Gerda Taro
Christophe Kantcheff
François Maspero sort de l’ombre la photographe Gerda Taro, fauchée en Espagne à 27 ans, en 1937. L’engagement, la liberté, le désintéressement de la jeune artiste ne pouvaient laisser indifférent l’ancien éditeur devenu écrivain.
Dans ces livres qui dressent le classement des « plus grandes » photographies du XXe siècle, il n’est pas question de voir un cliché de Gerda Taro. Au mieux, elle est signalée pour avoir été « le grand amour » du photographe Robert Capa. Longtemps après sa mort, Gerda Taro n’a pas eu d’existence spécifique : fauchée à 27 ans au soir du 25 juillet 1937 sur la route de Brunete à Madrid, elle n’a pu mener son activité photographique que sur deux années, pour l’essentiel auprès des républicains espagnols en guerre contre les franquistes.
Dans le livre qu’il lui consacre, l’Ombre d’une photographe, Gerda Taro, François Maspero explique cet oubli non seulement par le refoulement dans les mémoires de la guerre civile espagnole au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi parce que beaucoup des clichés signés Capa y avaient été pris indifféremment par elle ou par son compagnon, enfin parce que les parents de Gerda Taro - de son vrai nom Gerta Pohorylle, née à Stuttgart en 1910 -, les seuls qui auraient pu se présenter comme ayants droit, avaient été assassinés dans les chambres à gaz nazies.
Grand admirateur du célébrissime Robert Capa, François Maspero, passionné de photographie depuis son voyage le long de la ligne B du RER avec Anaïk Frantz (1), à qui ce livre sur Gerda Taro est dédié, a voulu sortir celle-ci de son « ombre ». Les temps semblent plus favorables à une reconnaissance de son travail. Outre le livre de François Maspero, paraît simultanément la traduction en français d’une biographie publiée en Allemagne en 1994 d’Irme Schaber, Gerda Taro, Une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne (2). L’ouvrage est sérieux, très documenté, et donne les éléments indispensables du contexte politique et intellectuel pour appréhender la trajectoire de la photographe. Enfin, une exposition internationale consacrant son oeuvre aura lieu au printemps 2007.
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L’Ombre d’une photographe, Gerda Taro, François Maspero, Seuil, 128 p., 14 euros. Le Vol de la mésange, François Maspero, Seuil, 240 p., 18 euros. (1) Les Passagers du Roissy-Express, Seuil, 1990. (2) Traduit de l’allemand par Pierre Gallissaires, Anatolia/Éditions du Rocher, 320 p., 23 euros. (3) Tous au Seuil.