a accusé la ministre d'user d''expressions malheureuses' et d'avoir des 'a priori politiques' qui méprisent la société basque au moment même où celle-ci entend tracer les chemins de la paix et de la liberté", rapporte El Correo.

En dernier ressort, "c'est le conseil d'administration du musée de la Reine Sofia, un organe constitué de 19 membres, sous la présidence de Juan Manuel Urgoiti, qui est compétent pour statuer sur les prêts d'œuvres d'art appartenant au centre culturel", conclut le quotidien basque.
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Publié dans LAETITIA

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