26 avril 1937

Publié le par david castel

Capitale mondiale de la paix
Sous les flashs de la presse internationale, Gernika s’est érigée en capitale mondiale de la paix 70 ans après avoir été illuminée par les éclairs des explosions et les flammes d’un terrible incendie

Gernika s’est réveillée endeuillée. C’est déjà une tradition pour les habitants de cette ville que d’accrocher sur leurs balcons des ikurriña ornées d’un ruban noir. Cette année, pour le 70e anniversaire du bombardement fasciste, les drapeaux en berne n’ont pas manqué. Gernika a lancé pour l’occasion un message de paix au monde et au Pays Basque.

À la mi-journée, en présence de survivants et de représentants d’autres villes martyres de la Seconde guerre mondiale, dont Hiroshima, Volgograd (ex-Stalingrad), Pforzheim ou encore Varsovie, le lehendakari Juan José Ibarretxe a lu une déclaration, Gernika pour la Paix. "Le bombardement de Gernika est le miroir dans lequel se reflètent tous les bombardements et les injustices, qui nous permet de penser aux trente guerres encore en cours, aujourd’hui sur notre planète", a déclaré le chef du gouvernement de la Communauté Autonome Basque.

"La recherche de la paix, au Pays Basque et dans chaque recoin du monde" nécessite un "engagement inconditionnel en faveur des voies du dialogue et de la diplomatie", selon le manifeste. La paix, a poursuivi le lehendakari, "implique le respect de la différence et l’acceptation mutuelle". Le prix Nobel 1980 de la Paix, l’Argentin Adolfo Perez Esquivel, s’est vu remettre à l’occasion de ce 70e anniversaire le Prix international de Gernika pour la paix et la réconciliation. Il en a profité pour appeler le gouvernement espagnol à "continuer, malgré tout, à explorer tous les chemins de la paix" avec l’organisation armée ETA.

Exposition

Après avoir salué un groupe de survivants, Juan José Ibarretxe et le maire de Gernika, Miguel Angel Aranaz, avaient inauguré dans la matinée une exposition sur le bombardement, converti en symbole universel de la barbarie par le célèbre tableau de Picasso, peint dès 1937. Ouverte jusqu’au 26 juin, cette exposition placée sous un chapiteau sur la place de la mairie présente notamment une vidéo sur le massacre et une promenade virtuelle à travers la ville de Gernika avant et après le bombardement. Au pied d’un arbre, les visiteurs peuvent écrire leur "souhait pour un monde meilleur". Au pied d’un autre arbre, le chêne mythique devant lequel les rois de Castille et d’Aragon devaient jurer fidélité aux fueros [lois] basques, les survivants du bombardement et les représentants des villes martyres ont exprimé leurs v¦ux sur un autre livre.Entre les signataires, on pouvait retrouver le fils de George Steer, le journaliste qui, à travers les pages du New York Times, a rapporté au monde la barbarie de Gernika.

Une gerbe de fleurs en mémoire des victimes a été déposée à 16h30, juste peu après que la mairie ait fait sonner les sirènes. C’est à cette heure précise qu’il y a 70 ans, les Doiner, Savoia, Junkers et Heinkel italiens et allemands commencèrent à larguer sur Gernika des milliers de bombes, avant de mitrailler au sol les habitants fuyant les incendies. Hier, l’un des survivants, Luis Iriondo, âgé de 14 ans à l’époque, n’a pas pu éviter les larmes lorsqu’il a signé, à côté du lehendakari, le livre placé au pied du chêne. "Il y a eu le ronflement des avions, puis les explosions et les bouffées de chaleur des bombes incendiaires. Je ne pensais qu’à une seule chose, m’en sortir vivant", avait-il déclaré dans nos colonnes hier.

Il est sorti vivant, et c’est grâce à son témoignage que la barbarie de Gernika peut être racontée au monde entier pour que la guerre cesse, cette même guerre qui se reproduit partout dans le monde. Luis Iriondo a largué hier des larmes qui ont explosé de tristesse, faisant trembler tous ceux qui étaient alors présents à Gernika.



PrEs de 30 tonnes de bombes rien que pour détruire un petit pont en pierre
I.L.

