Une rétrospective un peu trop riche
"Deux danseurs de la troupe de Hans Weidt", photographie de Willy Maywald, Paris, 1938-1939.ASSOCIATION WILLY MAYWAL/ADAGP
Jamais l'oeuvre de Willy Maywald (1907-1985) n'avait fait l'objet d'une rétrospective aussi complète que celle présentée au Musée Carnavalet, à Paris. Mais il se dégage de cet ensemble riche de quelque 300 tirages - modernes pour la plupart - un sentiment d'ennui. Le choix, trop vaste, de clichés manque de rigueur. Comme si le nombre primait sur la qualité.
Certes, beaucoup de photographies ont une valeur biographique. Comme ces portraits, déclinés jusqu'à plus soif, des amis de Maywald attablés aux cafés de Montparnasse. D'autres témoignent d'une valeur historique, comme ce reportage parfois terre à terre réalisé sur le site de l'Exposition internationale à Paris, en 1937. Mais nombre de clichés se révèlent plastiquement peu intéressants.
C'est en 1931 que Willy Maywald débarque à Paris pour la première fois de son Allemagne natale. Né à Clèves, il a fait ses classes à l'Ecole des beaux-arts de Berlin, où il s'est familiarisé avec l'art du Bauhaus. Arrivé dans la Ville-Lumière, il épouse pourtant un style humaniste proche de celui de Doisneau. Par exemple lorsqu'il photographie les badauds ou les vendeurs de rue à l'image d'une sympathique tribu exotique. Il ose parfois jouer avec les ombres, comme pour ce bal du 14 juillet 1934. Mais ses photos restent dans l'ensemble assez sages. La nuit, son style emprunte à Brassaï, qu'il considère comme son maître. Il faut véritablement attendre l'après-guerre (passée pour partie en zone libre à aider des réfugiés, puis en Suisse), pour voir Maywald trouver un style propre, notamment à travers ses photos de mode. D'autant que Christian Dior en fait son photographe attitré.
BEAUX PORTRAITS D'ARTISTES
Très tôt, il entraîne ses modèles dans la rue, et n'hésite pas à les immortaliser loin des sites chics et prestigieux de la capitale. Devant les murs écaillés de la place du Tertre, ou dans la cour en ruine de son immeuble du 14e arrondissement. Chaque vêtement devient alors une oeuvre d'art dont les formes sont magnifiées par l'architecture.
Willy Maywald affine également ses portraits d'artistes dans ces années-là. Au point où ces derniers se confondent avec les personnages qu'ils peignent ou qu'ils sculptent. Tel Fernand Léger, croqué comme un ouvrier de la peinture. Ou Raoul Ubac, enserré par les lignes géométriques des toits de Paris. Dommage que l'exposition ne se soit pas focalisée sur ces très belles photographies.
Willy Maywald, le Paris de la création. Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, Paris-3e. M° Saint-Paul ou Bastille. Tél. : 01-44-59-58-58. Ouvert tous les jours sauf lundi de 10 heures à 18 heures. Jusqu'au 30 septembre.
Catalogue : textes de Patrick Brissard, Ursula Fairchild, Jena-Alex Brunelle et Sabine Weiss, éditions Paris-Musées, 224 p., 120 bichromies, 34 €.