COUPE DU MONDE 1934 / LE TEMOIN :

Publié le par david castel


Alfred Aston : « L’Italie le méritait »
Alfred Aston : « L’Italie le méritait »
Olivier DE LOS BUEIS - lundi 20 février 2006 - 10h34

International français, Alfred Aston a disputé sous le maillot bleu les Coupes du Monde 1934 et 1938. Décédé en 2003, l’ailier tricolore avait accepté de nous parler de ce Mondial 1934 et de faire un point sur l’histoire de « son » football.


Alfred Aston, comment avez-vous appris votre sélection pour la Coupe du Monde 1934 ?
Je pense que dans cette période, c’est sans doute L’Auto, le journal sportif de l’époque, qui l’a annoncé le matin. A ce moment-là, on savait que la veille, il y avait une réunion de sélectionneurs qui devait concerner trois ou quatre gars dont M.Barreau et M.Hanot, qui était journaliste à Paris. Ensuite, on recevait une petite missive de la Fédération qui était alors rue de Londres, à côté de la gare Saint-Lazare. Pour se qualifier, on avait joué le Luxembourg. C’était un truc sans histoire. On avait gagné sur un score invraisemblable (NDLR : 6-1, avec un but d’Aston). Ensuite, nous étions convoqués rue de Londres pour partir et là, on partait au train. J’ai encore des photos de ce départ avec Kimpton, Barreau…


Que connaissiez-vous de l’Italie avant ce déplacement ?
Vous savez, de l’Italie, je ne connaissais pas grand chose. Je n’ai pas beaucoup voyagé. J’étais un petit footballeur comme ça, même si j’aimais beaucoup le football. Je suis arrivé un peu naïvement pour disputer cette Coupe du Monde en Italie.


Que représentait pour vous la perspective de disputer la Coupe du Monde ?
Je n’avais pas suivi l’édition 1930. J’ai pu jeter un coup d’œil mais je n’étais pas versé dans le football. En 1934, j’étais un « bleu » dans ce métier. Je venais de signer en 1932 un contrat professionnel mais c’était le début du professionnalisme. Ça n’avait pas le retentissement de maintenant.


« Les Italiens, chez eux, ça les gonflait à bloc »


Lors de ce Mondial, la France a failli réussir l’exploit face à une des meilleures équipes du monde, la « Wunderteam » autrichienne…
Oui, on avait fait un bon match. Moi, je m’en étais très bien tiré. J’étais doué pour ça. J’ai fait mon match. Je suis un nouveau, j’aime ça, comment voulez-vous ne pas réussir ? Pour moi, même si j’étais un jeune, le football était une religion. J’aimais ça plus que tout. Je ne vivais que pour le football. Je regrette qu’on ait perdu car on aurait pu battre l’Autriche. On a perdu après prolongation et on a été à deux doigts de gagner. On avait fait un très bon match, c’était satisfaisant malgré tout. Je pense que tous les joueurs ont fait le maximum en Italie face à l’Autriche, qui baissait un peu de pied. A part l’Angleterre, c’était l’Italie qui dominait le football à l’époque.


L’Italie a l’époque, c’était l’Italie de Mussolini. La victoire des Transalpins avait un enjeu politique…
Nous footballeurs, ça nous dépassait un peu. On le sentait dans l’atmosphère. C’est vrai que les Italiens, chez eux, ça les gonflait à bloc, c’est certain. Mais il ne faut pas non plus enlever les qualités des Italiens. Ils méritaient de gagner. D’ailleurs, ils ont confirmé par la suite et sont venus gagner en 1938 en France.


Vous avez été accueillis en France à votre retour par plusieurs milliers de personnes. Avez-vous eu le sentiment d’avoir fait rêver les Français ?
La France n’était pas une grande équipe. C’était l’Europe centrale qui dominait le football par son sérieux et sa solidité. En dehors de l’Italie, peut-être poussée par l’ambiance, les grandes équipes étaient d’Europe centrale. Quant à l’accueil, je ne me souviens pas précisément de cette bonne ambiance. Moi, j’étais tellement dans la joie d’avoir participé à la Coupe du Monde et d’être en équipe de France. Tout ce qu’on pouvait m’apporter par le football, c’était de la joie.


« En décembre 1938, à Naples, on sentait les prémices de la guerre »


Vous avez également disputé le Mondial 1938. Quels souvenirs en gardez-vous ?
De la joie. Mais après le bon résultat face à l’Autriche à Turin en 1934, j’ai été un peu déçu par le tournoi en 1938. On avait eu un tirage au sort favorable. On avait joué contre la Belgique qu’on avait battue. Ensuite, on a joué contre l’Italie. On avait été battu (NDLR : 1-3). Nous avions attaqué les premiers. On avait débuté contre le vent. Avec le vent, on pensait gagner mais les Italiens ont remporté facilement la victoire (3-1) à Colombes. C’était décevant, on n’avait rien fait. Quelques mois après, en décembre, on a rejoué les italiens à Naples et là, on avait fait une sacrée partie. Et ce jour-là, on avait été accueilli affreusement mal, un accueil indigne de sportifs. On sentait les prémices de la guerre. Vraiment, ils nous avaient mal reçu. On avait été surpris.


Avez-vous gardé des contacts avec les joueurs de cette époque ?
Non, j’ai des bons souvenirs mais je n’ai plus de contact. J’ai terminé ma carrière dans le sport à Tours où j’ai ouvert un magasin de sport qui m’a permis de rester un peu dans le football.


Quelle image avez-vous du football de maintenant ?
Je ne veux pas parler en mal parce que je n’aime pas ça. Mais je trouve que tout ce qui se passe est un peu abusif. Je ne comprends pas que beaucoup de footballeurs parlent argent avant d’apprendre leur métier. Quand on arrive dans un métier, on est apprenti. Il faut apprendre le métier, le pratiquer, l’aimer. C’est ça la réussite. Un garçon comme Anelka, on ne parle avec lui que d’argent. Ça me dépasse. Ce n’est pas sérieux.


Et au niveau du jeu en lui-même ?
Il faut des gens solides, physiques. Mais il y a des gens plus techniques que les autres qui peuvent  tirer leur épingle. A mon époque, des petits bonhommes comme moi (1m66), on était jugé sur nos qualités de footballeurs. Maintenant, dans tous les sports, la taille est primordiale. Mais il arrive quand même que des petits, très talentueux, y arrivent.


Quel est le joueur qui vous a le plus marqué à la Coupe du Monde ?
Pelé, je ne l’ai pas connu. Dans ma période à moi, je pourrais vous signaler un gars que j’ai vu de mes propres yeux, c’était un avant-centre de l’équipe d’Italie. Comment s’appelait-il ? Piola, voilà. Il marquait des buts, il s’est mis en valeur. Il a chatouillé l’équipe de France. Après, il y a eu la période à Kopa.


Quel est votre meilleur souvenir de Coupe du Monde ? 1998 ?
Oui, peut-être. Ils ont dominé la Coupe du Monde. Mais c’est la préparation qui a été bonne. Ils ont créé un climat qui a fait que l’équipe de France a fait des résultats. Il faut garder des gens qui vivent ensemble pendant plusieurs mois. Ce n’est pas facile de vivre avec des gens. Avoir réussi à faire vivre ces gens ensemble, c’est la base des bons résultats.

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Publié dans LAETITIA

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