En réalité, Gernika ne fut pas la première. Même pas la deuxième parce que quelques semaines auparavant, Durango était rasée par des avions italiens. Le tout premier bombardement de l’aviation "rebelle" sur un objectif civil eut lieu bien avant, le 22 juillet 1936, sur la petite ville d’Otxandio.

C’était le quatrième jour du soulèvement National-catholique mené entre autres militaires par le général Francisco Franco. C’étaient les fêtes du village. Les avions l’ont survolé tôt le matin. Ils volaient si bas qu’ils ont failli toucher la tour de l’église. Les pilotes saluaient de la main les gens qui les regardaient espérant voir tomber des tracts. Mais "tout d’un coup, les avions ont largué des objets qui brillaient au soleil", selon le récit des villageois.

Des dizaines de personnes, dont nombre d’enfants, ont trouvé la mort sous les bombes, alors qu’elles saluaient les avions en provenance de la base militaire de Recajo, dans la Rioja. Le général du corps des armées Angel Salas Larrazabal, le militaire franquiste du plus haut rang du Conseil de Régence du prince Juan Carlos, futur Roi d’Espagne, fut l’un des responsables de la tuerie.

Selon Jon Irazabal, auteur du livre Otxandio gerra garaian, édité par la fondation Gerediaga et la municipalité, ce fut ce militaire franquiste qui commanda l’escadron.

L’un des prétendus historiens qui mettent en question l’objectif réel du bombardement de Gernika est précisément son frère, le général à la retraite Jesus Salas Larrazabal. Selon lui, le but de la Légion Condor n’était autre que la destruction du pont Renteria, considéré d’importance "stratégique". Le premier avion aurait raté l’objectif. Les explosions ayant provoqué une grande fumée, les escadrons qui sont venus derrière n’auraient pas vu où ils larguaient exactement les bombes. D’où le massacre des villageois.

Hier, cette thèse a été encore mise à mal. Si l’objectif n’était qu’un petit pont en pierre, pourquoi alors jeter près de 30 tonnes de bombes dont 5 000 projectiles incendiaires ? L’objectif du bombardement était bien autre que le pont : écraser un symbole, Gernika, la ville où se réunissaient les assemblées de la province de Bizkaia, le lieu où les rois des couronnes de Castille et d’Aragon étaient obligés de prêter serment et fidélité aux fueros, les lois basques.

26 avril 1937 : la Tragédie de Guernica

Une ville détruite par une attaque aérienne, Un témoin oculaire raconte. De notre envoyé spécial, Bilbao, le 27 avril 1937
Traduit et présenté par Fausto Giudice, illustré par 7 artistes

"C'était un lundi, jour de marché. Il y avait beaucoup de monde dans les rues de la petite ville de Guernica, qui comptait sept mille habitants. À 16 h 30, les cloches de l'église ont commencé à sonner, et cinq minutes plus tard, le premier avion est apparu, et a lâché six bombes explosives de 450 kilos, suivies d'un chapelet de grenades. Quelques minutes plus tard, un deuxième avion est apparu. L'enfer a duré trois heures."


George Sterr, 1937 et Tlaxcala, 2007
George Sterr, 1937 et Tlaxcala, 2007

Introduction Fausto Giudice
26 avril 1937 : la Tragédie de Guernica
C'était un lundi, jour de marché. Il y avait beaucoup de monde dans les rues de la petite ville de Guernica, qui comptait sept mille habitants. À 16 h 30, les cloches de l'église ont commencé à sonner, et cinq minutes plus tard, le premier avion est apparu, et a lâché six bombes explosives de 450 kilos, suivies d'un chapelet de grenades. Quelques minutes plus tard, un deuxième avion est apparu. L'enfer a duré trois heures. En tout, ce sont 42 avions qui ont bombardé et mitraillé la ville, ses habitants et les environs où ils s'étaient réfugiés. Toute la ville a brûlé. L'incendie a duré longtemps. Bilan : 70% des édifices brûlés et un nombre de morts indéterminé, situé entre 800 et 1600. 70 ans plus tard, les historiens ne sont toujours pas d'accord sur le nombre de victimes de ce lundi noir qui fit de Guernica une ville-martyre et une ville-symbole , entrée définitivement dans notre mémoire collective. Les avions appartenaient à la Légion Condor allemande à l'Aviation légionnaire italienne. Nom de l'opération : Operation Rügen.

