Raz de marée sarkozyste, ras-le-bol des banlieues.

Publié le par david castel

03.06.2007

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Quelque chose me tracasse. Oh, deux fois rien. Juste un petit problème d’arithmétique. Presque une histoire de robinets qui remplissent la baignoire à une certaine vitesse ou de trains qui doivent se croiser. Les données du problème sont simples. Soit un centre à 18%, calculez combien de députés représenteront cette famille politique à l’Assemblée nationale. Soit une opposition  à 47%, calculez combien de députés la représenteront dans l’hémicycle. Fastoche, hein ? Eh bien non. La réponse à la question numéro 1 est  entre un et trois. Ce qui représente quelque chose comme 0,5% des députés. La réponse à la question numéro 2 est  entre 100 et 120, c'est-à-dire au un cinquième de l’Assemblée au mieux.

Je sais, j’enfonce une porte ouverte. La dénonciation de l’injustice permanente du scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Prime à la majorité et donc sous-représentation de l’opposition. C’est la rançon de la stabilité des institutions, me serine-t-on depuis la fac.

Au risque, à mon tour, de me répéter, je crois qu’une partie des maux  du pays provient de là. De ce système de représentation qui écarte des familles politiques entières – le FN, les trotskystes, le PC, les verts… - et favorise la bipolarisation. Chacun le sait, dimanche, même une vache, pourvu qu’elle soit affublée d’une étiquette UMP,  est quasi certaine d’emporter un siège de député. Peu importe la personnalité du candidat, son enracinement, son action. La logique de cette élection législative est purement présidentielle. Il s’agit de donner la majorité la plus large au président élu. Quitte à voter pour un rossignol de la politique. Jamais les députés n’auront autant mérité leur surnom de godillot. Elus sur une dynamique présidentielle, comment parviendraient-ils à en remontrer au chef de l’Etat? La messe est dite. Une messe dont on ne rappellera jamais assez qu’elle est due à Lionel Jospin, puisque c’est lui qui a eu l’idée brillante d’inverser le calendrier électoral.  

Disons-le clairement. Une moitié du pays, aussi légaliste soit-elle, ne se reconnaîtra pas dans cette assemblée. Et ce sont toutes les institutions de la République qui en sortent affaiblies. La force d’une démocratie repose sur la confiance qu’investit en elle  le peuple. L’organisation des pouvoirs de la  Vème République fait l’Assemblée une simple chambre d’enregistrement. Le mode de scrutin, combiné avec la réduction du mandat présidentiel, lui retire sa représentativité. Quelle légitimité peut-elle conserver dans ces conditions ? Comment exprimerait-elle la souveraineté populaire?

Nicolas Sarkozy ne voit pas d’un mauvais œil cette déliquescence. Non pas qu’il  soit un mauvais républicain. Simplement, il entend aligner le système politique français sur le modèle américain. Tous les pouvoirs ou presque au président. L’organisation de l’Elysée n’a, de ce point de vue, plus rien à envier à la Maison Blanche – confère le fameux conseil national de sécurité.  

C’est un calcul hasardeux. Le délitement des institutions va de pair avec le délitement du pays. Le rapport de l’Institut national des hautes études de sécurité (INHES) consacré au département de Seine Saint-Denis vient le rappeler à point nommé. Les auteurs y décrivent une situation insurrectionnelle larvée. D’un côté, une délinquance de plus en plus jeune et de plus en plus violente. De l’autre, des flics aux abois qui s’affranchissent souvent de la déontologie policière, quand ce n’est pas du code de procédure pénale. Les conditions sont réunies pour que demain,ou dans six mois, les émeutes reprennent.

C’est à ce moment que la faiblesse des institutions apparaîtra. Comment dessiner un  chemin autre que la révolte pour ces populations reléguées, socialement et géographiquement, quand le système de représentation politique se révèle d’abord une machine à exclure toute opposition ? Encore une fois, ce n’est pas l’UMP qui est en cause ici. Si Ségolène Royal l’avait emporté, les mécanismes institutionnels auraient accouché d’un Etat PS tout aussi insupportable pour qui est attaché à une République vivante.

Le raz de marée des législatives ne masquera pas indéfiniment la crise de régime. On enverra les CRS et les gendarmes mobiles empêcher les voitures de brûler. Le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre parviendra sans doute à limiter la casse, au propre et au figuré. Mais l'impuissance des institutions appellera la réforme. Il faudra bien se résoudre à jeter les bases d’une nouvelle République. A chaud, cette fois.

Commentaires

Trois petites remarques :
1) ... et encore l'Assemblée Nationale est une institution très démocratique et très représentative, comparée au Sénat, au Conseil Constitutionnel, au CSM, au CSA, etc.

2) Même si Ségolène Royal avait été élue trois fois de suite les dites institutions resteraient encore entre les mains de la droite :-(

3) La retraitée qui parlait, il y a quelques jours du "chiffon" faisait, peut-être, allusion au caractère anti-démocratique de notre système, certs dans des termes trop excessifs.

Ecrit par : Ali | 03.06.2007

Simple question : faut-il être d'accord avec "Si Ségolène Royal l’avait emporté, les mécanismes institutionnels auraient accouché d’un Etat PS tout aussi insupportable".