Deux hommes ont contribué de manière décisive à faire de Guernica ce symbole : George Steer et Pablo Picasso. Le premier était un jeune journaliste de 27 ans, né en Afrique du Sud, correspondant de guerre du quotidien londoniens The Times et partisan déclaré de la cause républicaine et basque. L'Espagne n'était pas son premier théâtre de guerre. En 1935,il avait été envoyé spécial en Éthiopie, qu'on appelait alors l'Abyssinie, soumise à une féroce agression italienne, ordonnée par Mussolini –le dictateur qui avait les yeux plus gros que le ventre- qui accomplissait là son rêve d'Empire à coups de crimes de guerre. Déjà en Éthiopie, on avait vu des bombardements frapper une population civile désarmée. Déjà en Éthiopie, l'Occident démocratique avait trahi un peuple agressé par le fascisme.

George Steer arriva à Guernica quelques heures après le bombardement et câbla dans la nuit même son reportage de la ville martyre, qui parut le lendemain dans The Times, The New York Times, avant d'être repris par de nombreux journaux dans divers pays. C'est cet article qui a alerté le monde, suscitant des manifestations de protestation dans les rues de Londres et New York et déclenchant une contre-offensive médiatique des franquistes et de leurs alliés, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Dans ces deux pays, les médias se déchaînèrent contre les « hordes bolcheviques », qui, à les en croire, avaient mis elles-mêmes le feu à Guernica avant de la quitter. Leurs mensonges ont été rapidement démentis. Le récit que l'histoire a retenu est celui de George Steer, dont une rue porte le nom à Guernica, où se dresse un buste de lui, inauguré en avril 2006

Le second, à 56 ans, est un peintre célèbre, installé en France. Il soutient la cause républicaine face à la rébellion franquiste. Celui que les Renseignements généraux (la police politique française) décriront comme un« un anarchiste considéré comme suspect au point de vue national » et comme « un peintre soi-disant moderne » -raison pour laquelle lui sera refusée la naturalisation française en avril 1940 – se met immédiatement au travail. Le résultat sera une toile monumentale de 8 mètres de long et de 3 m. 50 de haut, en noir et blanc, qui sera exposée au pavillon espagnol de l'Exposition universelle. Comme l'a dit Picasso, « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi ».

Guernica est une leçon qui reste encore à apprendre. Les auteurs de ce crime de guerre, à commencer par le chef de la Légion Condor, le lieutenant-colonel Wolfran von Richthofen, furent fêtés comme des héros dans l'Allemagne nazie , et ceux d'entre eux qui vivent encore, coulent une paisible retraite, donnant des interviews avec une incroyable déconctraction. Le bombardement de la ville sainte des Basques était une expérience grandeur nature, destinée à évaluer les capacités de l'aviation allemande à détruire une ville de manière efficace .Comme l'a dit Hermann Göring au procès de Nuremberg : « La guerre civile espagnole m'a donné l'occasion de tester ma jeune aviation et a été un moyen pour mes hommes d'acquérir de l'expérience. »

Ce crime de guerre ne fut ni le premier ni le dernier du XXème siècle. Les premiers bombardements de populations civiles avec des armes chimiques furent ordonnés par Winston Churchill sur l'Irak en 1915. Après Guernica, il y aura d'autres villes-martyres, comme Coventry, Hambourg, Dresden, Hiroshima, Nagasaki. Après l'Espagne, toute l'Europe. Après l'Europe, l'Asie, la Corée, au Vietnam et au Cambodge.



Lisez le reportage de George Steer. Il dit, en peu de mots, l'essentiel.

À l'occasion du 70ème anniversaire du bombardement de Guenica, Tlaxcala a demandé à des artistes de mettre en image leur vision de cette tragédie à partir de leurs préoccupations d'aujourd'hui. Voici leurs travaux

26 avril 1937 : la Tragédie de Guernica

Amer Shomali et Basel Nasr, Ramallah, Palestine, 2007
Amer Shomali et Basel Nasr, Ramallah, Palestine, 2007

GUERRIKA, par Juan Kalvellido, Taxcala
GUERRIKA, par Juan Kalvellido, Taxcala



Ces 4 dernieres illustrations sont de Ben Heine, Taxcala, 2007
Ces 4 dernieres illustrations sont de Ben Heine, Taxcala, 2007

La tragédie de Guernica
Une ville détruite par une attaque aérienne. Un témoin oculaire raconte

De notre envoyé spécial, Bilbao, le 27 avril 1937


Guernica, la plus ancienne ville des Basques et le centre de leur tradition culturelle, a été complètement détruite hier après-midi par des raids aériens des insurgés. Le bombardement de cette ville ouverte située loin derrière les lignes a pris exactement trios heures et quart, durant lesquelles une puissante flotte aérienne consistant en trois types d'avions allemands, des bombardiers Junkers et Heinkel et des chasseurs Heinkel, n'a pas cessé de déverser sur la ville des bombes pesant 1000 livres et moins et, selon les calculs, plus de trois mille projectiles incendiaires de deux livres chacun. Les chasseurs, pendant ce temps, opéraient des piqués sur la ville et ses alentours pour mitrailler la population civile qui s'était réfugiée dans les champs.

Tout Guernica s'est rapidement retrouvée en flammes, à l'exception de la Casa de Juntas historique, qui contient les riches archives de la race basque, et où l'ancien Parlement basque siégeait. Le fameux chêne de Guernica, aussi bien la vieille souche desséchée de 600 ans que les nouvelles pousses, a été aussi épargné. C'est là que les rois d'Espagne faisaient le serment de respecter les droits démocratiques (fueros) de Biscaye et en retour recevaient la promesse d'allégeance en tant que suzerains, avec le titre démocratique de Señor et non de Roi de Biscaye. La majestueuse église Santa Maria a été aussi épargnée, à l'exception de son beau chapitre, qui a été frappé par une bombe incendiaire.

À 2 h ce matin, quand j'ai visité la ville, le spectacle était terrifiant. Guernica brûlait d'un bout à l'autre. Les reflets de l'incendie pouvaient être vus sur les nuages de fumée au-dessus des montagnes à 16 km à la ronde. Pendant toute la nuit, des maisons s'écroulèrent au point que les rues étaient encombrées d'importants débris rougeoyants et infranchissables. Beaucoup de survivants civils ont pris le long chemin de Guernica à Bilbao dans d'antiques chars à bœufs basques aux roues solides. Des chars sur lesquels s'empilaient tout ce qui avait pu être sauvé des maisons après la conflagration ont encombré les routes toute la nuit.

D'autres survivants ont été évacués dans des camions du gouvernement, mais beaucoup ont été forcés de rester aux alentours de la ville en feu, couchés sur des matelas ou à la recherché de parents et d'enfants égarés, tandis que des unités de pompiers et de la police motorisée basque, sous la direction personnelle du ministre de l'Intérieur, Señor Monzon,et de sa femme, continuaient les opérations de secours jusqu'à l'aube.

La cloche de l'église sonne l'alerte

Le raid sur Guernica n'a pas de précédent dans l'histoire militaire, aussi bien par la forme de son exécution que par les dimensions des destructions perpétrées, sans parler de l'objectif choisi. Guernica n'était pas un objectif militaire. Une usine de matériel de guerre à l'extérieur de la ville n'a pas été touchée. Ce fut aussi le cas des deux casernes qui se trouvaient à quelque distance de Guernica. Celles-ci étaient loin derrière les lignes de combat. La ville est loin derrière les lignes. L'objectif du bombardement était apparemment de démoraliser la population civile et de détruire le berceau de la race basque. Tous les éléments militent en faveur de cette interprétation, à commencer par le jour choisi pour ce forfait.

Lundi était le jour traditionnel de marché à Guernica pour toute la région. À 16 h 30, quand le marché était plein et que des paysans continuaient d'y arriver, la cloche de l'église a commencé à sonner l'alerte : des avions approchaient. La population a cherché refuge dans des caves et dans des tranchées-abris qui avaient été creusées suite au bombardement de la population civile de Durango le 31 mars, qui a ouvert l'offensive du Général Mola dans le Nord. On dit que les gens ont montré un grand courage. Un prêtre catholique a pris les choses en main et un ordre parfait a été maintenu.