Bayrou et Royal avaient promis une VIème république. avec de nouvelles insitutions. Les gens en ont décidés autrement, il parait. N'est-ce pas tout le système qu'il faut réformer ? Probablement. Mais quelle est la solution ? Si Bayrou n'avait pas perdu au 1er tour, il l'aurait probablement emporté au second réalisant un consensus assez intéressant. Aurais-je du voter pour lui afin de mieux le laisser gagner au second ? En d'autres termes, faut-il voter pour le consensus gagnant ou par conviction ? J'opte encore et toujours pour la deuxième option, mais je suis peut-être jeune et inconscient...
Le système est ainsi fait et 53% des gens le trouvent génial. Et apparement, ça suffit pour le conserver. A croire que les 47% restant n'ont rien a dire. Le système tombe en miette : par quel heureux miracle un sondage peut-il affirmer que 70% des gens sont satisfait du gouvernement ? Pourquoi n'est-on pas placé devant ses inchoérences personnelles.... Il reste du boulot...

Ecrit par : oliv | 03.06.2007

Je suis une fois encore entièrement d'accord avec cette analyse. La "présidentialisation à l'américaine" on voit ce que cela donne. C'est une oligarchie qui dirige sans tenir compte des besoins, des avis, des citoyens.

@ oliv,

Je me pose la même question depuis la présidentielle. Comment sont faits les sondages, par qui, pourquoi ? Avez-vous été "sondés" pour des élections ? Moi, jamais. Comment, de quoi, pourquoi, 70% de Français sont-ils contents alors que rien n'a été encore fait ?

Voter par conviction, il ne reste que cela, le vote "utile" ne sert à rien dans les conditions actuelles me semble-t-il.

Ecrit par : Françoise | 03.06.2007

Bayrou, je ne sais plus trop où il va maintenant. C'est un opportuniste mais pour qui j'ai voté au premier tour non pas par contestation, mais pour un vote d'adhésion à l'essentiel de son programme. Au second, j'ai préféré voter Sarko mais j'ai beaucoup hésité à voter blanc. Me disant que le vote blanc n'est hélas pas encore reconnu et trouvant Sarko crédible et courageux face à une diabolisation stupide de certains gens de gauche, je me suis enfin décidé à faire mon choix. Je ne pouvais pas trop voter Ségo car un peu trop à gauche, bien plus que Jospin qui lui avait vraiment montré ouvertement que son projet n'était pas socialiste. Jospin est social-démocrate et Ségo, socialo-communiste, y a une différence de fonds. J'aurai pu voter DSK sinon. Si un socialiste comme Valls ou Moscovici se présentent candidats en 2012, ils peuvent raffler des voix parmi les électeurs de droite qui veulent s'essayer à la sociale-démocratie et qui trouveront peut-être leur candidat trop arriéré comme dans la mouvance de Dupont-aignant par exemple et pas assez courageux face aux problèmes sérieux de la société actuelle.

Ecrit par : Aurélien | 04.06.2007

En dehors des grands partis, il existe des petits partis non financés par l'Etat dont certains ont des idées nouvelles, progressistes et intéressantes: Dupont-aignan avec Debout la République, tente toujours d'incarner un gaullisme moderne, Jean-Luc Roméro avec Aujourd'hui autrement, qui est libéral, proche de Sarko et progressiste sur les questions de sociétés tabous, Sabine Hérold avec l'Alternative libéral, et enfin la France en action de Jean-Marc Governatori qui milite beaucoup pour l'écologie. Tous candidats aux législatives. Après, à la gauche de la gauche, c'est plutôt des collectifs anti-libéraux mais sans véritable parti.

Ecrit par : Aurélien | 04.06.2007

03.06.2007

Législatives à la trappe
Aviez-vous remarqué, il paraît que nous sommes en campagne électorale! Pour élire une assemblée nationale, théoriquement détentrice dans un régime parlementaire-car il en est ainsi sur le papier de la constitution de la Vème république- de la réalité du pouvoir. C'est en gagnant ces élections que le PS de Jospin déposséda Chirac du pouvoir pendant 5 ans.
On le sait bien, tout ceci est très largement à nuancer, compte tenu des pouvoirs considérables du Président de la République. Bon je n'ai pas envie de faire un cours, là, mais seulement de remarquer qu'il faut se pincer, après l'engoument de la Présidentielle, pour réaliser que des élections aussi importantes pour la démocratie ont lieu dans une semaine.
Et dire que c'est Jospin qui inversa le calendrier...Il est en partie responsable de l'évolution actuelle. Nous voici en effet, avec le quinquennat, dans un régime unijambiste qui rappelle la IIème république de Louis Napoléon Bonaparte. Les députés que nous allons élire ne ferons guère qu'un peu de figuration médiatique avant d'enregistrer les projets conçus à l'Elysée. Inquiétante évolution à laquelle il ne pourra être mis fin qu'avec un renforcement considérable des prérogatives du Parlement et la suppression du droit de dissolution.
En attendant une forte abstention est à prévoir ces deux prochains dimanches.

 

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Publié dans Découpage électoral

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