Cinq minutes plus tard, un bombardier allemand isolé est apparu, faisant des cercles à basse altitude au-dessus de la ville, puis a lâché six bombes lourdes, visant de toute apparence la gare. Les bombes, suivies d'une pluie de grenades, sont tombées sur un ancien institut et sur les maisons et les rues l'entourant. Puis l'avion est reparti. Cinq minutes plus tard, est arrivé un second bombardier, qui a lâché le même nombre de bombes sur le centre de la ville. Environ un quart d'heure plus tard, trois Junker sont arrivés pour continuer le travail de démolition, et dès lors, le bombardement a gagné en intensité et a continué sans répit, ne cessant qu'à l'approche de la nuit à 19 h 45. Toute cette ville, qui comptait 7000 habitants plus 3,000 réfugiés, a été lentement mais sûrement réduite en pièces. Sur un rayon de 8 km, un détail de la technique des attaquants a consisté à bombarder des fermes isolées. Dans la nuit, celles-ci brûlaient comme des chandelles sur les collines. Tous les villages alentour ont été bombardés avec la même intensité que la ville elle-même et à Mugica, un petit hameau à l'entrée de Guernica, la population a été mitraillée pendant quinze minutes.

Rythme de mort

Il est pour le moment impossible de dire le nombre de victimes. Dans la presse Bilbao ce matin, on peut lire qu'il est “heureusement faible” mais il est à craindre que cela ne soit une litote destinée à ne pas alarmer le grand nombre de réfugiés à Bilbao. À l'hôpital Josefinas, qui a été l'un des premiers endroits bombardés, tous les 42 miliciens qu'il hébergeait ont été purement et simplement tués. Dans une rue descendant la colline depuis la Casa de Juntas j'ai vu un endroit où l'on m'a dit que 50 personnes, presque toutes des femmes et des enfants, ont été piégées dans un abri antiaérien sous une masse de décombres en flammes. Beaucoup de gens ont été tués dans les champs et en tout, les morts pourraient être plusieurs centaines. Un prêtre âgé nommé Aronategui a été tué par une bombe alors qu'il portait secours à des enfants dans une maison en flammes.

La tactique des bombardiers, qui pourrait intéresser des étudiants en nouvelle science militaire, était la suivante : premièrement, des petits groupes d'avions lancent des bombes lourdes et des grenades à main sur toute la ville, choisissant zone après zone de manière ordonnée. Puis arrivent des chasseurs volant en rase-mottes pour mitrailler les gens qui courent paniqués hors des tranchées-abris, dont certaines avaient été pénétrées par des bombes de 1000 livres, qui font des trous de 25 pieds (7,62 m.). Beaucoup de ces gens ont été tués alors qu'ils couraient. Un grand troupeau de moutons qui avaient été amenés au marché ont aussi été tués. L'objectif de cette manœuvre était apparemment de pousser la population à aller sous terre de nouveau, car aussitôt après pas moins de 12 bombardiers sont apparus en même temps pour lâcher des bombes lourdes et incendiaires sur les ruines. Le rythme de ce bombardement d'une ville ouverte était, donc, logique : d'abord des grenades à main des bombes lourdes pour déclencher la panique puis les mitraillages pour les forcer à se cacher sous terre, et enfin des bombes lourdes et incendiaires pour détruire les maisons et les brûler au-dessus de la tête des victimes.

Les seules contre-mesures que les Basques pouvaient prendre, car ils ne possèdent pas suffisamment d'avions pour faire face à la flotte insurgée, étaient celles fournies par l'héroïsme du clergé basque. Ils bénissaient et priaient pour la foule agenouillée – socialistes, anarchistes, communistes aussi bien que croyants déclarés – dans les tranchées-abris qui s'effondraient.

Quand je suis entré dans Guernica après minuit, les maisons s'effondraient de toutes parts, et il était absolument impossible même pour les pompiers d'entrer dans le centre de la ville. L'hôpital Josefinas et le Couvent Santa Clara étaient des tas de braises rougeoyantes, et les quelques maisons encore debout étaient condamnées. Quand j'ai visité à nouveau Guernica cet après-midi, la plus grande partie de la ville brûlait encore et de nouveaux incendies avaient éclaté. Environ 30 morts étaient allongés dans un hôpital en ruines.

Un appel aux Basques

L'effet du bombardement de Guernica, la ville sainte basque, a été profond et a conduit le Président Aguirre à publier la déclaration suivante dans la presse basque de ce matin : « Les aviateurs allemands au service des rebelles espagnols ont bombardé Guernica, brûlant la ville historique vénérée par les Basques. Ils ont voulu nous blesser dans le plus sensible de nos sentiments patriotiques, donnant clairement à voir ce à quoi Euzkadi peut s'attendre de la part de ceux qui n'hésitent pas à nous détruire dans le sanctuaire même qui nous rappelle les siècles de note liberté et de note démocratie.

Face à cet attentat, nous tous Basques devons réagir avec violence, jurant du fond de notre coeur de défendre les principes de notre peuple avec tout l'entêtement et l'héroïsme requis. Nous ne pouvons cacher la gravité de ce moment, mais l'envahisseur ne pourra jamais emporter la victoire si, élevant nos esprits à des sommets de force et de détermination, nous nous armons pour sa défaite.

L'ennemi a avancé en beaucoup d'endroits pour ensuite être repoussé. Je n'hésite pas à affirmer que la même chose va se passer ici. Puisse l'attentat d'aujourd'hui nous stimuler à le faire de toute urgence. »


Original : http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/europe/article709301.ece

Traduit de l'anglais et présenté par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette page est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.


70e anniversaire

Guernica se souvient

Guernica commémore le 70e anniversaire du bombardement qui a fait des centaines de morts et de blessés, en plus de détruire 70 % de cette petite ville du Pays Basque espagnol.

Guernica

Photo: AFP/HO

70 % de la ville a été rasée en moins de trois heures.

Le 26 avril 1937, quatre escadrilles de la légion Condor allemande protégées par des avions de chasse italiens ont largué entre 30 et 50 tonnes de bombes en trois heures sur Guernica, à la demande du général Franco qui voulait en prendre le contrôle.

Cet horrible épisode de la guerre civile espagnole constitue le premier raid perpétré par une aviation militaire moderne contre une population civile.

Plusieurs maires d'autres villes bombardées sont présents à Guernica pour l'occasion, dont ceux d'Hiroshima, de Dresde, de Varsovie et de Volgograd (anciennement Stalingrad). Ils entendront une déclaration intitulée Guernica pour la paix. L'événement sera aussi souligné par une messe et un concert.

L'horreur de cette attaque, sans précédent à l'époque, a inspiré le peintre Pablo Picasso, qui en a fait une célèbre toile. De nombreuses voix réclament aujourd'hui que le tableau soit remis à la ville par le Musée d'art moderne Reina Sofia de Madrid, où il est exposé depuis 1992. La direction du musée refuse sous prétexte que la toile est trop fragile pour être déplacée.

La toile, célèbre pour son illustration de l'inhumanité de la guerre, est revenue à l'avant-scène de l'actualité en 2003. Une reproduction grand format qui se trouve à l'endroit où ont lieu de multiples conférences de presse au siège social des Nations unies, à New York, a été masquée, à l'époque où le secrétaire d'État américain Colin Powell plaidait la cause de l'administration Bush contre l'Irak.

Des morts par centaines

Le toile de Picasso est exposée à Madrid

Photo: AFP/Pedro Armestre

Le toile de Picasso est exposée à Madrid.

Guernica était d'une grande importance stratégique pour les républicains, puisque son contrôle empêchait les troupes de Franco de se rendre à Bilbao, dont la prise, croyait-on, aurait pu sceller l'issue du conflit dans le nord du pays. Bilbao tombera effectivement deux mois plus tard.

Le gouvernement autonome basque a rapporté à l'époque 1654 morts et 889 blessés. De nombreux historiens estiment aujourd'hui que l'attaque aurait plutôt fait de 250 à 300 morts.

Le bombardement de Guernica a donné lieu à l'un des mensonges les plus décriés de l'histoire contemporaine. Les nationalistes de Franco tentèrent de jeter le blâme sur les républicains, qu'ils accusèrent d'avoir rasé la ville.

L'attaque, rapportée le lendemain dans le Times de Londres et le New York Times par le journaliste George Steer, a permis de mettre au jour la collaboration du régime nazi d'Hitler avec les troupes de Franco. Les Allemands ont tout de même étouffé leur implication dans cette affaire pendant de nombreuses années. Des excuses ont finalement été présentées à la ville en 1997.


 

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